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Pénurie d’eau dans certains quartiers de Niamey

En attendant la première goutte d’eau

lundi 27 mars 2006 par SAIDOU Djibril

A Niamey, la privatisation du secteur de l’eau est suivie d’une récurrente pénurie. Des files interminables se forment autour des bornes fontaines dans certains quartiers périphériques, particulièrement pendant la saison sèche. Aujourd’hui, l’augmentation du prix de l’eau, pour la troisième fois depuis 1999, soulève un lever de boucliers au sein des populations, contraintes souvent de recourir à l’eau de puits, source de maladies endémiques. A l’évidence, l’on est déçu par la privatisation de la société nationale des eaux (Sne), devenue Société d’exploitation des eaux du Niger (Seen), une filiale de la multinationale française Vivendi.

Une veillée autour de la « pompe »

Quartier Banizoumbou 2, une agglomération située à l’orée de Niamey, aux environs de Lazaret. Il est deux heures du matin. La lune termine sa course, s’engouffrant dans une sorte de ravin céleste. Les réverbérations des étoiles qui parsèment l’horizon trahissent, par moment, le calme qui s’est emparé du ciel dégagé. La chaleur est torride. Ici, il n’y a ni l’humidité des arrosages quotidiens, ni verdure bienfaisante qui permettent de plonger à cœur joie dans les bras de Morphée.
Dans ce quartier, à quelques encablures de la ceinture verte, on ne dort pas encore. L’heure est plutôt à l’alarme : des femmes, le pagne solidement noué et retroussé aux genoux, d’autres portant bébés à califourchon ou aidées par des bambins déguenillés, se détachent d’une concession, poursuivies par des bruits d’ustensiles. Le concert est relayé dans d’autres maisons où les habitantes sont toutes sur leur qui-vive, seaux et autres récipients déjà entassés autour des fontaines. _ L’eau viendra-t-elle ? Rien n’est sûr... Et elles ont raison de ne pas trop espérer. Au matin, dans ces ménages, la vie reprend son cycle après une longue journée privée d’eau. Et ça continue « depuis la prière de l’aube », explique Halimatou Idé, une des vaillantes mères de familles qui montent la garde autour de l’unique borne-fontaine du coin. Depuis six ans qu’elle vit dans ce quartier, « il n’a jamais manqué de problèmes d’eau. La journée, il n’y a pas d’eau, surtout en cette période (Ndrl : mars-avril-mai) et même quand l’eau coule, il y a des coupures intempestives... » peste-t-elle.
Dans ces quartiers, ils sont environ 50.000 personnes qui n’ont pas accès à l’eau courante des heures durant de la journée.

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Environ 58% des Nigériens n’ont pas accès à l’eau potable

De Banizoumbou 2 à Talladjé, en passant par Banifandou, Lazaret, etc, les coupures d’eau sont fréquentes : les ménages peuvent parfois être privés d’eau potable pendant une journée. Les deux châteaux d’eau construits il y a quelques mois, censés servir de palliatif à ce supplice, n’ont « servi à rien, puisque le problème reste entier ! », tranche Moussa Zoumari, un agent des postes à la retraite.

En plus de la pénurie, l’eau coûte plus chère

Autour d’Aguissa, le propriétaire de la fontaine, la ronde s’organise. « Je suis arrivée avant toi, c’est ma place !.... ». « Il faut que chacun respecte sa place ! », averti le maître des lieux.
La cinquantaine franchie, chevelure grisonnante, cet homme originaire de Kidal, dans le nord du Mali voisin, est gérant de la « pompe » publique. « Depuis quelques semaines, dit-il, je ne travaille plus dans la journée, puisqu’il n’y a pas d’eau. Je suis obligé de me rabattre sur autre chose, en attendant de venir guetter la première goutte d’eau tard dans la nuit. C’est difficile de veiller toute la nuit avec un débit si faible... L’eau coule à compte-goutte ! » se plaint-il. Pourtant, cet homme « s’en remplit bien les poches ! », rétorque Dame Salmou, puisque « nous payons le seau d’eau (environ 20 litres d’eau) à 25 F ; plus cher qu’il ne l’était il y a quelques jours ». Il était à 15 f. Et depuis que cette pénurie a débuté, les tarifs des touques d’eau ne font que grimper : « Les ‘’Garouwa’’ (revendeurs d’eau ambulants) nous cèdent la paire à 50 et parfois 75 F ! », se plaint Madame Nourou née Kadidja.
Les clients des bornes-fontaines ne sont pas les seuls à se plaindre. _ L’augmentation du prix des factures d’eau est tout aussi préoccupante. _ Selon Dijé, une étudiante, « ce mois-ci, on a nous remis une facture d’eau qui a flambé jusqu’à 24.000 F, et pourtant nous ne consommons pas beaucoup d’eau puisque les pompes sont sèches toute la journée ».
De l’avis de Moustapha, un ancien policier, « les factures grimpent puisque les robinets restent ouverts toute la journée ». Le compteur, lui, tourne toujours quand on ouvre le robinet, semble-t-il ; même quand il n’y pas d’eau. Les plaintes émises à cet effet, auprès de la Société des eaux, n’ont pas encore produit de résultat satisfaisant. « On nous ressasse toujours que ça va s’arranger... ».
En attendant, les populations touchées par cette crise d’eau, ne peuvent même pas satisfaire à une hygiène élémentaire et aux besoins des ménages.


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