Une version africaine du néo-libéralismeUne version africaine du néo-libéralisme
jeudi 24 novembre 2005 par Moussa Tchangari
Navigation rapide
Après trente neuf (39) ans d’existence, l’Organisation de l’Unité Africaine (OUA) a cédé la place à un nouvel organisme dénommé l’Union Africaine. Cette mutation a été décidée par le sommet des Chefs d’Etat, tenu du 9 au 11 juillet 2001 à Lusaka en Zambie ; elle fait suite à l’adoption, deux (2) ans auparavant, de l’acte constitutif de l’Union Africaine. La nouvelle organisation panafricaine, qui vient de terminer son premier sommet à Durban en Afrique du Sud, est appelée à poser les jalons de l’intégration politique et économique du continent. Conçue à l’image de l’Union européenne, l’Union africaine entend se doter d’une multitude de structures, dont la configuration et les compétences restent souvent à déterminer ; au nombre de ces structures on peut citer la Conférence de l’Union, la Commission africaine, le Parlement panafricain, la Cour de justice africaine, le Mécanisme de règlement de conflits, et le Conseil économique, social et culturel.
Dans la foulée de la création de l’UA, les Chefs d’Etat africains ont adopté un plan stratégique de développement du continent dénommé la Nouvelle Initiative Africaine (NIA), dont l’objectif est de " placer les pays africains, individuellement et collectivement, sur la voie de la croissance et d’un développement durables ". Ce plan stratégique est né de la fusion de deux projets distincts : le Partenariat du millénaire pour le Programme de Relance de l’Afrique du Président Sud-africain Thabo Mbeki, et le Plan Omega du Président Sénégalais Abdoulaye Wade. En octobre 2001, la Nouvelle Initiative Africaine a été rebaptisée lors d’une réunion tenue à Abuja au Nigeria ; elle s’appelle désormais le Nouveau Partenariat pour le Développement de l’Afrique (NEPAD en Anglais). Cette réunion d’Abuja n’a apporté que de modifications légères au contenu du document adopté par le sommet de Lusaka en juillet 2001 ; mais, elle a comblé le vide en ce qui concerne les mécanismes de mise en œuvre du NEPAD en créant des structures de pilotage : Comité de Chefs d’Etat, Comité directeur, Secrétariat et équipes de travail. (Lire Encadré).
A ce jour, le document du NEPAD n’a fait l’objet de consultations dans aucun pays africain. Contrairement au processus suivi pour l’entrée en vigueur de l’acte constitutif de l’Union Africaine, les Chefs d’Etat africains n’ont donc pas jugé utile de soumettre ce document à l’approbation des parlements nationaux. Dès la fin du sommet de Lusaka, alors que les peuples africains n’ont entendu parler du NEPAD qu’à travers les compte-rendus sommaires de certains médias, une délégation de Chefs d’Etat s’est ruée vers le sommet du G8 de Gènes pour négocier la bénédiction des dirigeants des huit (8) pays les plus industrialisés. Dans l’atmosphère surchauffée de cette ville italienne, la délégation africaine a été témoin des brutalités policières contre des manifestants pacifiques opposés à la mondialisation néo-libérale ; elle s’en est servie comme épouvantail pour alerter les dirigeants du G8 sur le risque de voir la dénonciation du capitalisme gagner du terrain dans les pays en développement, si rien n’est fait en direction de l’Afrique notamment. La cause a été entendue : les dirigeants des pays riches se sont répandu en professions de foi sur la situation préoccupante de l’Afrique, et promis de donner une réponse appropriée à l’offre de partenariat qui leur a été faite par leurs amis africains.
Dans la plupart des pays africains, les médias ont été mis à contribution pour amplifier l’accueil réservé par les dirigeants du G8 à l’offre africaine de partenariat, et relayer les propos critiques tenus par certains Chefs d’Etat africains à l’endroit des institutions de Bretton Woods. L’objectif de ce battage médiatique est double : d’une part, montrer que l’initiative africaine jouit d’une crédibilité internationale, et d’autre part convaincre l’opinion que cette initiative est une alternative aux politiques néo-libérales du FMI et de la Banque mondiale. La démagogie des dirigeants africains, qui appliquent pourtant avec un zèle inouï les recettes anti-sociales de ces institutions, n’a convaincu que très peu de personnes ; car, tout le monde peut s’apercevoir, à la lecture du document du NEPAD, que l’objectif poursuivi n’est pas de sortir de la logique implacable de la mondialisation néo-libérale.
