Alternative Espaces Citoyens Niger
Débrayages dans le secteur de l’éducation

La colère gagne les « petits » syndicats

mercredi 10 mai 2006 par H B Tcherno

Une seconde grève nationale de 72 heures menace le secteur public de l’éducation. Le Syndicat National des Enseignants du Niger (Snen) a invité ses militants à observer un arrêt de travail, les 9, 10 et 11 mai prochains, pour protester contre la suppression de l’indemnité de sujétion et autres avantages alloués au personnel enseignant. D’autres « petits » syndicats du secteur de l’éducation ont annoncé leur intention d’emboîter le pas au Snen. Intervenant à quelques semaines des examens de fin d’année scolaire, cette soudaine crise inquiète sérieusement les élèves et leurs parents. Le Gouvernement de Hama Amadou va-t-il reculer ou prendre le risque de compromettre le bon achèvement de l’année scolaire ? Les prochains jours nous le dirons.

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Le secteur de l’éducation est sur les dents depuis quelques semaines. Apres la grève des 27 et 28 avril 2006, le Syndicat National des Enseignants du Niger (Snen) a appelé ses 14.000 militants a observer un autre arrêt de travail les 9, 10 et 11 mai pour protester contre la suppression de l’indemnité de sujétion et des primes de responsabilité aux enseignants.

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Le premier jour de grève a été consacré à une journée de réflexion sur les maux qui minent le système éducatif.

A l’origine de ce mouvement de perturbations des cours dans les établissements publics, la décision cavalière du gouvernement de Hama Amadou de supprimer l’indemnité de sujétion allouée au personnel enseignant et ce dès le mois d’avril 2006.
Cette décision saugrenue a été perçue, à juste titre, comme une véritable déclaration de guerre par le Snen. Même les « petits » syndicats du secteur, généralement peu hostiles au pouvoir n’ont pas caché leur désapprobation de la mesure qui, disent-ils, vise à affamer les enseignants, car elle consacre une diminution drastique de leurs salaires.
Nous l’avions écrit dans notre livraison de la semaine dernière, l’application de ce décret se traduira par une baisse de salaires allant jusqu’à 20% du traitement indiciaire pour les cadres A et D, et 15% pour les cadres B et C. A titre d’exemple, les enseignants, selon les catégories indiciaires, perdront entre 5.526 à 7.073 F. CFA. Ce qui n’est pas rien relativement au coût de la vie. Quant aux directeurs d’école, ils verront leur rémunération amputée de 24.000 F et les inspecteurs de 29.073 F.CFA. Et, la liste des victimes ne s’arrête pas la. Avec la mise en œuvre de ce texte, le personnel enseignant servant dans l’administration scolaire, c’est-à-dire les directeurs d’école, les chefs d’établissements, les surveillants, censeurs et proviseurs, les conseillers pédagogiques, les inspecteurs, etc., perdent carrément cet avantage. Désormais, ils se voient privés du bénéfice des autres avantages alors que la sujétion est un droit pour tout enseignant.

Grève reconductible

Kassoum Issa et ses camarades n’entendent pas avaler la pilule. Ils l’ont fait clairement savoir en exigeant des autorités l’abrogation pure et simple de ce décret et l’adoption du statut particulier du personnel enseignant (titulaires et contractuels). Seulement, le préavis de grève des 27 et 28 avril s’est achevé sans que le Gouvernement ne se plie aux exigences du Ben/Snen. Conséquence immédiate, le principal syndicat des enseignants a mis a exécution sa menace de boycott des cours et autres activités pédagogiques pendant 48 heures.

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Les enseignantes ont massivement pris part à l’assemblée générale d’information tenue à la maison des jeunes de Niamey

Ce mouvement de débrayage a pris fin sans que les autorités ne rapportent le décret en question. Selon un membre du bureau exécutif du Snen, le mot d’ordre de grève a été suivi a 95%, malgré les actions de sape de certains pseudo syndicalistes proches du pouvoir. Ragaillardi par ce succès, la direction syndicale du Snen n’avait d’autre choix que de reconduire son préavis de grève pour 72 heures à compter du 9 mai prochain. Au cours de ces 3 jours de grève, les enseignants n’entendent pas rester chez eux. Le premier jour, ils tiendront des assemblées générales, puis passeront à la vitesse supérieure le second jour avec l’organisation d’une marche suivie de meeting sur toute l’étendue du territoire national. Enfin, la troisième journée sera consacrée au jeune et à des prières. Si à l’issue de ce second mouvement de débrayage, un accord n’est pas trouvé, le syndicat dirigé par Kassoum Issa entend reconduire le préavis de grève pour une durée plus longue. Avec l’entrée annoncée dans la danse des « petits syndicats », les portes des lycées, collèges et même de certaines écoles primaires resteront fermées.

Intervenant à l’approche des examens de fin d’année, ce mouvement de colère du principal syndicat du secteur de l’éducation risque de rendre vains les sacrifices consentis pour sauver l’année scolaire en cours, à moins que le Gouvernement se ravise à faire marche arrière... En tout cas, du côté de la Rue du Damagaram, où se trouve le siège du Snen, on n’entend pas céder un seul kopeck dans le salaire des enseignants.
D’un ton ferme, le patron du Snen, a exclu écarté toute idée pour ses militants de payer les pots cassés de la mauvaise gestion des dirigeants actuels. « Il est inacceptable que toutes les réflexions relatives à la réalisation des économies budgétaires se focalisent uniquement sur les maigres salaires des agents de l’Etat, principalement les enseignants, une couche socioprofessionnelle qui consent déjà d’énormes sacrifices pour former les élites de demain. A moins de vouloir compromettre le déroulement de l’année, le gouvernement a intérêt à prospecter dans ses fonds politiques et autres avantages démesurés, à combattre la corruption qui gangrène la gestion de l’Etat et les surfacturations pour trouver l’argent qui lui manque... ».
L’enjeu de la lutte est telle que même les « petits » syndicats n’entendent pas se conter l’histoire. Certains d’entre eux sont montés au créneau pour dire toute leur amertume suite à la décision gouvernementale.
Dans la région de Tillabéri, des enseignants se réclamant des partis de la majorité ont menacé de faire défection, si le pouvoir ne retire pas son décret.
Du côté de la société civile, plusieurs associations ont publié des communiqués de presse pour exprimer leur indignation suite à la remise sur table de ce décret. L’association de défense du droit a l’éducation (ADDE) a poussé le bouchon jusqu’à demander la destitution du ministre de l’éducation de base et de l’Alphabétisation, M.Harouna Hamani.
Les vigoureuses réactions enregistrées a ce jour nous font dire que les artisans de la remise sur table du décret se sont trompés de calcul, en croyant que les autres syndicats du secteur de l’éducation allaient accepter, sans broncher une mesure qui ampute de près de la moitié les revenus de leurs militants. Pour l’immense majorité des enseignants, la lutte contre ce décret est presque « une question de vie ou de mort », car sa mise en œuvre consacrera définitivement la clochardisation du métier. Logiquement, il faudrait s’attendre a une radicalisation du mouvement qui pourrait chambouler le calendrier des examens de fin d’année.


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