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Imouraren, le jackpot d’Areva !

jeudi 7 mai 2009 par Hassane Boukar

Le 04 mai 2009, Anne Lauvergeon la patronne du groupe Areva a bravé une chaleur d’environ 43°C pour se rendre en plein désert nigérien assister à la pose, par le Président Tandja, de la première pierre de l’usine d’exploitation d’uranium d’Imouraren. Cette mine d’uranium, la plus grande d’Afrique, est aussi le deuxième plus grand gisement minier au monde.

C’est une nouvelle page glorieuse qui s’ouvre pour la France au Niger. Elle a déjà tiré 100.000 tonnes d’uranium du sous sol nigérien en quarante ans. Elle sévira à nouveau et ce, trente cinq ans durant dans le nord Niger, sur ces mêmes terres où jusqu’à la veille de la guerre 1914-18, Kaocen, un souverain touareg, opposait une farouche résistance à la pénétration coloniale française. En effet, Imouraren c’est 5000 tonnes d’uranium par an, pour environ 650 milliards CFA d’investissement. Areva détient, 66,65% du capital contre 33,35% pour le Niger.

Imouraren est sans doute l’affaire en or du siècle pour Areva et la France. Le Président Nicolas Sarkozy qui a fait le déplacement de Niamey, pour la première fois depuis son élection, n’a pas manqué de « bénir » l’accord octroyant cette manne à la multinationale française. Dans un contexte mondial marqué de crise énergétique qui a entraîné un regain d’intérêt pour le nucléaire, l’occasion ne pouvait pas mieux tomber. La conquête de cette mine de « yellow cake » est d’autant plus importante que les prévisions laissent croire que la demande mondiale ne baisserait pas de sitôt. Avec les milliards d’euros en jeu sur le marché du nucléaire, Areva n’entend point laisser se la conter. La présidente du Directoire de la multinationale, Anne Lauvergeon, l’a clairement affirmé devant le Parlement français le 19 décembre 2007 ; son groupe « a pour objectif de conquérir un tiers des parts de marché sur les ventes de nouvelles centrales, c’est-à-dire un tiers des 100 à 300 réacteurs qui devraient être construits, sur le marché accessible – dans les pays acceptant l’intégralité des contrôles de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) – d’ici à 2030 ». Depuis, elle multiplie les contrats notamment en Europe et en Asie. En fin mars 2009, le carnet de commande du groupe est estimé à 49,5 milliards d’euros. Il faut donc absolument satisfaire tous ces clients. En 2008 déjà, les productions d’uranium nigériennes représentent, selon la multinationale elle-même, 40% du total commercialisé par AREVA. Avec les productions d’Imouraren prévues en 2012, la Française du nucléaire peut tenir son rôle de leader mondial du nucléaire pour une longue durée.

Sécuriser le butin !

La multinationale s’active à mettre toutes les chances de son côté en écartant le moindre obstacle à la réalisation de ses ambitions et ce, d’où qu’il vienne. Les propos de Thierry d’Arbonneau, largement rapportés par certains médias français, sont sans équivoque à cet effet. Ce Directeur de sécurité de Areva a déclaré que l’Etat français doit donner des armes au Niger afin qu’il puisse « mater la rébellion touareg » ; c’est-à-dire « mater la rébellion touareg » afin que la voie soit libre à l’exploitation de l’uranium par Areva. On ne saurait dire avec précision ce qu’a fait Paris pour que la rébellion ne soit plus un obstacle aux activités de Anne Lauvergeon au Niger depuis cette sollicitation on ne peut plus claire. Par contre, on remarquera ces derniers temps une sorte d’accalmie sur le terrain, notamment avec l’implication de la Libye. Lors d’une rencontre sous l’égide du « guide libyen » Mouammar Kadhafi à Syrte en début avril 2009, les différents chefs rebelles se sont déclarés en faveur de la « paix », de la « résolution pacifique des conflits », de l’amour de leur pays etc. C’est à dire toutes ces valeurs auxquelles, dans un passé récent, ils ne croyaient pas « sous le Niger de Mamadou Tandja » ; ils invoquaient d’ailleurs l’impossibilité de résoudre pacifiquement les conflits pour justifier la rébellion. Au vu de ce quasi revirement et de ces déclarations presque subites, on serait tenté de croire que le « gros intérêt » que représente l’uranium du nord Niger a eu raison des « velléités » des groupes rebelles. Ces derniers ont d’ailleurs libéré le dernier otage qu’ils détiennent. Ni la Libye qui a signé en 2007 des contrats estimés à 3 milliards d’euros avec la France au centre duquel se trouve justement le nucléaire, ni l’Etat français actionnaire à plus de 90% du capital d’Areva n’ont intérêt à laissé se poursuivre une rébellion dans la zone uranifère du Niger. Face à ces « puissants », les groupes rebelles ne peuvent que s’accrocher à la table de négociation et peut-être l’inventer si elle n’existe pas afin de ne pas tout perdre.

En France même, Areva mène une campagne de lobbying en vue de soigner l’image ternie de ses activités en terre nigérienne. Pour contrecarrer la campagne conduite contre elle par des activistes de la société civile dont le collectif « Areva ne fera pas la loi au Niger », la boite de Anne Lauvergeon déploierait des actions parmi lesquelles des contacts avec le Groupe d’amitié France-Niger du Parlement français. C’est du moins une information révélée par l’hebdomadaire français Charlie hebdo daté du 29 avril 2009. Areva mobilise également la presse à l’occasion de l’inauguration de son site d’Imouraren. La presse métropolitaine comme celle nigérienne est invitée à placer ses caméras sur le site d’Imouraren le temps d’un coup de truelle. Evidement il n’y aura rien à voir ce jour là.

Imouraren, un remake au mauvais goût ?

Au Niger, la communication de Areva ainsi que de ses partenaires tente de présenter le contrat sur Imouraren comme un « contrat gagnant-gagnant ». Cette communication met en exergue environ un millier d’emplois qu’est censé générer le projet, de l’argent frais pour le budget de l’Etat, un projet de chemin de fer devant relier le Niger au réseau ferroviaire béninois entre autres. Pour l’un des pays les plus pauvres de la planète cela parait alléchant. Mais il se trouve qu’il y a un précédent encore non soldé en la matière. L’exploitation 40 ans durant des mines d’uranium dans la même zone par Areva à travers ses filiales Cominak et Somaïr s’est fait dans la douleur. Non seulement les retombées financières ont été engrangées presque entièrement par la France, mais aussi les conséquences sanitaires, environnementales et sociales ont été désastreuses pour le Niger. A Arlit et ses environs, on n’a pas encore fini de faire le bilan macabre de cette entreprise. Aujourd’hui encore, les signes d’un remake sont présents dans les esprits. Les craintes sont d’autant plus fondées que l’Etat du Niger qui avait gagné l’effet d’annonce en affirmant se battre pour obtenir 40% de ce capital a capitulé dans des conditions non encore élucidées. De même, la société civile qui réclame au nom de la transparece, la publication par le gouvernement du contrat entre Areva et le Niger sur Imouraren semble prêcher dans le désert.


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