Appel des syndicats, ONGs, Associations, organisations des jeunes, des femmes et des paysans au Forum Social Nigérien
mercredi 23 novembre 2005
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- A propos des politiques d’ajustement structurel :, p1
- A propos de la dette extérieure , p1
- A propos du NEPAD , p1
- A propos des femmes, des jeunes et des producteurs agricoles :, p1
- A Propos de la Bonne gouvernance , p1
- A propos du réseautage des organisations de la société civile , p1
- A propos de la situation internationale , p1
Cependant, force est de constater que tous ces progrès politiques ne se sont pas accompagnés d’une amélioration qualitative des conditions de vie des populations nigériennes. Les politiques d’ajustement poursuivies par les différents gouvernements, rarement en concertation avec les citoyens, ont eu des répercussions sociales dramatiques : la pauvreté atteint un seuil jamais égalé, les services sociaux (éducation, santé, accès à l’eau potable, etc.) se dégradent continuellement, les entreprises publiques sont privatisées à tour de bras, le chômage des jeunes atteint des proportions inquiétantes, la mortalité infantile et maternelle ne cesse de croître, les maladies et la faim font des ravages considérables au sein de la population.
Dans les faits, aucun des avantages miroités par les experts des institutions financières internationales n’est au rendez-vous, et le Niger continue de se classer au dernier rang de l’Indice du Développement Humain (IDH) selon le PNUD. Ce rang constitue la preuve que les politiques néo-libérales appliquées aveuglement par nos gouvernants ne peuvent pas générer le bien-être social. Par contre, elles engendrent des inégalités sociales, minent les solidarités nationales et créent des frustrations susceptibles de mettre à rude épreuve la cohésion nationale.
Face à cette situation, nous, organisations de la société civile nigérienne, ONG, associations, syndicats, organisations des femmes, des jeunes et des paysans, réunis à l’occasion de la première édition du Forum Social Nigérien, tenu à Niamey du 25 au 29 septembre 2003, faisons la déclaration suivante :
A propos des politiques d’ajustement structurel :
- Considérant l’état d’extrême pauvreté dans lequel vivent les populations Nigériennes, du fait de la mise en œuvre des Programmes d’Ajustements structurels imposés par les institutions financières internationales ;
- Considérant que les politiques d’ajustement structurel de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international (FMI) constituent une remise en cause totale des droits sociaux, économiques et culturels proclamés à travers la Constitution nigérienne et les instruments juridiques internationaux ;
Nous, organisations de la société civile nigérienne, ONG, associations, syndicats, organisations des femmes, des jeunes et des paysans,
- Dénonçons les coupes drastiques opérées sur les budgets des secteurs sociaux, notamment l’éducation, la santé, l’accès à l’eau potable et l’assainissement, comme une mesure contraire aux droits sociaux, économiques et culturels clairement proclamés à travers la Constitution nigérienne et les instruments juridiques internationaux ;
- Condamnons la privatisation tout azimut des entreprises publiques déjà opérées et en cours, qui se soldent par des hausses des tarifs préjudiciables à l’accès des populations à des services sociaux essentiels et vitaux, des licenciements massifs de travailleurs et la fuite des capitaux ;
- Rejetons les politiques sectorielles préconisées sous l’impulsion de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international dans les secteurs de l’éducation et de la santé, où le partage et le recouvrement des coûts contribuent à exclure l’immense majorité de la population nigérienne de l’accès à ces services ;
- Dénonçons la supercherie des institutions financières internationales et de l’Etat du Niger qui consiste à reconduire les politiques d’ajustement structurel sous la nouvelle appellation de stratégie de réduction de la pauvreté.
