Alternative Espaces Citoyens Niger

Le mouvement social nigérien à l’heure du bilan

jeudi 22 décembre 2005 par Moussa Tchangari

Quatre (4) mois seulement après sa reconduction à la tête de l’Etat, le président Mamadou Tandja a appris à ses dépens que sa victoire électorale du 4 décembre 2004 ne signifie pas que les électeurs adhèrent aux politiques néolibérales conduites par son gouvernement. A l’appel des organisations de la société civile, plus de 100 000 personnes ont manifesté, le 15 mars, dans les rues de la capitale contre ces politiques ; et les 22 et 31 mars, une opération "pays mort" a paralysé complètement toutes les grandes villes et bourgades, où services, magasins, restaurants, marchés et administrations sont restés fermés. Les citoyens ont voulu exprimer ainsi leur opposition aux mesures fiscales préconisées dans le cadre de la loi des finances rectificative 2005.

Après plusieurs semaines de luttes intenses contre cette décision, le mouvement social nigérien fait aujourd’hui face à des sérieuses dissensions internes, nées de la signature d’un accord, le 19 avril, entre le gouvernement et la Coalition contre la vie chère. Présenté par une frange de la société civile comme un compromis acceptable, cet accord ne remet nullement en cause les choix budgétaires opérés par le gouvernement nigérien, sous la pression des institutions financières internationales. S’il est vrai que les responsables de la Coalition ont obtenu la suppression de la taxe sur la valeur ajoutée (TVA) sur le lait et la farine de blé, ainsi que le relèvement des tranches de consommation d’eau et d’électricité assujetties à cette taxe, il convient de noter qu’ils n’ont cependant pu arracher aucune réponse à la revendication d’une répartition plus équitable des ressources et des sacrifices.

Or, si les citoyens se sont mobilisés si fortement contre l’introduction d’une TVA sur les produits de première nécessité, ce n’est pas seulement parce que cette mesure fiscale a une incidence grave sur leur pouvoir d’achat ; mais, c’est surtout parce qu’ils n’ont plus aucune raison de renflouer les caisses d’un Etat qui ne leur assure aucun service public gratuit en matière de soins de santé, d’éducation ou d’accès à l’eau potable. Les citoyens nigériens se sont posés une question toute simple : pourquoi payer une TVA de 19% sur les produits de base, dans la mesure où la priorité du gouvernement n’est pas de répondre à la demande sociale ?

Au regard de l’importance même des questions soulevées, il apparaît clairement que l’accord signé par les responsables de la Coalition contre la vie chère est un coup de poignard dans le dos du mouvement social nigérien. Cet accord permet au gouvernement non seulement d’accentuer la pression fiscale sur le secteur informel, dont les opérateurs ont pourtant pris une part active à la lutte, mais aussi de maintenir ses choix budgétaires convenus avec le Fonds monétaire international. En visite au Niger, le Directeur général de cette institution a d’ailleurs rassuré les autorités de son soutien.

Aujourd’hui, seule la Coordination démocratique de la société civile nigérienne (CDSCN) continue de mobiliser les citoyens contre les politiques néolibérales. Fort du revirement de certains milieux syndicaux et associatifs, le gouvernement nigérien, qui était prêt à céder sur toutes les revendications de la société civile, fait à présent preuve d’arrogance. Soutenu par ces milieux corrompus, il se sent suffisamment hardi pour affronter la CDSCN, qui multiplie les manifestations pour exiger la distribution de vivres aux 4 millions de Nigériens en proie à la famine.


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