Une approche lucrative de la démocratie
Selon ses initiateurs, le NEPAD vise à fonder une nouvelle relation de partenariat entre l’Afrique et la Communauté internationale, et en particulier les pays fortement industrialisés. Ce nouveau partenariat vise deux (2) objectifs majeurs : (1) " éradiquer la pauvreté en Afrique et placer les pays africains, individuellement et collectivement, sur la voie d’une croissance et d’un développement durable pour mettre ainsi un terme à la marginalisation de l’Afrique dans le contexte de la mondialisation " ; et (2) " promouvoir le rôle des femmes dans toutes les activités ". Ces deux (2) objectifs devront se traduire par une croissance annuelle moyenne du produit intérieur brut (PIB) de plus de 7% pour les 15 prochaines années ; une réduction de moitié du pourcentage de gens vivant dans des conditions d’extrême pauvreté à l’horizon 2015 ; la scolarisation de tous les enfants en âge de fréquenter les écoles primaires d’ici 2015 ; la suppression des disparités entre les sexes dans les inscriptions à l’enseignement primaire et secondaire d’ici 2005 ; la réduction du taux de mortalité infantile et post infantile de 2/3 à l’horizon 2015 ; la réduction du taux de mortalité liée à la maternité de ¾ à l’horizon 2015 ; l’accès de tous ceux qui en ont besoin aux services de soins de santé génésique d’ici 2015 ; la mise en œuvre des stratégies régionales de développement durable pour compenser les pertes de ressources écologiques d’ici 2015.
Pour atteindre ses deux (2) objectifs majeurs, le NEPAD définit une série de conditions que les gouvernements africains doivent réaliser comme préalables à un développement durable en Afrique. Ces conditions sont présentées dans le document sous la forme d’initiatives spécifiques ; il s’agit de " l’initiative pour la paix, la sécurité, la démocratie et la bonne gouvernance " et de " l’initiative pour la gouvernance économique et la gouvernance des entreprises ". La première initiative vise à consolider la capacité de l’Afrique à gérer tous les conflits par un renforcement des institutions régionales et continentales existantes dans quatre domaines prioritaires, à savoir (1) "la prévention, la gestion et la résolution des conflits " ; (2) la recherche de la paix, le maintien de la paix et l’imposition de la paix " ; (3) " la réconciliation, le relèvement et la reconstruction suite à un conflit " ; (4) " la lutte contre la prolifération illicite des armes légères et des mines terrestres ". Quant à la seconde initiative, elle vise à réaliser une série de réformes institutionnelles, notamment la réforme de la fonction publique et de l’administration, le renforcement du contrôle parlementaire, la promotion de la démocratie directe et participative, la lutte efficace contre la corruption et les détournements de fonds, et la réforme du régime judiciaire. Ces deux initiatives ne visent, en réalité, qu’à attirer les investisseurs étrangers.
En vérité, ces deux initiatives ne visent qu’à attirer les investisseurs étrangers, et ne prennent en compte que les préoccupations des bailleurs de fonds occidentaux. Les problèmes de la paix, de la sécurité et de la bonne gouvernance n’y sont abordés que comme des obstacles à lever pour un afflux massif des capitaux. Le document est d’ailleurs totalement muet sur les causes profondes des conflits qui minent certains pays du continent ; muet sur le pillage des ressources auquel s’adonnent certains pays et firmes internationales ; muet sur les frustrations liées à l’impunité, à l’injustice et aux inégalités dans l’accès aux ressources nationales, et qui provoquent souvent des situations de rébellion armée, notamment chez les minorités nationales ; muet sur les répercussions sociales des politiques d’ajustement structurel imposées aux pays africains, et qui se traduisent par une généralisation de la pauvreté, elle-même source de conflits et d’insécurité dans les villes et les campagnes.
Suivant la même logique, les droits sociaux et économiques ne sont pas pris en compte comme étant constitutifs de la citoyenneté dans l’initiative sur la démocratie et la bonne gouvernance. Le NEPAD ne parle que de l’amélioration de l’accès aux services sociaux de base, et d’engagements sur les droits civiques et politiques, globalement perçus comme un nécessaire décor à un modèle fondé sur l’exclusion. Pire, il ne comporte aucune mesure concrète en ce qui concerne les droits de la femme, au sujet desquels il se contente simplement de préconiser un meilleur accès des filles à la scolarisation et à la formation, un appui aux agricultrices et une réduction de la mortalité liée à la maternité. Les femmes africaines, qui constituent la majorité de la population dans la plupart des pays, ne bénéficient que d’un statut de main-d’œuvre ; car, bien que l’un des objectifs majeurs du projet soit de promouvoir le rôle des femmes dans toutes les activités, on n’y décèle aucune mesure concrète allant dans ce sens. Ce qui fait que, en plus d’être une affaire de Chefs d’Etat et d’experts moulés dans le dogme néo-libéral, le NEPAD apparaît également comme une affaire d’hommes.