A propos de la dette extérieure
- Considérant que le remboursement de la Dette s’est fait et se fait encore au détriment de l’amélioration des conditions de vie des 11 Millions des Nigériennes et de Nigériens, privés du Droit Universel à l’éducation, à la Santé, à l’emploi, à un environnement sain et à un Habitat décent ;
- Considérant que cette Dette n’a pas été profitable aux masses populaires nigériennes, mais plutôt à des élites corrompues et aux créanciers eux-mêmes ;
- Considérant que le Niger est un pays actuellement sinistré à cause de la sécheresse persistante, la désertification qui menace plus des 3/4 de sa superficie et la Dette devenue insupportable ;
Nous, organisations de la société civile nigérienne, ONG, associations, syndicats, organisations des femmes, des jeunes et des paysans,
- Exprimons notre désapprobation totale face à la recherche démesurée de profit par ceux qui, au nom du remboursement de la Dette, condamnent des millions de Nigériennes et Nigériens à la misère et à la désolation ;
- Déclarons impayable la Dette Publique extérieure de notre pays et demandons la mise en place d’une Convention des Nations Unies pour l’annulation pure et simple de la Dette des Pays Pauvres Très Endettés (PPTE), et des autres pays du Tiers-monde, dont le nôtre ;
- Réclamons que des mécanismes adéquats soient déployés pour la restitution des biens détournés et leur utilisation au profit de la population pour le renforcement des services sociaux et la réduction de la pauvreté au Niger.
- Exigeons du Gouvernement du Niger une gestion plus rationnelle et plus transparente des différentes ressources issues de l’IPPTE et plus de transparence dans la gestion des affaires publiques de notre pays ;
- Exigeons que la Société Civile soit impliquée dans les futures négociations et/ou renégociations de la Dette et cela dans la transparence totale ;
- Demandons la mise en place d’un mécanisme adéquat pour un suivi des engagements souscrits par les différents partenaires (Etat, Partenaires au Développement, Secteur Privé et la Société Civile).
A propos du NEPAD
- Considérant que le Nouveau Partenariat pour le Développement de l’Afrique, proposé par les Chefs d’Etat africains aux pays du G8, s’inscrit dans la droite ligne des politiques néo-libérales promues par des institutions financières internationales illégitimes et anti-démocratiques, notamment le Fonds monétaire international, la Banque mondiale et l’Organisation mondiale du commerce ;
- Considérant que ces politiques néo-libérales n’ont contribué qu’à aggraver la situation sociale sur l’ensemble du continent, à creuser les inégalités au sein de la population, à accroître la dépendance des pays africains vis-à-vis de l’extérieur, à saper les bases mêmes d’un développement endogène profitable aux peuples et à généraliser la pauvreté et la misère ;
- Considérant que les initiateurs du NEPAD n’ont consulté ni les parlements nationaux, ni les organisations de la société civile et encore moins les peuples africains ;
- Convaincus que le nouveau Millénaire doit être caractérisé par plus de Justice, de Paix Sociale, de quiétude sociale et de Solidarité agissante entre les peuples et les Nations pour un développement Durable ;
Nous, organisations de la société civile nigérienne, ONG, associations, syndicats, organisations des femmes, des jeunes et des paysans,
- Rejettons le Nouveau Partenariat pour le Développement de l’Afrique (NEPAD) tel que proposé par les Chefs d’Etat africains, comme contraire aux aspirations profondes des peuples africains à la justice, à l’égalité, à la paix, au bien-être social, dans un monde ouvert et solidaire ; d’autant que ce programme ne prend pas en compte la revendication des organisations de la société civile africaine relative à l’annulation pure et simple de la dette odieuse contractée par des régimes souvent illégitimes, et les problèmes immenses qu’affrontent les femmes, les jeunes et les paysans, qui constituent l’écrasante majorité de la population africaine ;
- Réfusons la logique de l’extraversion et la perpétuation de la dépendance du continent africain vis-à-vis des grandes puissances mondiales, qui continuent de le considérer comme un réservoir de matières premières et un marché pour l’écoulement de leurs produits manufacturés ;
- Refusons de croire que le mondialisation néo-libérale est une opportunité pour l’Afrique et que son développement dépend de l’afflux massif des capitaux privés étrangers, de l’accroissement des exportations et de la libéralisation de son économie ;
- Restons convaincus que le développement de l’Afrique est avant tout l’affaire des Africains et que le continent recèle de ressources suffisantes pour envisager son développement sur la base d’un modèle autre que le modèle néo-libéral à l’origine du chaos et de la régression sociale actuels ;
- Engageons les organisations de la société civile nigérienne à approfondir la réflexion sur le devenir du continent et à proposer des alternatives aux politiques préconisées dans le cadre du NEPAD ;
- Réaffirmons notre attachement à l’idéal d’une intégration politique et économique du continent africain, mais une intégration préservant son indépendance et assurant le bien-être de ses populations.
