Alternative Espaces Citoyens Niger

Entretien avec Aminata Dramane Traoré, présidente du Forum pour un autre Mali (FORAM)

mercredi 15 mars 2006 par H B Tcherno

A la veille de la clôture du FSMP de Bamako, nous avons tendu le micro à Aminata Traoré, présidente du FORAM et ancienne ministre de la culture du Mali. Malgré la fatigue, elle a acceptée de répondre à quelques unes de nos questions. Voici ce qu’elle pense de l’organisation du forum et des perspectives du mouvement social mondial.

« On nous demande d’aller plus vite que la musique »

Peut-on savoir s’il y a eu des difficultés majeures dans l’organisation du Forum Social Mondial ?

Pour un pays comme le mali, qui n’est pas du tout nanti en infrastructures classiques d’accueil et de réunions, ce n’était pas gagné d’avance. Dans l’ensemble, c’est acceptable. Contrairement aux sommets des Chefs d’Etats, dans les Forums sociaux, les gens se contentent de peu. Ce qui compte ici, c’est la pertinence des idées et la qualité des débats. D’après ce que je vois depuis hier, je pense que globalement, on est en train de relever ce pari.

A chaque édition du Forum social mondial, la question que tout le monde se pose, c’est l’après Forum.

Tout le monde n’est pas honnête. On nous demande d’aller plus vite que la musique. C’est un mouvement qui existe depuis 5 ans seulement, qui est en train de se construire, dont l’ancrage en Afrique a besoin d’être consolidé et élargi. Je pense que ce processus a certainement permis à davantage de Nigériens de venir que lorsque l’événement se tenait à Porto Alegre. C’est pareil pour la Guinée et tous les pays voisins. L’écho que nous recevons est fabuleux. Le député, qui était ici tout à l’heure, et moi, nous n’avons jamais échangé auparavant. Le résultat à présent ? Il dit publiquement qu’à partir d’aujourd’hui, il s’investit dans le débat alter-mondialiste. Je trouve cela formidable. C’est pour cela que je dis que c’est un renouveau politique qui commence. La plupart d’entre eux sont victimes d’une forme d’ignorance qui est entretenue par le chantage de financement. Ils ne semblent pas toujours le comprendre, mais être dans leur situation, c’est avoir la possibilité de décider. Nous autres, nous sommes plus ou moins muselés et tout ce que nous avions eu à faire ne passait pas dans les médias d’Etat, si nos activités ne sont pas boycottées, nous sommes rarement au devant de la scène. Je pense que ce Forum aura au moins permis la connaissance de nos activités.

La présence des parlementaires et des représentants des partis de gauche à ce Forum est-elle la traduction d’une nouvelle dynamique du mouvement social ?

Dès la première édition, de nombreux décideurs européens ont fait le déplacement de Porto Alegre. Le Forum est devenu l’un des rares espaces, voire le seul où sans langue de bois, vous entendez des choses que vous n’entendrez nulle part. Aucune université ne dispense les enseignements que vous apprenez au cours du Forum. Les choses vont trop vite et on n’a pas le temps de les méditer. A peine vous avez fini de débattre d’une guerre, d’échanger sur Ceuta et Melilla, qu’il faut passer à autre chose. Le Forum devient donc un espace extraordinaire où toutes les questions sont débattues. C’est une forme d’Université populaire à l’échelle planétaire, où tous les dossiers sont ouverts. Je pense que les politiciens intelligents mais surtout engagés, soucieux de l’avenir de leurs populations ne peuvent que venir se ressourcer, parce qu’ils n’ont pas le temps de réfléchir. Et c’est ce type de dynamique qui peut leur permettre de poser certaines questions, en sachant qu’il ne s’agit pas d’une guerre de conquête de pouvoir, mais que nous sommes en train de leur dire que nous filons du mauvais coton.

Cette année, le Forum a innové en donnant un espace autonome aux femmes. Comment leurs préoccupations sont-elles prises en compte dans ce forum ?

Vous auriez pu poser cette question à mon homonyme Aminata Touré qui est responsable du Village des femmes. Je n’ai pas eu le temps d’aller à l’endroit où il se tient ; je le ferais demain. Mais je suis persuadée qu’elles ont bien préparé le forum.

Un autre monde est possible ! C’est le cri de ralliement de tous les alter mondialistes. Comment rendre possible la construction de ce monde dont rêvent des millions de personnes ?

On peut le construire, en commencant d’abord par dire non, par remettre en question les choses qui ne marchent pas et en nous donnant les moyens d’être plus créatifs, mieux organisés et moins corrompus.

Au rythme actuel du développement de notre continent, peut-on atteindre les objectifs du millénaire dans les domaines relatifs aux femmes ?

Je n’ai pas parlé des objectifs du millénaire. C’est vous qui évoquez ce sujet. De mon point de vue, les OMD pèchent quelque part par le néolibéralisme poussé. Il faut faire plus que les Objectifs du millénaire...

Propos recueillis a Bamako

Accueil du site | Contact | Plan du site | Espace privé | Statistiques | visites : 553771

Suivre la vie du site fr  Suivre la vie du site Alternative Espaces Citoyens  Suivre la vie du site Forum Social Mondial 2006 Bamako   ?

Site réalisé avec SPIP 1.9.2c + ALTERNATIVES

Creative Commons License