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Bouaké/Guillaume Soro échappe à un attentat

lundi 2 juillet 2007 par H B Tcherno

Quatre morts, plusieurs blessés, c’est le bilan macabre de la tentative avortée de l’attentat qui a visé le vendredi 29 juin 2007, à Bouaké, centre de la Côte d’Ivoire et capitale politique des Forces Nouvelles, ex- rébellion, l’avion présidentiel transportant le Premier ministre ivoirien, Guillaume Soro.

Le Premier ministre ivoirien, M. Guillaume Soro à la baraka. Il est sorti indemne d’un attentat qui a visé l’avion, un Fokker 100 présidentiel, qui l’a déposé à l’aéroport de Bouaké, où il devrait présider une cérémonie officielle d’installation des magistrats, qui doivent organiser les audiences foraines, première étape vers les élections.

Trois puissants tirs de roquettes ont percuté le bolide, à bord duquel se trouvait le chef du Gouvernement ivoirien. L’avion a été atteint à plusieurs endroits par les canons, alors qu’il poursuivait sa course vers le tarmac, lieu de débarquement des passagers.

Sur le champ, trois proches du Premier ministre, à savoir le chef de sécurité et deux membres du protocole d’Etat sont tués. Un membre de l’équipage a également perdu la vie. Plusieurs journalistes qui faisaient partie de la délégation ministérielle ont été blessés, dont certains dans un état grave, ont été admis par la suite à la Polyclinique Internationale Sainte Anne Marie (PISAM).

Coup de chance, le Premier ministre Guillaume, son fidèle compagnon et ministre du Tourisme et de l’Artisanat, M. Konaté Sidiki ont miraculeusement échappés à la puissance de feu des snipers embusqués, selon des témoins du drame, à quelques mètres seulement de la piste d’atterrissage.

L’événement digne d’un western a été vécu en direct par les envoyés spéciaux des médias abidjanais. Sortis sains et saufs de l’attentat, certains journalistes ont raconté l’horreur. Voici ce qu’en dit l’envoyé spécial du « Nouveau Réveil », un quotidien proche du Parti Démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI) de Henri Konan Bédié : « Après un atterrissage réussi, l`avion avance sur le tarmac tout doucement. Brusquement, une forte détonation se fait attendre. Puis une deuxième. D`autres coups de feu suivent. L`appareillage vole en éclats dans l`avion. A notre gauche, le confrère Palenfo Lanciné perd du sang. Beaucoup de sang, au visage. Il est grièvement atteint. Un côté de son crâne est ouvert. Un peu plus en arrière, la photographe Jeanne Françoise Coulibaly du CICG est atteinte au visage. Blessée par les éclats et les débris des vitres. L`avion se remplit de fumée. S`ensuit un cafouillage monstre et un désordre indescriptible. Un membre de l`équipage est également grièvement atteint. Il a le crâne ouvert. Tous les occupants se couchent. Quelques instants après, tous se précipitent vers la sortie sur ordre de quelqu`un. Au passage, dans la classe VIP, nous constatons trois personnes assises sur la banquette. Elles sont toutes mortes. La tête pour certains broyées ».

« Je crois que les roquettes sont venues du côté droit de l’avion. Quant aux rafales, elles étaient entendues dans tous les sens. C’était comme dans une situation de guerre » explique de son côté, M. Allan Aliali, journaliste au service politique de Notre Voie, quotidien du Front Populaire Ivoirien (FPI), parti de Laurent Gbagbo.

Comment Soro a-t-il pu sortir indemne de cette attaque ? Vingt quatre heures après l’attentat, le commandant Wattao, chef d’état-major adjoint des Forces nouvelles, a levé un coin de voile sur ce qui demeure, à nos yeux, un mystère : « J’ai demandé au Premier ministre de monter sur mon dos. Je l’ai pris ainsi et je l’ai mis dans le premier véhicule qui est arrivé et nous nous sommes sauvés”.

Passé le moment de la frayeur, la question sur toutes les lèvres, est celle naturellement de savoir, qui se cache derrière cette attaque meurtrière ? D’autres questions subsidiaires s’ajoutent à la première. Les ivoiriens se demandent comment les agresseurs ont -ils pu pénétrer dans un endroit sécurisé par les forces impartiales et les Forces Armées des Forces Nouvelles (FAFN) ? Ont-ils bénéficié de complicité interne ou externe ? D’où viennent les armes lourdes ayant servi à l’assaut ?

En attendant une éclaircie, la « presse bleue », proche du régime d’Abidjan, oriente les enquêteurs vers Chérif Ousmane, les responsables locaux du RDR à Bouaké et la Force Licorne. Ainsi, Notre Voie, organe d’information du FPI, le parti de Laurent Gbagbo s’interroge sur les raisons de la présence à l’aéroport d’un avion cargo français, peu avant l’atterrissage du Fokker présidentiel.

Le chef d’état-major adjoint des Forces nouvelles, Issiaka Ouattara dit Wattao, a estimé, samedi à Bouaké, que les Casques bleus ne sont pas étrangers à l’attaque contre l’avion du Premier ministre Guillaume Kigbafori Soro. S’exprimant lors d’un meeting dans le stade de Bouaké, le ministre Sidiki a pointé également l’Onuci et la Licorne qui sont chargés, selon lui, d’assurer la sécurité de l’aéroport depuis 2 ans.

Trois jours après ce « vendredi noir », le Premier ministre qui s’est refusé jusque là a toute déclaration a réclamé une enquête internationale. Il l’a dit le ... en recevant une forte délégation du RDR venue lui présenter sa compassion.

L’attentat contre le chef du Gouvernement ivoirien montre la fragilité de l’Accord de paix signé à Ouagadougou. Apres le terrible et odieux événement de Bouaké, tout le monde s’interroge sur le sort du processus de paix entamé, depuis quelques mois, sous la houlette du chef rebelle et du "Boulanger" d’Abidjan. Réponses optimistes de deux anciens protagonistes, aujourd’hui, embarqués dans un mariage de raison. « Si des gens ont voulu donc nous arrêter ou nous effrayer, je pense qu`ils ont échoué » assure Guillaume Soro. Même réaction chez Laurent Gbagbo qui martèle : « Nous allons continuer. A travers la personne du Premier ministre, c’est tout le processus de paix initié par l’Accord de Ouagadougou qui est visé. Mais on n’assassine pas la paix ».

Si elle divisée sur les pistes des agresseurs, la presse abidjanaise s’accorde à dire que les commanditaires de l’attentat contre le Premier ministre cherchaient à freiner le processus de paix, en s’opposant coûte que coûte à la reprise des audiences foraines, objet de la visite de Guillaume Soro à Bouaké. Les auteurs et complices de cet acte odieux, voulaient jeter aussi l’ombre sur la cérémonie « flambeau de la paix » qui devrait, après plusieurs reports de date, avoir lieu le 5 juillet prochain, en présence de Laurent Gbagbo et de quelques chefs d’Etats africains dont le président du Faso, Blaise Compaoré, parrain de l’accord de Ouagadougou.

Apres l’attentat manqué contre le Premier ministre et ses proches collaborateurs, les ivoiriens seront -ils à mesure de briser le mur de méfiance entre les gens du Sud et du Nord pour continuer sur la route de la réunification du pays, condition sine qua non de la tenue d’élections libres, gages de la paix introuvable, pour le moment ? That is the question.

H.B.Tcherno


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