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Grippe aviaire

Le Niger peut-il faire face à la menace ?

mardi 21 février 2006 par H B Tcherno

Un malheur ne vient jamais seul, a-t-on coutume de dire. Après la famine en 2005, le Niger risque d’être à nouveau confronté à l’épizootie de la grippe aviaire dont la souche la plus pathogène (H5N1) a été détectée au Nigeria. Des prélèvements sur des cas suspects de volailles découverts à Magaria (région de Zinder) ont été envoyés dans les laboratoires européens pour analyses. Ce n’est donc plus qu’une question de jours pour savoir si nous allons rejoindre le rang des nations qui sont atteintes par l’épizootie aviaire. Si elle se confirme, la présence de la grippe aviaire serait une catastrophe pour notre pays qui est toujours sous le spectre d’une seconde crise alimentaire.

Apres la découverte du virus de la grippe aviaire au Nigeria, les caméras sont braqués sur notre pays qui partage quelque 1500 Km de frontière avec notre voisin du Sud. Pour ajouter à la psychose, des cadavres d’oiseaux migrateurs morts en provenance d’Espagne ont été découverts dans la région de Dosso. D’autres cas suspects ont été signalés plus à l’Est, avec la découverte de volailles mortes à Magaria, et de carcasses d’hirondelles à Tibiri (Doutchi).

Aussitôt, les médias en font leurs choux gras du sujet. Il n’en fallait pas plus pour que la peur s’installe dans le pays. Par le biais du ministre porte-parole, le Gouvernement nigérien tente d’apaiser les esprits. Intervenant sur le plateau de la télévision nationale, Ben Omar a tenté de dédramatiser la situation, en affirmant que rien n’indique que les volailles retrouvées mortes dans certaines régions de notre pays sont atteintes du virus de type H5N1.

« C’est vrai que des foyers ont été observés au Nigeria, que des oiseaux sont en train de mourir, mais ce n’est pas une raison pour perdre le Nord ». Il a ajouté que le Gouvernement a pris toutes les dispositions pour parer à la menace de la grippe aviaire qui est suspendue comme une épée de Damoclès sur notre pays.

Un comité national chargé de prévenir l’épidémie, et de préserver la santé humaine, animale et la biodiversité a été mis en place depuis novembre-décembre 2005, précise le porte-parole du Gouvernement qui cherche manifestement à convaincre ses compatriotes.

Mais le message du ministre a du mal à passer, parce que le mauvais souvenir de l’attitude de nos princes relativement à la crise alimentaire est encore vivace dans les consciences de nos concitoyens. On se souvient qu’au plus fort de cette grave crise alimentaire, alors que 3,6 millions de Nigériens sont en situation d’urgence, les autorités élues de notre pays n’ont trouvé d’autre parade que de nier la réalité de cette famine.

Peu après le message du gouvernement visant à rassurer l’opinion, sur les antennes des radios de proximité, les citoyens ne cachent pas leurs inquiétudes, certains accusant même le pouvoir de ne rien faire face au danger imminent qui guette les populations.

Le 14 février, le Conseil des Ministres se réunit en séance extraordinaire pour examiner cette situation née de l’apparition de l’épidémie au Nigeria. La réunion ministérielle élabore un plan d’urgence étalé sur douze mois dont le coût financier est de 2,2 milliards de F CFA.

Parmi les mesures envisagées immédiatement figurent l’interdiction de toute importation de volailles et produits dérivés, et celle de la circulation de volailles et produits dérivés à l’intérieur du territoire national. En plus, une large campagne de sensibilisation à travers les médias publics et privés et les radios communautaires sera entreprise en direction des populations pour leur expliquer le bien-fondé des mesures d’interdiction gouvernementales, et les mesures d’hygiène à prendre pour éviter toute contamination.

C’est donc un appel à la mobilisation générale contre l’épizootie. Pour montrer qu’il ne badine avec les problèmes de santé publique, le gouvernement annonce que des missions ministérielles vont sillonner incessamment les quatre coins du pays pour sensibiliser les populations sur les dangers de la maladie, présentée comme extrêmement dangereuse, voire très mortelle pour l’homme.