Le boubou africain du néolibéralisme
Dans son programme d’action, le NEPAD met l’accent sur sept (7) domaines prioritaires, à savoir (1) les infrastructures, (2) les ressources humaines, (3) la santé, (4) les technologies de l’information et de la communication, (5)l’agriculture, (6) l’énergie, et (7) l’accès des exportations aux marchés des pays développés. Sur ces sept (7) domaines prioritaires, il convient de noter que pour les initiateurs du NEPAD la priorité des priorités demeure le développement des infrastructures. Le document affirme sans ambages que " si l’Afrique était dotée des mêmes infrastructures de base que les pays développés, elle serait mieux en mesure de se consacrer à la production et à l’amélioration de la productivité pour faire face à la concurrence internationale ". Il poursuit en ajoutant que " améliorer les infrastructures, y compris le coût et la fiabilité des services, serait dans l’intérêt de l’Afrique comme de la communauté internationale, qui pourrait obtenir des biens et services africains à meilleur marché " (Cf.paragraphe 98 p.20). C’est vraiment édifiant quant à la finalité de ce nouveau partenariat.
Sur le plan social, le programme d’action du NEPAD reste particulièrement vague, et ne fait que reprendre les objectifs de la déclaration du millénaire des Nations Unies. Certes, on y trouve quelques formules incantatoires sur la lutte contre la pauvreté et les maladies telles que le VIH/SIDA et le paludisme, ainsi que des professions de foi sur l’éducation et la formation des ressources humaines ; mais, il reste que les investissements sociaux ne sont envisagés que comme des moyens visant à améliorer la compétitivité du continent dans le cadre de la mondialisation. Dans la logique du NEPAD, la santé et l’éducation ne sont pas des droits liés à la citoyenneté, mais plutôt des moyens pour assurer la compétitivité du continent africain par rapport à d’autres régions du monde. La lutte contre la pauvreté ne vise pas elle aussi à parvenir à une meilleure redistribution des ressources, mais plutôt à renforcer le pouvoir d’achat des Africains à des fins de consommation des produits importés. Sur ce volet social, les problèmes environnementaux ont été à peine effleurés ; alors que la désertification (pour ne prendre que cet exemple) déstabilise sérieusement les pays du Sahel. Bref, en dépit des critiques formulées par certains dirigeants africains à l’encontre des politiques d’ajustement structurel, il saute aux yeux que le NEPAD ne fait que remettre au goût du jour les recettes classiques des institutions de Bretton Woods. Pour s’en convaincre, il convient de s’attarder sur la stratégie préconisée pour le financement du développement de l’Afrique.
A ce sujet, les initiateurs du NEPAD affirment que le développement du continent passe par un afflux massif de capitaux étrangers, notamment par le biais de l’aide publique au développement (APD) à court terme, et par le biais des investissements privés étrangers à plus long terme. Le Président Abdoulaye Wade, qui est l’un des plus grands défenseurs de l’approche néo-libérale, affirme que l’aide publique au développement (APD) entraîne les pays africains dans un cycle de dépendance. Pour le Président Sénégalais, il est dans l’intérêt de l’Afrique de miser plutôt sur un afflux massif de capitaux privés étrangers pour financer son développement. Le point de vue de Me Wade est contesté par certains des ses homologues africains, tels que le Président Algérien Abdelaziz Bouteflika et Sud-africain Thabo Mbeki, qui considèrent que l’aide publique au développement est incontournable à l’heure actuelle. Cette position rejoint celle de beaucoup d’économistes africains, qui estiment que "les investissements de capitaux étrangers viennent après la croissance, ils ne l’engendrent pas".
Quoi qu’il en soit, il convient de rappeler que l’investissement direct étranger (IDE) en Afrique subsaharienne ne fait que chuter ces dernières années. Selon le rapport 2001 de la CNUCED, le montant de l’IDE est passé de 8 milliards de dollars en 1999 à quelque 6,5 milliards en 2000. Ce rapport souligne que la part du continent dans le volume mondial des IDE a chuté ainsi en dessous de 1%, et que l’essentiel des investissements restent concentrés dans un petit nombre de pays africains, notamment l’Angola, le Nigeria et l’Afrique du Sud, qui ont bénéficié de plus de 60% des flux. Ces investissements sont faits, pour l’essentiel, dans des secteurs miniers. La tendance à la chute a été observée également en ce qui concerne l’aide publique au développement (APD). Le rapport 2000 du Comité d’aide au développement (CAD) souligne que les recettes nettes de l’aide destinée aux pays les moins avancés de l’Afrique subsaharienne ont baissé de 18,4 milliards de dollars en 1995 à 12 milliards de dollars en 1999. Ces chiffres devraient en principe, ôter toute illusion aux dirigeants africains.
