Alternative Espaces Citoyens Niger

Education/Le Snen menace de suspendre les cours

jeudi 27 avril 2006 par H B Tcherno

Une grève nationale de 48 heures menace le secteur public de l’éducation. Le Syndicat National des Enseignants du Niger (Snen) a invité ses militants à observer un arrêt de travail, les 27 et 28 avril prochains, pour protester contre la suppression de l’indemnité de sujétion et autres avantages alloués au personnel enseignant. Décidée en catimini par le Gouvernement, cette réduction salariale qui ne dit pas son nom est une provocation de trop qui risque de compromettre la tenue des examens de fin d’année scolaire.

L’école nigérienne risque de renouer avec le cycle des grèves. Le Syndicat National des Enseignants du Niger (Snen) menace de suspendre les cours à partir de ce jeudi pour protester contre la suppression de l’indemnité de sujétion et des primes de responsabilité aux enseignants.
Par simple instruction verbale, le gouvernement du Premier ministre Hama Amadou a demandé aux services compétents du ministère des Finances de couper l’indemnité de sujétion allouée au personnel enseignant et ce dès le mois d’avril 2006.
Cette décision rocambolesque a été perçue, à juste titre, comme une véritable déclaration de guerre par le Snen. Devant une telle une provocation, la réaction dudit syndicat ne s’est pas faite attendre. Depuis le 21 avril, le Bureau Exécutif (BEN) du Snen a déposé un préavis de grève de 48 heures sur le bureau de la ministre de la Fonction Publique et de l’Emploi.

JPG - 74.3 ko
M. Kassoum Issa, SG du SNEN, considère la décision du gouvernement comme une provocation de trop.

Dans l’exposé des motifs, le principal syndicat des enseignants écrit que « le décret 97-140/PRN du 20 mars 1997 consacre purement et simplement une diminution drastique des revenus des enseignants à qui la dernière augmentation salariale n’aura guère profité ». Dans les faits, l’application de ce décret se traduira par une baisse de salaire allant jusqu’à 20% du traitement indiciaire pour les cadres A et D, et 15% pour les cadres B et C. A titre d’exemple, les enseignants, selon les catégories indiciaires, perdront entre 5.526 à 7.073 F. CFA. Ce qui n’est pas rien relativement au coût de la vie. Quant aux directeurs d’école, ils verront leur rémunération amputée de 24.000 F et les inspecteurs de 29.073 F.CFA. Et pour cause : le personnel enseignant servant dans l’administration scolaire, c’est-à-dire les directeurs d’école, les chefs d’établissements, les surveillants, censeurs et proviseurs, les conseillers pédagogiques, les inspecteurs, etc., perdent carrément cet avantage. Désormais, ils n’auront plus droit aux autres avantages alors que la sujétion est un droit pour tout enseignant.

Avec la mise en œuvre de ce texte donc, le pouvoir reprend de la main droite ce qu’il donne de la gauche. L’allusion concerne l’augmentation de 10% de salaires consentie en début 2006 par le Gouvernement de Hama Amadou à l’ensemble des fonctionnaires et agents de l’Etat. Réaction ? Le Snen exige des autorités l’abrogation pure et simple de ce décret et l’adoption du statut particulier du personnel enseignant (titulaires et contractuels). Dans son communiqué, le Ben/Snen avertit que si le Gouvernement ne se plie pas à ces exigences, il « appellera l’ensemble des enseignants à observer une grève d’avertissement de 48 heures les 27 et 28 avril prochains sur toute l’étendue du territoire national ».
Rappelons que l’indemnité de sujétion, objet de la discorde entre le Snen et le Gouvernement, est un avantage lié à la fonction enseignante qui a été arraché de haute lutte par ce syndicat pendant le régime d’exception de feu Seyni Kountché.

Décidément, le Gouvernement nigérien rame à contre courant. Alors que dans la plupart des pays voisins, des augmentations de salaires sont octroyées aux enseignants pour permettre d’atteindre le cap de l’éducation pour tous (EPT), au Niger, c’est tout à fait le contraire qu’on observe. Non seulement, les enseignants ne bénéficient pas des primes des zones désertiques, mais en plus, on veut fractionner le maigre salaire qui leur est versé et qui, précisons-le, n’a jamais connu de majoration depuis le RDA.

Intervenant à l’approche des examens de fin d’année, ce mouvement de colère du principal syndicat du secteur de l’éducation risque de rendre vains les sacrifices consentis pour sauver l’année scolaire en cours, à moins que le Gouvernement se ravise à faire marche arrière... En tout cas, du côté de la Rue du Damagaram, où se trouve le siège du Snen, on n’entend pas céder un seul kopeck dans le salaire des enseignants.
Avec un ton ferme, Kassoum Issa, le SG du Snen, a écarté toute idée pour ses militants de payer les pots cassés de la mauvaise gestion des dirigeants actuels. « Il est inacceptable que toutes les réflexions relatives à la réalisation des économies budgétaires se focalisent uniquement sur les maigres salaires des agents de l’Etat, principalement les enseignants, une couche socioprofessionnelle qui consent déjà d’énormes sacrifices pour former les élites de demain. A moins de vouloir compromettre le déroulement de l’année, le gouvernement a intérêt à prospecter dans ses fonds politiques et autres avantages démesurés, à combattre la corruption qui gangrène la gestion de l’Etat et les surfacturations pour trouver l’argent qui lui manque... », nous a confié le patron du principal syndicat des enseignants.

JPG - 77.2 ko
Les militantes du SNEN protestent contre la clochardisation du corps enseignant

On sent la même rage et détermination de vaincre chez les militants qui se disent horrifiés par la remise sur table de ce décret. Resté en veilleuse depuis le régime de Baré, ce texte vient d’être dépoussiéré par des autorités élues démocratiquement, sous prétexte de réduire la masse salariale. Diantre ! Pourquoi nos princes prennent-ils leurs concitoyens pour des nez percés ? L’argent que le comité de recouvrement des arriérés d’impôts et taxes (Casarif) n’a pas mobilisé, on veut le récupérer sur le dos des enseignants.
Cela n’est pas sérieux et frise la moquerie. C’est aussi la preuve que l’école est le cadet des soucis de Tandja Mamadou et Hama Amadou, couple dont l’aversion envers tout ce qui a trait à l’intelligence est connu de tous.
Que cherche le pouvoir en dépoussiérant un décret que même un régime militaire n’est pas parvenu à mettre en application ? En réalité, à travers ce décret, le Gouvernement cherche tout simplement à dérouter le Snen qui est le maillon fort du collectif pour la défense de l’école publique. En agissant ainsi, le pouvoir montre qu’il a plus d’une corde de diversion à son arc pour tordre le cou au Snen, l’un des rares syndicats à troubler le sommeil de nos princes. L’appel à la grève du Snen rencontre un large soutien dans l’opinion publique, en raison de la justesse de ces revendications. Conscient de cela, le Gouvernement a invité le Snen à la table de négociations. Mais beaucoup de militants de base ne veulent pas de ces pourparlers avec « l’ennemi » ; car, disent-ils, le pouvoir cherche à gagner du temps. Pour eux, le moment est venu pour le Snen d’engager des actions radicales afin de restaurer la dignité de l’enseignant.


Accueil du site | Contact | Plan du site | Espace privé | Statistiques | visites : 516391

Suivre la vie du site fr  Suivre la vie du site Alternative Espaces Citoyens  Suivre la vie du site Actualités   ?

Site réalisé avec SPIP 1.9.2c + ALTERNATIVES

Creative Commons License