Hama Amadou, un marchand de boniments
vendredi 11 novembre 2005 par H B Tcherno
Dans une longue et ennuyante intervention devant les parlementaires, le Premier ministre Hama Amadou a dit quelques vérités crues, mais il a surtout beaucoup menti à ses compatriotes. L’homme que la presse locale surnomme cyniquement de ’’l’enfant terrible du Mnsd’’, a établi un diagnostic complet et sombre de la situation de notre pays. Mais, au lieu de continuer sur le chemin de la franchise, il s’est vite repris en empruntant la route du mensonge, comme s’il était en campagne électorale.
Ainsi, comme en 2000, cette année encore, M.Hama Amadou récidive en proposant aux Nigériens, une DPG truffée de projets gigantesques mais irréalisables dans un quinquennat. On aura remarqué que, dans son allocution, le PM a soigneusement évité d’évoquer le bilan du premier mandat. A cela, une raison évidente : aucun des projets annoncés, il y a cinq ans n’a pris forme à ce jour. Comme s’il était devenu subitement amnésique, le ’’Primo’’ a concentré son intervention sur le futur, promettant monts et merveilles pour sortir le Niger de son rang peu enviable d’avant dernier de la planète, en termes d’Indice de Développement Humain (IDH).
Le chef du Gouvernement, après quelques rappels des fondamentaux de l’orientation néolibérale, a commencé par brosser un tableau plutôt sombre de la situation de notre pays. On retiendra, entre autres, les contraintes socio-économiques, l’environnement international défavorable, la forte croissante démographique, l’archaïsme de nos modes de production agricole, l’informalisation du circuit économique, la déconfiture du système éducatif, la généralisation de la pauvreté et enfin la grave crise ...alimentaire. Jusque-là rien de nouveau. Aucune découverte ! Probablement histoire de mystifier les députés dont la plupart n’ont jamais mis les pieds dans une salle de cours.
Les problèmes étant connus de tous, c’est au niveau des solutions que le discours du PM était attendu par ses concitoyens. Malheureusement, la déception a été totale dans les rangs de nos compatriotes qui continuent encore à croire que les barons du Mnsd ont le projet de construire notre pays. En effet, on a beau fouiller dans les nombreuses pages de la DPG, on ne trouve rien, absolument aucune formulation qui autorise à dire que le Gouvernement de Hama Amadou s’est engagé dans une rupture avec les pratiques de gestion ayant marqué le mandat écoulé. Les quelques rares propositions novatrices contenues dans le document ne sont qu’un catalogue de professions de foi visant à berner le peuple.
Dans l’impossibilité de passer en revue, à travers ces lignes, tous les aspects de ladite DPG, nous avons délibérément choisi de traiter de quelques points qui nous paraissent les plus révélateurs de la fausseté du discours du chef du Gouvernement.
Dès les premiers paragraphes, Hama Amadou affirme que le Niger n’a d’autre alternative que de faire de la rigueur dans la gestion des affaires publiques. Pour y arriver, il faut dit-il ’’un profond changement de mentalités et un véritable sursaut patriotique’’. Les Nigériens ont été surpris d’entendre de tels propos sortir de la bouche du chef du Gouvernement. A ce sujet, disons tout simplement que l’intéressé est très mal placé pour se poser en donneur de leçons. Pour convaincre, il aurait fallu qu’il commence par se regarder dans le miroir, afin de constater toute la laideur des actes quotidiens qu’il pose à la tête de l’Etat. Il n’y a pas lieu de s’étaler sur ce sujet puisque avant même de sortir de l’Hémicycle, Hama Amadou a répété haut et fort qu’il n’acceptera pas la réduction de ses fonds politiques. Quelle serait alors sa réaction si jamais, on lui demandait de renoncer à son salaire comme il le propose aux travailleurs ?
