Alternative Espaces Citoyens Niger

Le premier emploi : un casse-tête- pour les jeunes

lundi 27 mars 2006 par Souleymane Maâzou

L’Agence nationale de la promotion de l’emploi (ANPE) a organisé du 14 au 16 mars 2006, la première édition du salon de l’emploi. Cette rencontre des employeurs et demandeurs d’emploi s’est déroulée à un moment où des milliers de dossiers de demande de travail de jeunes diplômés traînent dans la poussière au siège de la dite agence.

Trouver un job au Niger relève d’un parcours de combattant. Depuis plusieurs années, la Fonction publique ne recrute plus les jeunes diplômés tandis que le secteur privé embryonnaire n’a pas la capacité d’absorber le flux important des demandeurs d’emploi. C’est dans cette situation que l’ANPE a organisé un salon de l’emploi dont beaucoup de participants s’interrogent encore sur l’utilité.

Un salon pour rien

Chefs d’entreprises, étudiants, élèves, diplômés et cadres en activité se sont rencontrés au Palais des Congrès de Niamey pour promouvoir une politique d’emploi permanente au Niger. Ce salon a pour objectifs de promouvoir le marché de l’emploi, d’accroître les opportunités de création d’emploi, et d’amener les chefs d’entreprise à recruter sur place, etc.

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Des participants au salon dans le hall du palais des Congrès

Cependant beaucoup de jeunes demandeurs d’emploi, particulièrement les diplômés, voient inopportun la tenue d’un tel salon. « Ils organisent un salon, mais est-ce que cela va changer quelque chose ? », s’interroge Boubacar, jeune ingénieur des travaux publics... « C’est pour nous divertir de plus ! », lui répond Alhousseini, juriste très pessimiste sur la réussite du salon. Selon eux, la solution au problème de l’emploi, notamment des jeunes, réside ailleurs. Ils se plaignent surtout des critères de recrutement qu’ils jugent sévères et discriminatoires à leur égard. « Dans les avis de recrutement, on demande toujours plusieurs années d’expériences de travail. C’est idiot et inique de demander à celui qui n’a jamais travaillé, deux, trois, voire cinq ans d’expérience professionnelle pour postuler à une offre d’emploi ! », désespère Moussa, électricien de formation. « C’est pourquoi nous les jeunes, nous sommes toujours exclus dans les avis de recrutement... », ajoute Ibrahim, agent de développement communautaire. « Tous les beaux discours sur l’emploi au Niger ne sont que du vent.
Nous voulons des actes concrets ! » affirme Nasser, diplômé en économie à la recherche de son premier emploi. Le jeune homme fait allusion aux récentes promesses du président de la République qui s’est engagé à créer 15.000 emplois en 2006 et 30.000 en 2007, dans le cadre du programme de restauration de l’environnement. Dans le cadre de son programme spécial, Tandja Mamadou a laissé entendre que la Fonction publique va procéder au recrutement annuel de 2000 jeunes diplômés.
Aboubacar, un jeune diplômé rencontré dans le hall du Palais des congres rêve de faire partie de ceux à qui la chance va sourire.

Demain n’est pas la veille

« Tous les matins, je viens à l’ANPE pour consulter les offres, mais je retourne à la maison le cœur serré. Que faire pour décrocher un emploi au Niger ? », s’interroge Assoumana, sociologue de formation. Ce type d’interrogation sans réponse fait partie du lot quotidien des préoccupations du jeune Nigérien, qu’il soit diplômé ou non, en quête perpétuelle d’un emploi.
Selon les statistiques, au Niger, deux chômeurs sur trois sont des jeunes ; et 18% d’être eux ont moins de 18 ans. Les jeunes chômeurs âgés de 30 ans représentent 39%. La grande majorité des jeunes sans emploi ont un niveau d’instruction inférieur au secondaire et environ 72% d’entre eux n’ont aucune qualification professionnelle. Depuis plus d’une décennie, en dehors de l’éternel service civique, du volontariat et de la contractualisation, la plupart des jeunes n’ont d’autres perspectives que de rester devant les concessions pour siroter du thé en attendant des jours meilleurs. Ceux qui ont eu la chance de trouver un emploi ne sont ni plus ni moins que des ‘’chômeurs améliorés’’, car ils exercent un sous-emploi et, du coup, sont sous-payés et exploités par leurs employeurs. Cette situation, malgré l’existence d’un ministère de la formation professionnelle et technique chargé de l’emploi des jeunes et tous les discours autour de la création de l’emploi, ne manque pas de susciter beaucoup d’interrogations et d’inquiétudes chez ces jeunes. Les différents programmes jusqu’ici élaborés se sont montrés de plus en plus inefficaces face aux attentes de la jeunesse qui, disons-le, souffre d’exclusion.

Des critères très sélectifs

La fonction publique nigérienne a longtemps cessé d’être le pourvoyeur d’emplois. Au niveau de l’ANPE, l’offre ne satisfait plus la demande. De 1999 à 2004, sur environ 112.845 demandes d’emploi, toutes catégories confondues, seulement 21.197 ont été satisfaites. Non seulement, c’est un recrutement qui se fait à compte goûte, mais de surcroît les critères d’embauche ne sont pas favorables aux jeunes diplômés.
Les jeunes dénoncent aussi une certaine entorse dans la procédure de dépôt de dossiers. Selon eux, le délai imposé est souvent très court si l’on tient compte de toute la panoplie de pièces à fournir. « Quelques fois, l’avis de recrutement est collé sur le tableau le matin alors que la clôture est pour l’après midi. Dans ces conditions, beaucoup de candidats ne pourront pas postuler à l’offre »‘ proteste Sani, un sans emploi qui passe chaque deux jours à l’Agence dans l’espoir de trouver une annonce qui sied à son profil.
Et ce n’est pas tout. Souvent également, l’annonceur prend les dossiers des candidats et disparaît dans la nature ; laissant les demandeurs dans l’angoisse de l’incertitude. « Ce n’est pas normal de rester des mois sans savoir la suite réservée à son dossier, surtout qu’en dehors des vas -et- viens, on dépense plus de 5000 F.CFA pour la constitution d’un seul dossier... » se plaint Mariama, gestionnaire de formation.
Aujourd’hui, l’immense majorité des jeunes diplômés n’a pas confiance à l’ANPE. En matière de recrutement, le favoritisme et la magouille sont tels que certains se sont résignés complètement. La plupart des offres sont taillées sur mesures, jetant le doute sur la transparence dans la procédure de recrutement.
Il revient à l’Etat de prendre les dispositions nécessaires pour créer les conditions équitables de l’accès à l’emploi. D’autant plus que dans les fadas des jeunes, il se murmure « qu’à l’heure actuelle, pour trouver un emploi dans notre pays, l’on n’a pas besoin d’être compétent, ni d’avoir un diplôme, mais seulement des relations... »
En attendant de voir la suite accordée à leurs dossiers déposés au cours du salon de l’emploi, beaucoup de jeunes ont quitté le Palais des Congrès très pessimistes, avec l’idée que les cartes ont été jouées d’avance, que le salon n’aura servi à rien. A nos autorités de prouver le contraire...


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