Alternative Espaces Citoyens Niger
Radiation de six étudiants de l’Université

Les premières victimes de la « Guerre » autour des marmites

mercredi 11 avril 2007 par H B Tcherno

« La récréation est terminée, Abana ». C’est ce que semble dire la bureaucratie universitaire en « guerre » ouverte contre les étudiants. On ne sait par quel tour de magie, le pouvoir est arrivé à opposer deux membres d’une même famille, à savoir les deux principaux syndicats de l’université. L’animosité et la dérive langagière sont telles que dans la foulée, l’Union des Scolaires Nigériens (USN) est traitée « d’organisation terroriste » par l’administrateur provisoire du Centre national des œuvres universitaires (Cnou).

Boum ! Boum ! Boum ! Le bilan de la répression sauvage des forces de l’ordre dans le campus universitaire est lourd : 15 étudiants blessés, 6 arrestations, 1 étudiant porté disparu, voire donné pour mort de sources estudiantines. Comme si cela ne suffisait pas, vingt quatre heures plus tard, un communiqué de presse du recteur, M. Yenikoye Alassane annonce la radiation définitive de six étudiants, identifiés comme les meneurs du mouvement de révolte qui s’est emparé du campus depuis novembre 2006. Le lendemain, le recteur pond un autre communiqué-ultimatum intimant aux étudiants de déguerpir de leurs résidences avant 13 heures. Mieux, il "demande aux autorités judiciaires d’accélérer le traitement des plaintes dont elles ont été régulièrement saisies à l’occasion des faits de violence, outrages, injures ou menaces perpétrés en milieu universitaire". Cette avalanche de mesures sévères est le début du "grand ménage", ou pour être plus exact de "l’assainissement", annoncé récemment par les autorités rectorales. Dans son communiqué largement distribué aux médias, le recteur avait écrit que "le Conseil de l’université entend, dorénavant, continuer l’assainissement ainsi entamé". Il souhaite l’aboutissement rapide des poursuites judiciaires à l’encontre des "auteurs et complices éventuels des faits précités". Summum de la bêtise humaine, pendant que les étudiants sont dans la nature, le Conseil prend la décision de considérer comme faits les cours, travaux dirigés et pratiques ou examens perturbés et de valider l’année académique en cours. Les “têtes chercheuses” oublient que leurs salaires sortent des poches des pauvres hères dont elles méprisent les enfants et que sans étudiants, il n’y a point d’université. Les événements s’accélèrent le samedi 24 mars avec l’arrestation de Diori Ibrahim, secrétaire général de l’Uenun. La police judiciaire recherche activement les autres responsables de l’organisation. La chasse aux sorcières a permis d’arrêter 4 autres étudiants ce mercredi 28 mars vers 5 heures du matin. Le climat actuel qui prévaut à l’université nous ramène 6 ans en arrière, c’est-à-dire au 21 février 2001. On s’en souvient, ce jour-là, une manif pacifique des étudiants a dégénérée en affrontements violents qui se sont soldés par la mort d’un gendarme, l’emprisonnement de trois étudiants et l’exil d’autres. Seule différence, cette année, c’est un étudiant qui serait mort, tombé du toit d’un bâtiment à trois étages. Selon les témoignages des étudiants, même s’il a survécu à sa chute, Moussa Mohamed ne retrouvera pas de sitôt les bancs de la Fac. Le mystère entourant sa disparition est telle que depuis l’intervention musclée des forces anti-émeute sur le campus, sa famille demeure sans nouvelle de lui.