En refusant catégoriquement toute réduction des fonds politiques, le PM donne la preuve que le changement des mentalités qu’il claironne dans son discours n’est pas pour demain. Si l’Etat nigérien est pauvre, n’est-ce pas parce qu’il est mis à sac par ceux-là mêmes qui ont la charge de le diriger ? Parce qu’il est considéré par les plus hautes autorités comme une vache à lait que l’on peut traire à volonté. L’exemple du pillage des maigres ressources du trésor national nous a été donné par l’Assemblée nationale qui a procédé à des surfacturations, lors de l’achat de véhicules d’occasion dont chacun a coûté selon Bazoum Mohamed, 4eme Vice -président du parlement, la bagatelle de 12 millions de F.CFA. Dans ces conditions, la mal-gouvernance et l’impunité ont des beaux jours au Niger. Du reste, l’installation d’une commission de réflexion sur les stratégies de lutte contre la corruption n’est-elle pas un indice de l’ampleur de la mal gouvernance ? En effet, sauf à accréditer l’idée selon laquelle la loi est faite pour frapper les plus faibles, on ne voit pas comment le Gouvernement peut engager des poursuites contre des délinquants en cols blancs.
Un peu plus loin, le primo affirme que ’’l’amélioration de la sécurité alimentaire des populations est une dimension fondamentale de la politique de réduction de la pauvreté, qui mobilise aujourd’hui toutes les énergies du gouvernement, afin de soustraire définitivement les populations nigériennes des affres de la faim’’. On aimerait bien croire Hama Amadou, mais l’attitude négationniste du pouvoir à propos de la famine ne milite pas en sa faveur. Nous ne reviendrons pas sur cette question de la crise alimentaire, mais le refus du Gouvernement de procéder à la distribution gratuite des vivres est une preuve papable de la fausseté du discours officiel sur la mobilisation des énergies afin de soustraire la population des affres de la faim.
Dans sa dernière sortie médiatique, le chef du Gouvernement a reconnu finalement que l’opération vente de céréales à prix modéré est inefficace. Mais au lieu de procéder à la distribution gratuite des vivres, il a indiqué que chaque famille des zones très vulnérables recevra sous forme de ’’prêts de campagne’’ un sac de 100 kg de maïs ou de sorgho qu’elle devra rembourser au moment des récoltes. Cette proposition saugrenue relève tout simplement de la légèreté, parce qu’elle est la traduction concrète de l’irresponsabilité et de la cupidité de nos dirigeants qui veulent que l’Etat soit généreux avec eux, mais pas avec les citoyens ordinaires. Quand Hama Amadou affirme que les efforts seront intensifiés pour garantir un mieux être aux populations vulnérables, il raconte tout simplement des histoires pour plaire ses concitoyens qui écoutaient la retransmission radiodiffusée en direct de la DPG.
Dans le domaine de la santé, le PM affirme que d’énormes efforts ont été réalisés au cours des cinq dernières années, comme en témoigne l’évolution du taux de couverture sanitaire, qui est passé de 47% en 1999, à plus de 60% en 2004. A considérer même que ces chiffres soient vrais, il faut rétorquer à celui qui les brandit que durant la première mandature de Tandja-Hama, les soins de santé sont devenus prohibitifs pour plus de 80% de la population nigérienne qui pratique l’automédication, faute de moyens financiers pour aller dans les formations sanitaires. Il n’est un secret pour personne que nos centres de santé intégrée (CSI) et hôpitaux sont devenus des mouroirs pour les patients qui n’ont pas l’argent pour faire face aux consultations médicales et encore moins acheter les médicaments.
Dans le domaine judiciaire, le Premier ministre affirme que ’’son’’ Gouvernement s’emploiera à créer les conditions d’une réconciliation des Nigériens avec leur justice. A ce niveau également, il est difficile de le croire, tant que des actes concrets ne sont pas posés et que Maty El Hadji Moussa doigté par le Syndicat Agents de la Magistrature (SAMAN) et de nombreuses structures de la société civile, comme un des obstacles à la décaporalisation de la justice, restera à la tête de ce département ministériel.
