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In memorium

Il y a 22 ans, le 9 février

mercredi 15 février 2012 par H B Tcherno

Des milliers d’étudiants et d’élèves ont célébré le 9 février dernier dans la tristesse et la révolte le vingt deuxième (22ème) anniversaire des événements tragiques de 1990. Un devoir de mémoire envers leurs camarades fauchés par les balles du régime de l’époque.

C’est devenu quasiment une tradition. Chaque 9 février de l’an, les scolaires sortent des classes pour battre le macadam dans les rues des principales villes du pays afin de rendre hommage aux martyrs et réclamer justice ainsi que des meilleures conditions de vie et d’études. Aujourd’hui, cela fait vingt deux (22) ans, mais les étudiants n’ont pas oublié leurs trois camarades tués froidement par les forces de sécurité. Ils se souviennent également des blessés dont certains handicapés à vie comme Adam Maina installé depuis lors à Paris.

Dans toutes les grandes villes du pays, cette journée commémorative a été ponctuée des marches pacifiques et de discours des dirigeants du mouvement scolaire pour exiger que toute la lumière soit faite sur la mort de leurs camarades et que les coupables et commanditaires soient sévèrement punis. Arborant des pancartes et des tee-shirts à la gloire de l’Union des Scolaires Nigériens (USN), les manifestants se sont rassemblés à Niamey au rond point Kennedy rebaptisé par les scolaires « Place des Martyrs ». Aucun officiel ne s’est présenté à ce lieu emblématique de rendez vous annuel.

Les orateurs qui se sont succédés à la tribune de fortune n’ont pas manqué de rappeler que cette marche des scolaires réprimée dans le sang a été le détonateur du mouvement de contestation sociale qui a forcé les autorités de l’époque à ouvrir le pays au multipartisme et à la démocratie.

Après une minute de silence à la mémoire des martyrs, le Secrétaire Général du Comité Directeur de l’USN a prononcé une allocution pleine de rage. Dans son intervention, M. Abdoul Aziz Mamane a dénoncé l’assassinat le 6 décembre 2011 à Zinder d’un collégien (Mahamane Lamine Maikanti). Le leader estudiantin a égrené un chapelet de problèmes sociaux à savoir la cherté de la vie, le manque de perspectives pour les jeunes, la mauvaise gestion des ressources naturelles, les conséquences désastreuses de la gestion sans bilan de la transition militaire, etc.

Avant de se disperser dans la discipline, les élèves et étudiants ont exigé la traduction devant les tribunaux des assassins et complices de l’assassinat de leurs camarades. Comme à l’accoutumée, cette exigence est accompagnée d’une série de revendications . Cette année, elles tournent autour de la construction des logements et salles de cours dans les universités, l’accélération du processus de construction des classes en matériaux définitifs.

Les revendications actuelles des scolaires interpellent nos consciences, car elles rappellent que vingt deux (22) ans après la tuerie du 9 février, le vécu quotidien des militants de l’USN n’a pas connu de changement positif. Au contraire. Les conditions de vie au campus et d’études dans les amphithéâtres et établissements d’enseignement se sont nettement dégradées au fil des ans.

Pour rappel, la marche pacifique du 9 février 1990 avait pour objectif d’appuyer la plate forme revendicative des élèves et étudiants notamment son volet projet éducation III de la Banque Mondiale. Elle était partie du campus universitaire en direction de la rive gauche du fleuve. Mais, les étudiants ont été bloqués sur le pont Kennedy par les forces de sécurité qui, incapables de disperser les manifestants, ont usé des armes à feu. Toute la journée, les forces de sécurité et les étudiants avaient joué au chat et à la souris dans les quartiers de la rive droite du fleuve qui abritent les résidences universitaires. Revenu à la nuit tombée d’un voyage à Banjul, le Général de Brigade Ali Saibou, chef de l’Etat a qualifié la répression de la manifestation pacifique de « bavure policière », une sortie médiatique qui, loin d’apaiser les esprits, a attisé la colère des parents d’élèves.

Autres temps, autres mœurs. Le rêve d’une école publique de qualité s’éloignant chaque année, les scolaires semblent avoir abandonné les positions syndicales extrémistes qui consistaient à ne pas pactiser avec les forces réactionnaires (sic). C’est en tout cas l’impression qui se dégage de l’exigence de l’USN d’avoir des représentants dans toutes les institutions de la république. Assurément, la politique de cooptation des acteurs de la société civile par les gouvernants a fait des jaloux du côté de Haro Banda (rive droite du fleuve).

En revanche, les années de misère n’ont pas beaucoup entamé le discours anti impérialiste de l’USN. Cette impression transparait dans le speech du SG du CD qui a saisi l’occasion de la commémoration de la journée du 9 février pour fustiger la recolonisation de l’Afrique par les grandes puissances dont l’illustration parfaite est l’intervention des forces militaires étrangères en Côte d’Ivoire et en Libye. Les scolaires ont condamné l’assassinat de Mouammar Kadhafi par l’Otan et la déportation à la Haye du président Laurent Gbagbo par les soldats de la Licorne et les casques bleus des Nations Unies. Ils ont demandé à l’Union Africaine de porter plainte contre Nicolas Sarkozy et les responsables de l’OTAN pour l’assassinat du Guide libyen.


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