Alternative Espaces Citoyens Niger
Fête du travail

Les centrales syndicales posent des doléances communes

mardi 22 mai 2007 par H B Tcherno , Souleymane Maâzou

A l’instar des forces ouvrières du monde entier, les travailleurs nigériens ont célébré la fête du travail le 1er 2007, à travers l’organisation de défilés et de meetings au cours desquels, ils ont appelé à l’amélioration de leur situation et à la satisfaction de leurs revendications.

A l’appel des différentes centrales syndicales, plusieurs milliers de travailleurs nigériens ont défilé, mardi 1er mai à Niamey, à l’occasion de la célébration de la fête internationale du travail. Célébration vécue en ordre dispersé plutôt. L’USTN et l’UGTN ont défilé à la place Toumo, la CDTN au stade Seyni Kountché, la CNT à la place de la concertation et le CGSL au Château IX. Deux nouvelles centrales, à savoir l’Union syndicale progressiste des travailleurs (USTP) de Chaibou Tankari, et l’Union générale des syndicats de l’économie informelle du Niger (UGSEIN), de Salamatou Mariko, s’ajoutant à ces cinq premières qui tenaient depuis des années la commande du terrain syndicale nigérien, ont fait chacune un meeting sans défilé faute de moyens.

Cependant, de la place Toumo, au stade Seyni Kountché en passant par la place de la Concertation et le Château IX, la classe ouvrière, représentant différents secteurs d’activités économiques du Niger a défilé au rythme des tam-tams, dans un climat empreint de responsabilité et de rigueur. Et pour la première fois, depuis la naissance du pluralisme syndical, ces centrales nigériennes se sont entendues autour d’un cahier de doléances générales. A travers leurs pancartes et banderoles, les ouvriers réclamaient un travail décent dans un cadre décent.

Dans leurs messages adressés aux militants, les responsables des centrales syndicales ont évoqué les problèmes du chômage des jeunes, le favoritisme, le gaspillage des deniers publics, la corruption et la détérioration de la qualité de l’éducation et des soins médicaux. Ils ont aussi appelé les travailleurs à se mobiliser et à militer davantage pour le respect des droits syndical et de grève. Selon les analystes, cet acte qui symbolise la solidarité de la classe ouvrière pourrait aboutir à la création d’une fédération des syndicats. Cela n’est pas sans rappeler les années fastes du syndicalisme nigérien.

La période de gloire des travailleurs nigériens

La décennie 90 a été celle de la naissance et du développement des conflits sociaux dans les secteurs publics. Avec l’avènement du Programme d’ajustement structurel (PAS), les syndicalistes, à travers l’USTN, se sont mobilisés pour rejeter ce programme ultra-libéral. Appuyés par les scolaires et la société civile, ils déclenchent des grèves massivement suivies. Rapidement ces revendications syndicales se transforment en revendications politiques. Aux yeux des syndicalistes, le gouvernement d’antan faisait preuve d’incapacité et d’incompétence face aux maux qui frappaient durement les travailleurs. Les forces sociales obligèrent le pouvoir dans un premier temps à admettre le multipartisme avant d’exiger une conférence nationale souveraine.

Malheureusement, cette victoire de la classe ouvrière fut de courte durée. La nouvelle classe politique récupéra en sa faveur les luttes syndicales. La situation ainsi créée provoqua l’éclatement de l ’USTN (Union des Syndicats des Travailleurs du Niger). C’est cet éclatement qui a donné comme résultat direct la naissance du multi-centralisme syndical au Niger.

Aujourd’hui que d’acquis perdus.....

