Alternative Espaces Citoyens Niger
Après « l’ultimatum » des autorités municipales

Alternative Espaces Citoyens soutient les habitants des « bidonvilles »

dimanche 22 mai 2005 par Hassane Boukar

Boubou vert déchiré au niveau des épaules, pantalon blanc, Abdoulaye, la cinquantaine, est furieux ; la colère le laisse à peine articuler les mots : « Cela fait dix sept ans que nous habitons ici ; nos enfants sont nés là et aujourd’hui ils sont inscrits dans les écoles du quartier ! Alors où veulent-ils qu’on aille ? Que vont devenir nos enfants ? C’est parce que nous sommes pauvres... ». Même fureur chez Mariama, la trentaine environ : « Moi, je viens de Loga ; ça fait plus de dix ans que j’habite ici ; à l’époque, il y avait l’insécurité par là ; aujourd’hui on veut nous chasser sans doute pour vendre l’espace à des riches... ». Zeïnabou, portant un hidjab : « Il y a quelques jours, un incendie s’est déclaré ici ; on a perdu beaucoup de biens. Il y a même eu un mort ; mais lorsque les autorités de la Mairie sont venues, elles ne se souciaient que des arbres qui ont brûlé ; les arbres semblent être plus importants que nous. C’est décevant... » Ali : « Moi, je viens de Bonkoukou ; ça fait des années que j’habite ici ; il faut que les autorités comprennent que si tu n’as pas les moyens, tu ne peux pas louer une maison en ville ; dès que tu es en retard dans le paiement du loyer, on te renvoie... Donc nous, on reste ici parce qu’on n’a pas les moyens sinon tout le monde voudrait vivre dans le centre ville ; regardez ici les saletés dans lesquelles on vit... A moins qu’ils ne viennent nous forcer à quitter, on ne peut aller nulle part... Avec des femmes et des enfants, où veulent-ils qu’on aillent ? Même si on est pauvres, nous restons quand même des Nigériens... ». C’est en ces termes que s’exprimaient la centaine de femmes, de jeunes et de personnes âgées que l’Association Alternative Espaces Citoyens a rencontrés à la Ceinture verte de Niamey, ce jeudi 20 avril. Partagés entre peur, amertume et révolte, ils comptent les jours qui mènent vers l’expiration de l’Ultimatum que leur ont lancé les autorités de la communauté Urbaine de Niamey. Ils ont deux semaines, c’est-à-dire jusqu’au 30 avril prochain pour déguerpir de leurs habitations. Sinon, ils s’en iront les bulldozers aux trousses. Ces squatters sont accusés d’occasionner souvent des incendies, fléaux dont ils sont les premières victimes et auxquels ils payent parfois un lourd tribut.

Qu’ils viennent de Filingué, de Loga ou des pays voisins, ces habitants de la ceinture verte sont avant tout des travailleurs qui vivent de petits métiers. Ils sont l’expression même de la réalité nigérienne. Une réalité faite de pauvreté, de misère ambiante à laquelle le petit peuple oppose la débrouillardise. Les habitant de ces villages de fortune, ce sont aussi les « goyzé wondiyeye », ces filles travailleurs domestiques, mains d’œuvres sous payée et « bonnes à tout » faire. Devant la dégradation des conditions de vie en milieu rural, ils s’installent en périphéries de centres urbains et essaient d’exploiter les opportunités de travail qu’offre la capitale.

En imposant à ces familles qui se comptent par centaines, de déguerpir sans leur désigner un terrain d’accueil, les autorités communales les jettent simplement dans la rue. Là, ils viendront grossir le lot de ceux qui déjà se disputent le moindre espace public, les alentours des marchés, des pharmacies ou des feux tricolores. Ou pire : comme tant d’autres, ils iront encore squatter quelques trottoirs un peu larges ou des ruelles peu fréquentées par les véhicules.

Des familles entières dans la rue parce qu’on veut « embellir » la ville ; parce que « l’Etat ne veut plus laisser des gens occuper des espaces sans qu’ils ne payent cet espace ». Tant pis pour eux s’ils n’ont pas l’argent ! Leur dignité ? Il n’y a presque personne pour s’en soucier. La constitution du 9 août 1990 dit pourtant que la personne humaine est sacrée. Le Président de la République le répète dans son serment. Mais ça s’arrête là. La loi fondamentale du Niger stipule aussi que nul ne sera soumis à un traitement inhumain et dégradant. Quoi de plus humiliant que de mettre dans la rue des pères de familles, des femmes et des enfants vivant déjà dans des conditions précaires ? Où vont-ils habiter pendant la période des pluies qui s’approche ? Il est vrai que le respect de la dignité humaine n’est pas le point fort des autorités de la Communauté Urbaine de Niamey. Les différentes casses de boutiques et autres biens des citoyens opérées à la veille des 5e Jeux de la Francophonie, sous le regard des caméras, en est une preuve suffisante si besoin est.

Les autorités laissent aussi croire que leur décision vise à protéger la Ceinture verte, cette forêt qui entoure la ville de Niamey. On les croirait si elles-mêmes ne vendaient pas des lopins de terre aux nantis qui construisent des logements dans cette Ceinture verte.

L’association Alternative Espaces Citoyens est donc allée écouter ces citoyens sous la menace d’expulsion. M. Moussa Tchangari, Secrétaire Général de l’AEC, leur a dit qu’en tant que citoyens, ils ont des droits et qu’ils se doivent de les défendre. Il leur a précisé que, comme tous les citoyens, les dirigeants eux-mêmes ont l’obligation de respecter la loi. Il les a assurés de tout le soutien de l’association Alternative Espaces Citoyens dont une des missions est justement de contribuer à créer une culture citoyenne au Niger.

Autre soutien, c’est celui de l’Association de défense des droits des jeunes filles domestiques (ADDJFD « Goyzee Wondiyeye ») qui rappelle au gouvernement que la Convention Relative aux droits de l’Enfant qu’il a ratifiée stipule que nul enfant ne fera l’objet d’immixtion arbitraire, ou illégale dans sa vie privée, sa famille, son domicile ou sa correspondance, ni d’atteintes illégales à son honneur et à sa réputation.


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