Une vieille femme périt dans les flammes
vendredi 31 mars 2006 par Souleymane Maâzou
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"Incendie à la Ceinture verte !", crie une voix. Dans le ciel, un gros nuage de fumée noire se profile et, comme un démon sombre, une terrible ombre s’abat sur le quartier Poudrière qui borde ladite Ceinture verte. On se précipite. Des cris de détresses nous accueillent à notre arrivée ; des cliquetis de récipients d’eau aussi. Des femmes et des enfants couraient dans tous les sens, d’autres s’effondraient en pleurs.

Le feu ravivé par le vent qui ce jour par malheur soufflait vivement, crépitait de plus belle au lieu de mourir. Les sapeurs pompiers avec leurs matériels limités cherchaient avec beaucoup de peine à circonscrire le feu. Mais en vain, le champ de l’incendie ne fait que s’élargir, formant une fournaise intenable. Des secouristes volontaires arrivent de toutes parts des quartiers tout proches ; mais face à cet ’’grand feu’’ qui dévore tout, ils ne peuvent rien faire d’autre qu’observer. Cela s’est passé le 24 mars passé, dans la matinée.
Tout est calciné
Aux environs de 12 heures, le constat est triste, le feu a tout réduit en cendre. Dans les vestiges fumants de ce qu’a été des habitations humaines, le feu n’a laissé que des cadavres de veaux, de moutons, de chèvres, de volailles, etc.

Dans la foulée, une femme d’un âge assez avancé est morte, brûlée. Est passé également le maigre bien que possèdent ces gens : les vêtements, les couvertures, les matelas, les ustensiles de cuisine, quelque rares stocks de nourriture... Seuls fusent en ce tragique instant, les commentaires tristes des spectateurs impuissants : "J’ai connaît au moins cinq familles qui habitent ces lieux !", explose Aicha, une habitante du quartier pou-drière, toute larmoyante. "Je ne sais lesquels d’entre eux figurent sur la liste des victimes...", poursuite-t-elle. Elles sont combien, ces victimes ? Celles qui ont péri ici ou ailleurs, dans les mêmes drames, tout autour de cette capitale qu’est Niamey ? Dieu seul le sait.
Le moins qu’on puisse dire est que ces incendies ravageurs sont fréquents chaque année, surtout en cette période de vents secs ; et qu’ils font également beaucoup de victimes. Mais après chaque sinistre, les habitants sont là, tenaces, pour rebâtir ce qui a existé quelques heures auparavant. Ils n’ont ni eau courante, ni électricité. Des centaines de familles cohabitent avec les immondices déversées par les camions de la Communauté urbaine de Niamey, et naturellement avec les maladies aussi. D’où viennent tous ces gens ?
Ils sont en majorité des ruraux venus des villages plus ou moins environnants de Niamey, et vivent en dessous du seuil de pauvreté avec moins d’un dollar américain par jour. N’ayant pas de revenu leur permettant de loyer une maison dans la ville, ils se sont installés dans ces maisons de fortune de façon provisoire ; et le provisoire dure toujours... jusqu’à l’instant de cet incendie pour les victimes.
La plupart de ces habitants vivent de petits commerces, notamment la vente de l’eau, de la bouillie, des galettes ; certaines parmi les femmes sont domestiques dans les quartiers cossus, juste à une dizaine de mètres. On rencontre aussi des aides maçons, des menuisiers, des manœuvres, des hommes et des femmes prêts à tout faire comme boulot, pourvu que cela permette d’avoir de quoi manger et entretenir leurs enfants tant bien que mal.
Nécessité d’une politique de logements sociaux
Avec cet incendie, ces habitants n’ont plus ni lit, ni matelas, serait-ce de paille. Ils utilisent des couvertures éta-lées à même le sol comme nattes. Et à les voir à la tombée du jour, on a l’impression d’un vaste camp de réfugiés dévasté, brûlé et saccagé par une bande de rebelles. Les sinistrés de ce drame collectif dorment encore aujourd’hui sous les arbres. Ceux qui ont eu un peu d’aide provenant de personnes généreuses ont fait des hangars de fortune en attendant de voir ce que les jours à venir donneront.
En dehors de la visite sur les lieux du gouverneur de la ville de Niamey, aucune aide des autorités n’est encore arrivée au niveau de ces malheureux. En attendant, certaines bonnes volontés ont commencé la collecte des vêtements et de nourriture pour les aider. "Il faut leur montrer qu’on est là...", explique une de ces mains secourable. "Dans cet incen-die, tout le monde a perdu un peu de sa famille..."
Sur un tout autre plan, cet incendie relance le débat sur le logement social au Niger. En effet dans notre pays, il n’existe plus aucune politique de l’habitat permettant aux plus démunis de se mettre à l’abri des calamités tels que les incendies et les inondations, engendrant des pertes matérielles et en vies humaines. A défaut de la construction des HLM dans les pays avancés, nos doivent songer à une formule adop-tée aux conditions économiques et sociales du Niger...