Après les crises financières de ces dernières années, il n’est pas nécessaire d’être un génie pour comprendre que l’afflux de capitaux étrangers n’entraîne pas que des effets bénéfiques pour les économies des pays du Tiers-monde. Bien au contraire. La libéralisation excessive des marchés financiers s’est soldée par un effondrement de l’économie des pays tels que le Mexique, l’Indonésie, la Thaïlande, l’Argentine, la Russie, la Turquie et le Brésil. " Des monnaies se sont effondrées, des économies se sont ralenties, des entreprises commerciales ont fait faillite, des banques ont dû faire face à des prêts irrécouvrables, la pauvreté a fait tâche d’huile ". L’Afrique peut-elle réussir là où les "dragons asiatiques" et les "élèves modèles du FMI" de l’Amérique latine ont échoué ? Pour l’heure, il est évident que les pays africains n’ont pas aucune capacité à exercer un contrôle efficace sur les mouvements externes de capitaux. Le système financier mondial est organisé de telle manière qu’"il suffit d’une légère variation de la confiance des investisseurs, des taux de change ou des taux d’intérêt pour que des milliards de dollars soient précipitamment transférés d’un pays à l’autre ".
Black-out sur la dette extérieure !
Dans la stratégie du NEPAD, il n’est question ni du rapatriement des fonds détournés par les potentats africains et déposés dans des comptes à l’étranger, ni de l’annulation de la dette extérieure dont le service engloutit l’essentiel des budgets de certains pays. Sur ce dernier point, les Chefs d’Etat africains se contentent de préconiser des négociations avec la communauté internationale pour obtenir un allègement plus important de la dette en faveur des pays africains. La stratégie consiste à négocier l’extension de l’initiative PPTE à un nombre plus important de pays endettés du continent. A l’heure actuelle, seuls 17 pays africains, sur les 53 que compte le continent, bénéficient de cette initiative, dont l’inefficacité est admise par tous. Les institutions de Bretton Woods sont elles-mêmes conscientes de cela ; et récemment, les dirigeants des huit (8) pays les plus industrialisés (G8) ont fait ce constat, lors de leur sommet tenu à Kananaskis au Canada. Ces derniers ont, solennellement, affirmé que "certains facteurs peuvent faire en sorte que l’initiative n’arrive pas à fournir l’allègement promis ".
A l’évidence, l’initiative PPTE est sans issue pour la plupart de ses 17 bénéficiaires africains, dont on sait qu’ils ne vont jamais atteindre le seuil souhaité de viabilité de leur dette extérieure. On sait que seuls trois pays (Bénin, Mozambique et Ouganda) satisferont les critères d’une dette viable, après avoir bénéficié d’une aide au titre de l’initiative PPTE. Les autres sont condamnés à attendre plusieurs années ; et certains mêmes vont se retrouver avec un niveau d’endettement plus élevé qu’au début de l’initiative. Cette situation s’explique par le fait que l’initiative PPTE consiste à accorder aux pays endettés des nouveaux prêts, pour être en mesure de rembourser le principal et les intérêts des anciennes dettes. De plus, les projections à partir desquelles les institutions de Bretton Woods établissent la capacité d’un pays à assurer le service de sa dette (seuil de viabilité de la dette extérieure), sont complètement erronées. Il faut rappeler que pour bénéficier de l’initiative PTTE, le pays candidat doit avoir un ratio dette/exportations inférieur ou égal à 150%, ou un ratio dette/revenu inférieur à 250%.
Après avoir satisfait à l’un ou l’autre de ces deux critères de base, le pays candidat à l’initiative PPTE doit adopter un Document stratégique de réduction de la pauvreté ( DSRP), sous la houlette du FMI et de la Banque mondiale. Ce document doit indiquer l’usage qui sera fait des ressources drainées grâce à cette initiative, et comporter un certain nombre d’engagements relatifs à la mise en œuvre des mesures classiques d’ajustement structurel : privatisation des entreprises publiques, réduction de la masse salariale et de l’enveloppe des bourses, suppression des subventions publiques, deréglementation du marché du travail. Bref, tout l’arsenal de mesures ultra-libérales, qui ont contribué à appauvrir les populations africaines, dégrader la qualité des services sociaux, baisser l’espérance de vie de plus de 7 ans, faire ressurgir des maladies que l’on croyait endiguées, augmenter le chômage des jeunes diplômés, saper les bases d’une industrialisation, et créer des situations de crise alimentaire chroniques.
