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Caricatures sataniques et liberté d’expression

lundi 20 mars 2006

Emule de Rushdie ? Provocation délibérée ? Ou acte d’inconscience ? Au Danemark, le journal de droite, Jylland Posten, a cru bon de relever le défi lancé par un de leurs compatriotes, écrivain de son état, qui s’indignait de n’avoir jamais vu de représentation ou effigie du Prophète des musulmans, comme si les artistes manquaient d’imagination ou avaient peur.

Les caricaturistes dudit journal relevèrent le défi, et la publication de leurs œuvres, une série de caricatures, commença le 30 septembre dernier. Bien entendu, cela ne manqua pas de soulever la colère des musulmans danois.

On se rappelle que Salman Rushdie, écrivain d’origine indienne, avait osé s’attaquer au Livre sacré des musulmans et à leur Prophète sous le fallacieux prétexte de la liberté de l’artiste. Mal lui en avait pris, car la réaction des croyants ne se fit évidemment pas attendre. Prompte et unanime fut la condamnation, dont la plus extrême fut certainement la fatwa lancée par les mollahs iraniens. Depuis lors, traqué et aux abois, Rushdie n’a plus de vie publique : il doit constamment se cacher, éviter de se montrer en public, prendre des chemins détournés pour rentrer chez lui, entouré de ses gardes du corps. Une vie de moine.

Cette fois, non plus, l’acte ne laisse pas les fidèles indifférents. Les musulmans danois manifestèrent donc. Ils protestèrent non seulement auprès des autorités étatiques, mais organisèrent également des manifestations grandioses à travers tout le pays. Ils reçurent le soutien d’une partie de la société civile, dont les ecclésiastiques. Les coups bas ne s’arrêtèrent pas pour autant. En Norvège voisin, par solidarité avec leurs confrères danois, certaines gazettes publièrent les mêmes dessins, comme pour signifier aux protestataires qu’ils doivent aller se faire voir ailleurs.
L’affaire prit de l’ampleur. Les organisations musulmanes danoises portèrent l’affaire devant certaines institutions islamiques ou régionales telles que l’Organisation de la Communauté Islamique (O.C.I.) et la Ligue Arabe, en même temps qu’elles mobilisaient certains pays musulmans.
L’affaire désormais portée au grand jour, les musulmans du monde entier prirent enfin connaissance du blasphème commis par une certaine presse occidentale. Les télévisions et les sites Internet firent une large diffusion de ces dessins sataniques : on y voit notamment un vilain individu barbu, au regard terrifiant, cachant sous son turban des explosifs. L’allusion était claire : l’Islam n’est qu’une religion terroriste dès l’origine ; qu’il incarne la barbarie et la violence à l’état brut, et que les islamistes radicaux et les kamikazes ont forcément appris cela avec leur Prophète. Voilà l’offense suprême !

A l’évidence, ces prétendus caricaturistes ignorent tout de l’Islam et de la biographie de son Prophète. A-t-on depuis la Révélation, réussi à produire un Livre aussi beau, aussi complet et aussi véridique que le Coran ? Sur la vie de Mohamed, tous les témoignages convergent pour dire qu’il était un très bel homme, un modèle de sagesse, d’humanité et de grandeur. C’était un saint homme, dont le nom est prononcé au moins soixante dix fois par jour par chaque croyant de la Ummah qui en compte aujourd’hui plus du milliard et demi dans le monde. Et si Dieu interdit de ne pas tenter de faire des représentations de Son Messager, y compris à ses fidèles, pourquoi un mécréant oserait-il impunément franchir le pas ?

La réponse à cette question est toute simple ! C’est au nom de la liberté d’expression et son corollaire : liberté de presse, d’édition notamment. La démocratie libérale fait en effet des libertés civiles et politiques et de leur respect une de ses dimensions essentielles. Aux Etats-Unis par exemple, la liberté d’expression, et donc de presse, constitue l’article premier de la Constitution. C’est donc fort de ce dogme qu’une certaine presse s’est cru en droit de faire consommer à son lectorat n’importe quelle insanité. Et surtout, en l’occurrence ici, de heurter gravement la sensibilité de millions de croyants, qu’on sait prêts à payer de leur vie tout acte ou discours portant atteinte à l’intégrité de leur prophète.

Pourtant, parmi ces libertés formelles, figurent aussi la liberté de culte, de conscience et le respect des religions ; dans le même esprit, la tolérance et la justice font partie des valeurs démocratiques cardinales. C’est dire que ces caricaturistes et ces journaux ont passé outre et enfreint les règles mêmes qui fondent leur propre système démocratique. Ils ont surtout donner à voir par là les limites mêmes de la liberté d’expression en régime libéral, mu par la quête perpétuelle du profit et l’accumulation de capitaux ; et cela, quels que soient les moyens employés : exploitation, asservissement, trafic et vente d’êtres humains, crimes et assassinats, offense notamment.
Dans cette logique, les valeurs d’humanité, de tolérance, de respect d’autrui n’ont plus vraiment leur place. En cela, on ne saurait être étonné qu’une certaine presse fasse ses choux gras de l’offense à des millions de fidèles à travers l’invention d’images religieuses violentes et agressives. Cela tout simplement pour décupler les ventes, tirer du profit, réaliser des bénéfices. La fin justifie les moyens. Il est significatif qu’à cet égard, sous le douillet couvert de la solidarité au Jylland Posten, plusieurs journaux aient reproduit les tristement célèbres caricatures.
S’ils se contentaient de faire leurs tirages habituels, cela passe encore, mais dans leur frénésie et surtout leur soif d’argent, ils ont augmenté inconsidérément le nombre d’exemplaires destinés à la vente. Cette prétendue solidarité parait dès lors comme une grosse hypocrisie. Adepte de cette supercherie, Charlie Hebdo, un journal français à faibles tirages, a ainsi récemment tiré à deux cent mille exemplaires, très vite écoulés sur le marché. Les organisations musulmanes françaises ont donc légitimement porté l’affaire devant la justice.

Ainsi donc, la liberté d’expression, tant sanctifiée en démocratie libérale, ne peut s’élever au dessus du régime économique qui l’a enfantée et consacrée. Sa limite est celle du libéralisme lui-même. Face aux dégâts économiques, commerciaux et diplomatiques causés par ce tsunami médiatique à travers le monde, le gouvernement danois du Premier ministre conservateur, Rasmussen, a ainsi fini par mettre de l’eau dans son vin, en dépêchant ici et là, dans le monde musulman, des délégations pour trouver un compromis et arrêter la bourrasque ; car les industriels danois ont vite compris qu’ils ont plus à perdre qu’à gagner dans cette affaire : boycott de leurs produits, perte de leur image, insécurité de leurs personnels, etc. Ils auraient demandé conseil à Rushdie, leurs médias ne se seraient pas risqués sur ce terrain glissant !!!

Toutefois, si l’on doit, à juste titre, condamner les errements de cette presse sans conscience, autant l’on ne doit pas donner un chèque en blanc à certains régimes musulmans oppresseurs, qui bâillonnent leurs peuples, en leur déniant leurs droits les plus élémentaires. Trouvant à travers cette affaire de caricatures une occasion en or de sauver quelque peu la face, ils n’ont de cesse d’instrumentaliser la colère légitime des croyants, en se présentant comme les meilleurs défenseurs de l’Islam, alors même que dans leurs propres pays, les droits humains sont bafoués, les islamistes traqués et emprisonnés. Vous avez dit liberté d’expression ? Défendons-la alors partout où elle est déniée ou abusée !!!


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