Alternative Espaces Citoyens Niger

La Société civile à l’heure de la décantation (Suite et fin)

vendredi 31 mars 2006

La gigantesque manifestation du 15 mars 2005 a nourri beaucoup d’espoir chez les dizaines de milliers de démunis mobilisés contre l’application par le gouvernement de mesures économiques austères, se rapportant notamment à la cherté de la vie dans les ménages. Un an après, quel enseignement peut-on tirer ?

Au regard des actes posés par cette aile mercenaire, faisant accroire son appartenance à la société civile, du moins dans les discours, il y a lieu de s’interroger sur leur acception de ce concept. A l’évidence, pour eux, il s’agit tout simplement de se faire connaître auprès de la population pour prétendre les diriger à vue, voire chercher à les manipuler en toutes circonstances, en paraissant leur porte-parole à vie, leur montrer la différence entre le bien et le mal, entre leurs amis et leurs ennemis. Populistes jusqu’au bout des ongles, héros d’un jour pour avoir simplement servi de rabatteurs de chasse, ils revendiquent et s’attribuent l’adresse et la tactique du chasseur, lequel dans sa modestie les a trop longtemps laissés se pavaner, singulièrement sur certains médias, sans jamais chercher à les frustrer en les démentant. Ce fut une erreur ! Car, de nouveau sollicités pour servir de pisteurs dans une nouvelle séance de chasse, voici que, cette fois-ci, les rabatteurs se rebiffent en refusant catégoriquement de répondre à l’appel des chasseurs attitrés, inquiets, eux, de l’état de la faune scolaire. En effet, celle-ci est durablement laissée à elle-même, sans subventions conséquentes, ni perspectives claires, pendant même que les élites, dont les enfants étudient à l’étranger, se sucrent à volonté.
À force d’usurper le statut du chasseur, en jouant les héros de circonstance, les mem-bres de l’aile prébendiére s’y sont en effet pris et plu au jeu, en cherchant dorénavant à être calife à la place du calife. Le monde à l’envers ! Ils ne se contentent plus de jouer les seconds couteaux. Mais, en fait de chasse, ils ne peuvent dépasser le statut de vils chasseurs de prime, sans foi ni loi, tel ce Secrétaire général d’une centrale syndicale qui ne s’imagine pas un instant entrain de contester la politique économique du Gouvernement, nonobstant les effets dévastateurs sur les travailleurs ; tel ce dirigeant d’une association qui a banni toute manifestation de rue avant de se rétracter ; tels ces leaders syndicaux qui, le matin, reconnaissent la légitimité de la lutte pour l’école tout en s’alignant, le soir, sur la position du porte-parole du Gouvernement, qui invite à boycotter la marche popu-laire pour l’école.

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meeting de la société civile
Les femmes se sont fortement mobilisées le 15 mars 2006

Leaders d’associations non gouvernementales, de syndicats ou de centrales syndicales, généralement des réactionnaires qui s’ignorent, ils sont très versatiles, ces garçons de courses du pouvoir à n’avoir aucune parole propre, aucun esprit de fronde ni de suite dans la lutte pour la défense et la préservation des droits et acquis. C’est pourquoi, ils n’ont d’autres adversaires que les véritables opposants au démantèlement des secteurs sociaux et d’autre program-me que le renforcement de leurs capacités de nuisance contre les intérêts du peuple, qu’ils font semblant de dé-fendre. C’est surtout pourquoi, il importe plus que jamais de distinguer le bon grain de l’ivraie quand on parle de société civile au Niger. La confusion jusque-là entretenue ne profite qu’aux pécheurs en eaux troubles, passés maîtres dans l’art d’intoxiquer le peuple et certains médias dont ils disent détenir le contrôle, au point de prétendre interdire ceux-ci à d’autres, comme s’il s’agissait de leur propriété privée. Somme toute, il doit être entendu que, si le concept de société civile regroupe l’ensemble des structures tentant de s’autonomiser da-vantage de l’Etat, afin de mieux remplir leurs missions ou projets de promotion, de défense ou de plaidoyer des droits et doléances des groupes, individus voire institutions, ainsi que d’initiatives et de propositions alternatives, il est clair que tous ces marchands d’illusions n’en peuvent en faire valablement partie.. Car, ils ont pris leur parti : celui de tirer profit de la misère des démunis en leur miroitant vainement quelque lueur d’espoir, vite traduits en promesses, mais aussitôt trahies pour des fins bassement matérielles. Or, quand on sait que la Marche du 15 mars dernier a mobilisé le petit peuple, les militants des droits humains, mais aussi des personnalités scientifiques de renom, sans compter les milliers d’élèves et étudiants, il faut croire qu’il faut vivre sur une autre planète pour s’opposer et combattre l’or-ganisation d’une telle mani-festation pour un mieux être de l’école nigérienne.

Souley Adji


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