A propos des femmes, des jeunes et des producteurs agricoles :
- Considérant que les femmes et les jeunes constituent la majorité de la population nigérienne et qu’ils sont de ce fait l’avenir de ce pays ;
- Considérant que les femmes sont l’objet de toutes sortes de discrimination et d’injustice et qu’elles payent un lourd tribut aux politiques néo-libérales imposées par les institutions financières internationales ;
- Considérant que des millions de femmes vivent dans la pauvreté et le dénuement complets dans notre pays, sans possibilité réelle d’accès aux services sociaux essentiels, notamment les soins de santé, l’éducation, l’eau potable, la terre, etc ;
- Considérant que des milliers de jeunes nigériens sortis des universités ou des grandes écoles sont condamnés au chômage, à l’exil, à la prostitution, à la drogue et au mieux au volontariat et au service civique national ;
- Considérant la déliquescence et la privatisation progressives du service public de l’éducation, qui privent des milliers des jeunes Nigériens de la possibilité d’accéder à une éducation digne de ce nom ;
- Considérant que les paysans africains ne bénéficient d’aucune subvention de l’Etat contrairement à leurs homologues du Nord ;
- Considérant que la logique de la mondialisation néo-libérale impose aux producteurs africains d’intensifier les cultures de rente alors même que les cours des produits ne font que chuter ;
- Considérant la prolifération des organismes génétiquement modifiables (OGM), qui portent atteinte à la santé des populations ;
Nous, organisations de la société civile nigérienne, ONG, associations, syndicats, organisations des femmes, des jeunes et des paysans,
- Réaffirmons notre solidarité et notre appui à toutes les actions organisées par les mouvements des femmes contre toutes formes de violence et de patriarcat, pour l’égalité sociale et politique ;
- Dénonçons l’oppression, la marginalisation et l’exclusion dont les femmes sont l’objet dans notre société, comme contraires aux principes et valeurs fondamentaux de la déclaration universelle des droits de l’homme ;
- Encourageons les organisations des femmes à exiger du gouvernement et des partenaires au développement la prise en compte de leurs problèmes et de leurs aspirations à l’égalité et au bien-être social ;
- Dénonçons la situation d’injustice faite aux milliers des jeunes diplômés Nigériens engagés par le gouvernement comme volontaires de l’éducation, avec des pécules de misère ;
- Apportons notre soutien à la juste lutte des volontaires de l’éducation, des étudiants, et des parents contre la politique criminelle imposée par la Banque mondiale et le Fonds monétaire international (FMI) dans le secteur de l’éducation ;
- Engageons les organisations de la société civile, les citoyennes et les citoyens, à organiser une action nationale énergique contre la liquidation systématique et programmée du service public de l’éducation, le chômage et la marginalisation des jeunes ;
- Apportons notre soutien indéfectible aux organisations paysannes qui se battent contre les règles iniques du commerce mondial telles que imposées par les puissances dominantes, les multinationales et leur outil qu’est l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC) ;
- Exigeons des Etats africains des soutiens conséquents aux producteurs agricoles, afin de garantir la sécurité alimentaire des populations ;
- Dénonçons la complaisance de l’Etat face au danger sanitaire que représentent les Organismes Génétiquement Modifiables (OGM).