Face à la situation difficile des pays africains, il n’y a pas de doute que l’alternative c’est d’exiger l’annulation pure et simple de la dette extérieure, et faire recours aux ressources internes, à travers notamment la mobilisation de l’épargne. Le document du NEPAD n’accorde pas une grande importance à cette question, et ne propose aucune action novatrice susceptible de briser la dépendance des pays africains vis-à-vis de l’extérieur. Le document se contente de dire qu’il faudrait "augmenter les revenus fiscaux pour augmenter les recettes publiques tout en rationalisant les dépenses des pouvoirs publics" (Cf.paragraphe 145 p.37), exactement comme le répètent depuis trente (30) ans les experts du FMI et de la Banque mondiale. En outre, le dispositif stratégique du NEPAD pour la mobilisation des ressources intègre l’accroissement des recettes des exportations des produits agro-industriels et miniers. Pour y parvenir, il est proposé primo, d’"intégrer les pauvres ruraux à l’économie de marché et leur fournir un meilleur accès aux marchés d’exportation", et secundo de " transformer l’Afrique en exportateur net de produits agricoles ". (Cf. paragraphe 154 P.41). Avec des telles propositions, il est difficile de prendre au sérieux les initiateurs du NEPAD, qui continuent de soutenir, contre tout bon sens, que "les avantages d’une intégration gérée efficacement dans l’économie mondiale présentent les meilleures perspectives pour une prospérité économique et une réduction de la pauvreté dans l’avenir". (Cf. paragraphe 28 p.6).
Comme on peut le constater, le NEPAD ne prend pas en compte le caractère inégal des règles du commerce mondial, contenues dans les accords de l’Organisation mondiale du commerce (OMC). L’exemple de l’agriculture est, à cet égard, particulièrement édifiant. Alors que les pays du Tiers-monde ont été contraints par le FMI et la Banque mondiale à libéraliser totalement leurs marchés et à abandonner les agriculteurs à leur sort, les pays occidentaux continuent de fermer l’accès de leurs marchés aux produits agricoles étrangers et à accorder des subventions colossales à leurs agriculteurs. Ces subventions sont passées de 182 milliards de dollars en 1995, à quelques 360 milliards de dollars en 2001 dans les 30 pays industrialisés membres de l’OCDE, et correspondent au produit intérieur brut (PIB) de l’ensemble de l’Afrique subsaharienne en 1999. Les pays africains ne sont même pas en mesure d’assumer les coûts financiers de l’application des certains accords issus du cycle d’Uruguay. Ces coûts sont estimés à 150 millions de dollars par la Banque mondiale, rien que pour l’accord sur l’évaluation en douane, l’accord sur les mesures sanitaires et phytosanitaires et l’accord sur les aspects des droits de propriété intellectuelle liés au commerce (ADPIC).
Dans ces conditions, il est scandaleux de constater que les dirigeants africains ne posent ni la question cruciale de la réforme des institutions financières internationales, qui imposent aux pays des politiques contraires au respect des droits économiques et sociaux, ni celle de la modification des règles inégales du commerce mondiale, qui engendrent des répercussions négatives la sécurité alimentaire et la santé des populations. A titre illustratif, un rapport de la Banque mondiale note que l’élimination des subventions agricoles, la réduction des tarifs agricoles élevés et l’affranchissement de droits et quotas sur les marchés de l’OCDE, en faveur des produits exportés par les pays les moins avancés (PMA), pourraient apporter à ces pays 15 000 milliards de dollars supplémentaires en dix ans. C’est dire que le NEPAD aurait dû s’appuyer sur l’expérience de la lutte des représentants africains au cycle manqué de Seattle, en préconise une conjugaison des efforts avec les autres pays du Tiers-monde pour inverser les tendances négatives de la mondialisation néo-libérale.
Références :
- Document du NEPAD, version en français, publié par le Secrétariat,
- Afrique Relance, Octobre 2001,
- Afrique Relance, Avril 2002,
- Le Monde Diplomatique, Juillet 2002,
- Plan d’action du G8 pour l’Afrique,
- Déclaration des dirigeants du G7, " Tenir la promesse contenue dans l’initiative renforcée en faveur des PPTE ".
fr
Francais
Forum Social Nigérien
Analyses
?