Origine de la brouille

La grave crise interuniversitaire trouve son origine dans la gestion décriée des œuvres universitaires. Depuis plusieurs mois, les étudiants n’ont eu de cesse de protester contre les méthodes provocatrices et décisions inacceptables de l’Administrateur délégué, M. Djibril Abarchi. L’intéressé justifie les mesures impopulaires prises à l’encontre des étudiants par le souci de bien gérer le peu de ressources mis à la disposition du Cnou par le Gouvernement. Pour l’essentiel, elles se résument à des contrôles inopinés dans les chambres, l’insuffisance et la mauvaise qualité des repas, le débranchement des services d’eau et d’hygiène dans les résidences, la coupure totale de l’électricité dans les bâtiments Sanqui. A en croire les étudiants, il aurait même envisagé d’acquérir des gros bidons pour conserver de l’eau, ce qui permettra d’arrêter la fourniture de "l’or bleu" dans les chambres. Les dégâts environnementaux sont déjà perceptibles à l’œil nu. En effet, le gazon et les fleurs qui embellissaient le cadre de vie dans la cité U n’ont pas résisté à la soif. Mieux, l’odeur est insoutenable dans les toilettes dont les chasses d’eau manquent d’eau. "A certains moments de la journée, aucune goutte ne tombe des robinets dans les bâtiments, de sorte que nous sommes privés d’eau pour les ablutions" signale un étudiant rencontré au portail du campus. Malgré la misère ambiante dans les cités, le sieur Abarchi persiste dans les déclarations mensongères, en niant la justesse des revendications étudiantes. "Ils posent de faux problèmes. Concernant la restauration, venez voir, il y a des restes. Les factures d’eau nous coûtent... chaque mois. Nous avons donc fermé les robinets" se plait-il à expliquer. Sortis de la bouche d’un enseignant qui n’a pas bonne réputation dans le milieu universitaire, où ses amis se comptent sur les doigts d’une main, ces propos impertinents n’ont pas étonné grand monde, tant il semble nourrir une hargne envers les étudiants. A travers ses maladresses médiatiques, il veut faire croire à l’opinion que les étudiants sont des "enfants gâtés". "Le bureau exécutif des étudiants me conteste parce que j’ai mis fin aux privilèges des membres des structures. Les vrais mobiles du mouvement de colère sont ailleurs". Qu’entend t-il par privilèges ? Des miettes de plats et quelques chambres affectées aux membres du Comité Exécutif et ses commissions d’épaulement. Méchanceté ou Jalousie ? Apparemment, l’intéressé ne supporte guère qu’un étudiant ait de petits avantages. Ainsi donc, pendant toutes les années qu’il enseignait le droit à la Fac, M. Abarchi regardait "ses" étudiants comme des enfants choyés, et il attendait l’heure de leur arracher les "bonbons". A écouter ses diatribes verbales, on a comme l’impression qu’il a un vieux compte à solder avec les “camarades du campus”. Se rabaisser à une querelle de marmites avec ses propres enfants, c’est, à notre avis, tomber très bas pour un ...universitaire de son rang. C’est pitoyable ! Etre universitaire, ce n’est pas seulement être bardé de diplômes, c’est surtout un comportement, un esprit de dépassement de sa petite personne pour voir les intérêts de la collectivité. Devant un miroir, quelle image a-t-il de lui, sachant que son entêtement à diriger le Cnou est à la base de la fermeture du campus et de la répression sauvage qui s’est abattu et continue de s’abattre sur les étudiants ? Comment peut-il dormir tranquille, tout en sachant que son extrémisme a conduit à la radiation définitive de six étudiants et probablement à l’emprisonnement imminent de certains d’entre eux. Nombre de nos compatriotes n’arrivent pas à comprendre pourquoi cet “emmerdeur” persiste à s’accrocher à ce fauteuil, au point de compromettre l’avenir de toute une génération d’étudiants. Ce n’est pas pour rien que Abarchi a pris le risque de faire “chier” les étudiants. Nous le savons tous, au Cnou, mis a part les 500 millions de subvention de l’Etat, il y a des “zakaieries” qui font perdre la jugeote. Si Abarchi veut rester a la tête de cette boite de pandore contre vents et marées, il faut le comprendre. On est fondé à dire qu’il s’y cramponne à cette institution pour son bien-être et non celui des étudiants qui ont d’ailleurs été chassés comme des brebis. A travers ses déclarations, nous avons décelé un penchant autoritaire prononcé qui le prédispose peu au dialogue et au compromis. Ce monsieur doit savoir qu’on ne peut pas “gérer” les étudiants comme des petits enfants. Une université du 21ème siècle n’est pas une école primaire où l’on mène les élèves à la baguette. Elle n’est non plus un centre disciplinaire, mais un temple de respiration intellectuelle. Les quelques débordements (défénestration du bureau et attaque du domicile de l’administrateur) regrettables, ne peuvent justifier la "vendetta" contre le monde estudiantin. Si le renvoi des étudiants vise à punir les meneurs, quel sens donner à la fermeture du campus qui affecte des milliers d’étudiants ? Le mouvement de colère des étudiants ne vise pas Abarchi en tant que citoyen, il s’attaque à l’administrateur délégué à cause de ses choix réactionnaires et ses décisions inacceptables concernant la gestion des œuvres universitaires. Il faut rappeler utilement à Abarchi que le Cnou n’est pas une classe de cours, où le prof peut décider arbitrairement de la note à attribuer à un étudiant. Avant lui, beaucoup ont tenté d’étouffer les libertés syndicales, mais sans succès. L’Uenun a survécu à des régimes militaires, un individu est trop un peu pour la “tuer”. Cette crise est un bourbier dont il ne sortira certainement pas grandi, ni vainqueur. Si l’objectif recherché par l’administrateur provisoire est de dénigrer les étudiants, en s’appuyant sur l’ignorance des citoyens, autant dire qu’il a raté son coup. En effet, il n’a pas réussi à semer le doute dans les esprits avertis à propos de la justesse des revendications posées par les "camarades du campus". La plupart de nos citoyens qui se sont prononcé sur la crise universitaire, ont estimé que les étudiants ont entièrement raison de demander le départ de ce type. Les étudiants ne veulent pas de lui, il doit partir. C’est pourtant tout simple.

H.B.Tcherno


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