Cette frénésie soudaine qui s’est emparée du gouvernement cache-t-elle quelque chose ? On ne saurait y répondre. Mais, de toutes façons, au Niger, tout finit par se savoir un jour ou l’autre. Pour l’instant, disons que la menace de la grippe aviaire se présente comme une aubaine pour certains esprits malveillants pour tirer leurs marrons du feu. Même dans les hautes sphères de l’Etat, il ne faut pas exclure l’hypothèse du « je vais en profiter ». Ainsi la campagne de sensibilisation sera, à n’en point douter, une occasion de sortie inespérée pour ré-enfiler les grands boubous et, par là même, se remplir les poches. Car, dans ce genre de tournée ministérielle, les frais de mission et autres avantages sont exorbitants.

Il y a aussi les agents pourris de l’Etat qui pourraient profiter des opérations de contrôle de marchandises pour rançonner les pauvres citoyens peinant déjà à se remettre de la famine. Il n’est un secret pour personne que les abus de pouvoir sont monnaie courante dans certaines localités de notre pays, où les populations ont une peur maladive des représentants de la force publique.

Et ce n’est pas tout. Sous prétexte de la lutte contre l’épidémie, certains chefs traditionnels, avides du gain facile, ou leurs notables pourraient aussi sauter sur l’occasion pour dépouiller leurs sujets de leurs maigres biens.

On le voit, la lutte contre le spectre de la grippe pourrait donner lieu à des dérapages qui vont fragiliser davantage les populations les plus vulnérables.

Dans les pays atteints par l’épidémie, les plans de lutte prévoient l’abattage des volailles malades et le confinement de celles non encore contaminées. Abattage, quarantaine, confinement : des mesures difficiles à mettre en œuvre. Dans les pays où l’Etat est responsable, l’abattage suppose une indemnisation pour les fermiers dont les élevages constituent souvent la seule ressource.

Au Niger aussi, le ministre Ben Omar a annoncé que « dans l’hypothèse d’une apparition de foyers de grippe aviaire dans notre pays, le gouvernement s’engage à dédommager les éventuelles victimes des abattages massifs de volailles ».

Mais, tout le monde sait que dans ce pays, le fossé est énorme entre la parole et les actes de nos gouvernants. Il est à craindre que, dans l’hypothèse redoutable où cette épreuve douloureuse s’imposerait à notre pays, il ne se pose de sérieux, pour ne pas dire d’insurmontables, problèmes d’application du dispositif d’alerte mis en place par le gouvernement.

D’abord, il va falloir obtenir la coopération des éleveurs, ce qui n’est pas gagné d’avance. En effet, personne n’est assez fou pour laisser partir en fumée son unique source de revenu, sans avoir la certitude d’obtenir des dédommagements ? D’ailleurs ou le gouvernement va-t-il trouver cet argent censé servir à l’opération, alors qu’il bricole pour faire face aux dépenses de souveraineté ? Même en cas d’indemnisation, il faut craindre que les gros fermiers ne se taillent la part du lion au détriment des petits éleveurs.

En ce qui concerne le confinement des volailles, cela paraît irréalisable, puisque la majorité des éleveurs ne disposent quasiment jamais de hangars et laissent leurs gallinacés en liberté. C’est dire que le dispositif de lutte mis en place par le Gouvernement va se heurter aux réalités du terrain.

Ne perdons pas de vue aussi que toute cette agitation ne servira peut être pas à grand-chose. Même des pays plus nantis que nous n’ont pas échappé au virus de la grippe dont le mode de propagation le plus probable est celui des oiseaux migrateurs. Vu l’immensité de notre territoire et la perméabilité de nos frontières, il faut se résoudre à ce que nous n’ayons pas les moyens, à nous seuls, de lutter contre cette épidémie. Sans compter que tout ça peut être la stratégie du « médecin après la mort » !

Selon un membre du comité d’alerte, « il y a de fortes probabilités que les vendeurs nigérians aient déjà introduit frauduleusement des volailles ayant été en contact avec des infectées ». C’est à croire qu’une malédiction poursuit notre pays...

Même si la grippe aviaire est une réalité, il faut garder a l’esprit que les impérialistes qui n’ont pas renoncé à inonder nos marchés de poulets congelés ne profitent de l’épizootie pour exterminer notre élevage traditionnel. Ne dit-on pas que l’occasion fait le larron.


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