Toutefois, malgré l’existence du pluralisme syndical, les services publics ont été démantelés, à travers des privatisations sauvages dictées par les Institutions de Bretton Woods. Des privatisations qui n’ont profité qu’aux monopoles étrangers et à leurs valets locaux, preneurs de pot de vin. On a assisté à la liquidation continue des acquis matériels et moraux des travailleurs. D’abord, il y a eu l’adoption d’une nouvelle grille de salaire en 1998 qui a eu pour conséquence le rabattement des salaires des travailleurs de 35%. Ensuite a suivi la baisse de la prise en charge des soins de santé primaire des travailleurs par l’Etat. L’adoption d’une loi sur la retraite à 30 ans est venue décimer beaucoup de travailleurs. Actuellement, la fonction publique nigérienne ne compte que moins de 33.000 employés, contre 40.000 avant l’instauration de la démocratie. Pire, il y a seulement quelques mois, le gouvernement de façon unilatérale a imposé aux travailleurs le système de journée continue, obligeant ces derniers à travailler 42 heures par semaine, et même commettant par là une violation de la législation du travail au Niger et des conventions internationales qui fixent le temps de travail à 40 heures par semaine. De nos jours les agents publics sont démotivés et se lancent dans des activités parallèles susceptibles de compenser la baisse de leur pouvoir d’achat. Sidibé Issoufou, S/G de la CDTN identifie aujourd’hui les travailleurs nigériens à ces martyrs de temps nouveaux, auxquels on assure juste la pitance en vue de reprendre des forces pour mieux produire à l’avantage de l’Employeur Etat. Selon Chaibou Tankari, S/G de l’USPT, le syndicalisme nigérien a été infiltré par des forces d’éducation matérialistes, prêtes à endormir la conscience des travailleurs, et à réduire le syndicalisme à une entreprise d’amusement au service d’un régime ou des partis politiques au détriment des préoccupations des travailleurs. « Les organisations syndicales doivent lutter pour imposer à l’Etat une autre politique orientée vers une véritable indépendance et réclamer l’instauration et le développement du secteur de l’Etat et la démocratisation de la gestion », en a-t-il appelé.

Un flot de revendications communes

Face aux promesses non tenues du gouvernement, de son volte-face et surtout de sa volonté à maintenir les travailleurs dans la précarité, les centrales syndicales se sont entendues cette année sur des doléances communes afin de sauvegarder leurs intérêts matériels et moraux. Ils réclament l’élaboration et l’adoption d’une politique nationale de logements sociaux et son élargissement à tous les travailleurs. Ils demandent le respect strict de la liberté syndicale par tous les Employeurs et la transmission sans délais à l’Assemblée Nationale du projet de loi portant Statut Général de la fonction publique. Ils sollicitent aussi l’octroi par l’Etat des sièges et d’une subvention à toutes les Centrales Syndicales. L’apurement des arriérés des allocations familiales, leur paiement régulier, et leur rehaussement font partie des doléances des travailleurs. Les retraités n’ont pas aussi été oubliés car les centrales syndicales demandent la revalorisation des pensions et leur mensualisation. Une autre préoccupation des travailleurs contenue dans le cahier de doléances est l’accélération du processus de révision de la Convention Collective Inter professionnelle. Pour plus de justice et d’équité, les centrales syndicales demandent la généralisation de l’augmentation des salaires de 10% à tous les niveaux et le remboursement des fonds de la CNSS par le Trésor National à travers la mise en œuvre des recommandations de la commission chargée du dégel des fonds de la CNSS. Ils exigent aussi le paiement des arriérés des incidences financières liées aux avancements et aux reclassements, la ratification des Conventions relatives à la santé, l’abattement de 10% de l’IUTS, l’exonération des indemnités des départs négociés de toutes taxes et impôts et le respect scrupuleux par les Employeurs (Etat et Privés) des textes de la CNSS. Cependant la fête du travail n’a pas été seulement l’affaire des seuls salariés qui constituent une minorité face aux lots des chômeurs que compte le Niger. Les chômeurs ont aussi défilé pour exiger du gouvernement la création d’emplois à travers la mise en place des unités nationales de production qui sont des sources d’emplois.

Souleymane Maâzou


Accueil du site | Contact | Plan du site | Espace privé | Statistiques | visites : 516923

Suivre la vie du site fr  Suivre la vie du site Alternative Espaces Citoyens  Suivre la vie du site Actualités   ?

Site réalisé avec SPIP 1.9.2c + ALTERNATIVES

Creative Commons License