Pour ce qui est de la Gouvernance, Hama Amadou assure qu’un véritable combat sera engagé contre la corruption. Peu avant son passage devant les parlementaires, il a procédé à l’installation d’une commission nationale d’élaboration des stratégies de lutte contre la corruption. L’immense majorité de nos concitoyens ne croit pas à cette profession de foi du chef du Gouvernement pour la simple bonne raison que ce sont les dirigeants qui donnent le mauvais exemple en la matière. Mieux, la lutte contre la corruption ne passe pas par la multiplication de corsets juridiques.
Sur le plan social, il affirme que les problèmes des jeunes seront examinés avec diligence. Là, c’est carrément le comble de la malhonnêteté. Depuis qu’il est chef du Gouvernement, Hama Amadou a agit comme quelqu’un qui a des comptes à régler avec la jeunesse notamment scolaire. Ceux qui en doutent n’ont qu’à faire un petit tour à la rive droite du fleuve pour constater les conditions désastreuses de logement et de restauration des étudiants. Ou encore, se renseigner sur la situation matérielle des volontaires de l’éducation.
A ce jour, nous n’avons aucun indice tendant à dire que le personnage à changer dans le sens positif, au point de croire qu’il va faire quelque chose de sérieux en direction de cette couche sociale.
D’ailleurs, comme pour montrer qu’il en a marre de gérer les problèmes des enfants du peuple, le PM enfourche le discours anti-nataliste de la Banque Mondiale préconisant la réduction du taux de fécondité et plus grave une nouvelle législation sur le mariage. Ce projet ne manquera pas d’ouvrir un bras de fer avec les associations islamiques.
Comme il s’agit d’un bluff, même les journalistes n’ont pas été oubliés dans la DPG. Le ’’Primo’’ affirme que le Gouvernement s’attellera à créer des meilleures conditions de travail à la presse. On veut bien croire Hama Amadou, mais les relations conflictuelles qu’il a toujours entretenu avec les médias n’incitent pas à l’optimisme.
On se rappelle, du temps où il était Premier ministre de cohabitation, Hama Amadou a rédigé une circulaire à l’intention des entreprises publiques afin de les interdire de donner la publicité aux organes de presse privée. Aujourd’hui, encore, son Gouvernement refuse toujours de concrétiser l’aide à la presse. Mieux, les journalistes attendent encore la dépénalisation des délits de presse. S’il était sincère, Hama Amadou aurait dû donner la date à laquelle son Gouvernement va débloquer le fonds d’aide à la presse.
La présentation de la DPG aura été l’occasion, une fois de plus, de mesurer le degré de mépris affiché par le PM vis-à-vis de la condition des plus démunis. Déjà crédité d’une triste réputation, dans ce domaine, il vient de creuser davantage le fossé qui le sépare de ses concitoyens.
Comme on peut le constater, en dépit des déclarations d’intention, la DPG du PM fait peu de place aux préoccupations sociales. Rien d’étonnant quand on s’inscrit résolument dans l’optique d’une mondialisation néolibérale censée offrir au Niger des opportunités et lorsqu’on considère comme incontournable un train de réformes (PAS) qui dévoile chaque jour un peu plus ses incohérences, ses impasses et ses tragédies.
De toutes les façons, il est difficile de croire un chef de Gouvernement dont le régime a pulvérisé les records de mal-gouvernance à travers des pratiques peu orthodoxes de gestion telles que les LAP, Les PSOP, les marchés de gré à gré, etc.
Rien dans ce document n’est rassurant quant à l’avenir et ne saurait pousser à l’optimisme pourtant affiché par les députés de la Majorité qui ont approuvé la DPG à 100%. Cette approbation ne constitue t-elle pas une preuve que notre Assemblée nationale est une caisse de résonance du pouvoir Exécutif ?