A Propos de la Bonne gouvernance
- Considérant que des crimes économiques et sociaux et des crimes de sang restent impunis dans nombre de pays africains, dont le Niger ;
- Considérant les violations constantes et fréquentes des droits de l’homme observées dans les pays africains, dont le Niger ;
- Considérant la persistance des coups d’Etat militaires sur le continent africain et leurs conséquences sur le respect des droits de l’homme et des valeurs cardinales de la démocratie ;
Nous, organisations de la société civile nigérienne, ONG, associations, syndicats, organisations des femmes, des jeunes et des paysans,
- Exigeons que des sanctions appropriées soient prises à l’encontre des auteurs des crimes de sang et des crimes économiques et sociaux ;
- Dénonçons la régression démocratique engendrée par les coups d’Etat militaires en Afrique ;
- Réaffirmons notre détermination à combattre les pratiques de la corruption, les violations des droits de l’homme, pour une société juste et équitable.
A propos du réseautage des organisations de la société civile
- Considérant que le succès de nos actions futures dépend de notre capacité à nous organiser, à travailler ensemble, à tisser des liens de solidarité, à échanger nos expériences, à mobiliser toutes les énergies ;
- Considérant que la lutte contre la politiques néo-libérales ne saurait réussir à l’échelle d’un seul pays pris isolément ;
- Considérant le succès enregistré par la première édition du Forum Social Nigérien, en tant qu’espace de débats démocratiques, de réflexions et de propositions alternatives ;
Nous, organisations de la société civile nigérienne, ONG, associations, syndicats, organisations des femmes, des jeunes et des paysans,
- Réaffirmons notre attachement à la Charte de principes et au cadre organisationnel du Forum Social Nigérien, comme un cadre unique nous permettant d’articuler nos analyses, nos engagements et nos mobilisations.
- Nous engageons à créer les conditions d’une participation active au processus du Forum Social Nigérien de tous les mouvements, dans le respect de leur indépendance vis à vis des gouvernements, des partis politiques et dans le respect de leur autonomie ;
- Décidons de créer un réseau ouvert, souple, durable et transparent, afin d’accroître la participation des organisations de la société civile à la vie publique et à la prise de toutes décisions concernant la vie de la nation ;
- Nous engageons à mettre en œuvre un programme approprié d’appui au renforcement des capacités des organisations de la société civile, afin qu’elles soient capables d’apporter de l’assistance aux populations, de combattre les fléaux de la désertification et du VIH/SIDA, d’éduquer les populations nigériennes, de prendre part à toutes les actions de développement, de participer à toutes les discussions sur la définition des stratégies et politiques de développement, sans tomber dans l’erreur de servir de faire-valoir et de caution aux politiques néo-libérales et à une démission des pouvoirs publics vis-à-vis des populations ;
- Réaffirmons notre appartenance au gigantesque mouvement alter-mondialiste qui se développe au plan international contre le néolibéralisme, notamment le Forum Social Mondial et le Forum Social Africain.
A propos de la situation internationale
Nous, organisations de la société civile nigérienne, ONG, associations, syndicats, organisations des femmes, des jeunes et des paysans,
- Dénonçons la logique militariste et belliciste des gouvernements des Etats-Unis et de la Grande Bretagne ;
- Apportons notre soutien à la juste lutte du peuple palestinien contre la colonisation israélienne ;
- Condamnons la prolifération des conflits sur le continent africain, notamment en République Démocratique du Congo, en Sierra Leone, au Liberia et en Côte d’Ivoire, et l’implication des grosses multinationales, de certains gouvernements du Nord et les souffrances imposées aux peuples, notamment aux femmes et aux enfants, par des seigneurs de guerre sans foi ni loi.
- Exigeons une réforme des institutions financières internationales (FMI, Banque mondiale, OMC, etc) qui imposent aux pays des politiques néfastes et qui ne rendent aucun compte des conséquences de ces dernières.
Un Autre Niger est possible !
Fait à Niamey, le 29 septembre 2003
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Francais
Forum Social Nigérien
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