Alternative Espaces Citoyens Niger
Atteinte à la liberté de presse

Les journalistes battent le pavé

lundi 17 décembre 2007 par H B Tcherno

En signe de protestation contre la cabale engagée contre la presse indépendante à travers notamment l’incarcération des journalistes Moussa Kaka et Ibrahim Manzo Diallo, les associations socio-professionnelles des médias ont organisé le 20 octobre 2007, une marche et un meeting à Niamey. A cette occasion, le président de la maison de la presse et par ailleurs directeur de la rédaction de Alternative a lu un discours évocateur, au nom de l’ensemble des confreres et travailleurs des médias.
Comme l’a redouté Jean Cocteau il y a plusieurs années de cela, « un jour viendra où les journalistes prendront la parole pour eux-mêmes. » Ce jour tant redouté est enfin arrivé au Niger. Ce Samedi 20 octobre 2007 sera sans doute gravé en lettres d’or dans les annales de l’histoire démocratique du Niger. En effet, en quinze ans d’exercice des libertés individuelles et collectives, c’est la première fois que les journalistes ont décidé de battre le pavé pour défendre la liberté de la presse gravement menacée au Niger. Conscientes de la gravité de la situation, les organisations socioprofessionnelles des médias ont décidé d’assumer devant l’Histoire leurs responsabilités. Toutes leurs responsabilités. Permettez-moi de citer ces organisations, pour que l’Histoire retienne celles qui ont décidé de s’assumer et celles qui ont choisi de se débiner. Il s’agit de :
- Association nigérienne des Éditeurs de la Presse indépendante (ANEPI)
- Association des Promoteurs des Radios Privées du Niger (APRPN)
- Association des Radios et Télévisions Indépendantes (ARTI)
- Coordination Nationale des Radios Communautaires (CN-RACOM)
- Réseau des Journalistes pour les Droits de l’Homme (RJDH)
- Réseau des Journalistes pour les questions de Sécurité et de Paix (RJSP)
- Syndicat des Travailleurs de la Presse Privée (SYNTRAPREP)
- Syndicat des Travailleurs de la Presse (SYNTRAPRESSE)
- Syndicat National des Travailleurs de l’Information et de la Communication (SYNATIC)
- Union des Journalistes Privés Nigériens (UJPN)
- Union des Journalistes Sportifs du Niger (UJSN)
- Union de la Presse Francophone (UPF – Section Niger) Comme vous l’avez sans doute constaté, à une exception près, toutes ces organisations relèvent du secteur des médias indépendants. A cette occasion, nous nous exhortons à la persévérance et surtout à la cohésion. Ce meeting est également une opportunité pour lancer un appel confraternel aux autres organisations socioprofessionnelles du secteur public de regagner pour ainsi dire leur camp naturel, pour défendre ensemble la liberté de la presse. Leur vraie place est à côté de nous et nulle part ailleurs. Car contrairement à ce que certains veulent leur faire croire, travailler dans un média public ne veut pas dire être l’écho frileux et tremblant de son maître. A l’évidence, il n’y a pas deux libertés de la presse : une à part pour les journalistes du public et une autre pour ceux du privé. Non ! Il n’y a qu’une seule liberté de la presse ; et nous avons tous le devoir de la défendre. Nous avons le devoir de la défendre d’autant plus qu’elle est actuellement menacée au Niger. Mesdames et Messieurs, Chers consoeurs et confrères La liberté de la presse est dangereusement menacée au Niger par les arrestations des journalistes. Au moment où je parle, deux journalistes croupissent dans les geôles de la République du Niger : Il s’agit de Moussa Kaka, correspondant de Radio France International (RFI) et de Reporters Sans Frontières (RSF) ; et de Ibrahim Manzo Diallo, Directeur de Publication de AIR INFO. Le premier a passé aujourd’hui son 30ème jour en prison et le second son 11ème jour. Si Moussa Kaka est inculpé pour « complicité d’atteinte contre l’autorité de l’État », Ibrahim Manzo Diallo attend depuis plus de dix jours de connaître ce qui lui est reproché. Sans interférer dans le cours des procédures judiciaires, nous relevons seulement que nos confrères ont été jetés en pâture à l’opinion nationale et internationale par les tenants du pouvoir et leurs nouveaux suppositoires, violant ainsi leurs droits à la présomption d’innocence reconnue à chaque personne par la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme de 1948 et réaffirmée par la Constitution nigérienne du 09 août 1999. Mesdames et Messieurs, Chers consoeurs et confrères La liberté de la presse est dangereusement menacée au Niger par la pratique illégale des écoutes téléphoniques exercée sur les journalistes ; laquelle pratique a été officiellement confirmée par le Ministre de la communication porte parole du Gouvernement. Nous rappelons à toute fin utile, qu’en démocratie, les écoutes téléphoniques sont encadrées par la loi. Elles ne se font pas selon l’humeur et la volonté de X ou de Y. En dehors des cas et procédures prévus par la loi, elles constituent une violation de l’article 22 de la Constitution. Aujourd’hui, du fait de ces écoutes téléphoniques, nous sommes tous en danger. Mesdames et Messieurs, Chers consoeurs et confrères La liberté de la presse est dangereusement menacée au Niger par les restrictions imposées par le Conseil Supérieur de la Communication (CSC) aux journalistes dans l’exercice de leur profession. En effet, depuis l’éclatement du conflit dans le Nord du Niger, le CSC n’a cessé de harceler les médias indépendants. Il a distribué à tour de bras des mises en demeure et des avertissements ; il a suspendu pour un mois la diffusion sur FM de Radio France International ; il a interdit de paraître pour trois mois le bimensuel AIR INFO ; il a interdit aux médias privés d’organiser des débats en direct sur la situation au Nord ; et tout dernièrement il a menacé de retirer les fréquences aux stations de radios et télévisions privées qui diffuseraient des propos critiques à son endroit. Pendant ce temps, le Conseil Supérieur de la Communication ferme les yeux sur les dérapages dangereux des médias d’État, qui ont récemment organisé un débat radiotélévisé au cours duquel un appel au génocide a été lancé. Vous conviendrez avec nous que trop c’est trop !!! Justement parce que trop c’est trop, nous avons décidé aujourd’hui de prendre la parole pour nous-même pour défendre la liberté de la presse et ses corollaires à savoir la liberté d’expression, la liberté d’opinion et le droit du public à l’information. En un mot pour défendre la démocratie. Car il n’y a point de démocratie sans liberté de la presse. Comme l’a si bien dit le Pr Joseph Ki-Zerbo, historien burkinabé : « La liberté d’expression, surtout par la presse, est non seulement une liberté mais on pourrait dire c’est la liberté… La liberté c’est comme la santé, c’est le bien des biens qui permet de profiter de tous les autres biens ». Mesdames et Messieurs, Chers consoeurs et confrères Ce meeting nous donne l’occasion de réaffirmer les positions exprimées dans notre déclaration en date du 10 octobre 2007. Les organisations socioprofessionnelles du secteur des médias : 1. Condamnent l’arrestation et la déportation de notre confrère Ibrahim Manzo Diallo ; 2. S’insurgent contre l’acharnement digne des régimes totalitaires des autorités en place contre les médias indépendants ; 3. Réaffirment leur soutien à nos confrères Moussa Kaka et Ibrahim Manzo Diallo, actuellement détenus ; 4. Exigent la libération de Moussa Kaka et Ibrahim Manzo Diallo ; 5. Fustigent la pratique illégale des écoutes téléphoniques exercées sur des journalistes ; 6. Dénoncent les appels à la haine ethnique diffusés sur les ondes des médias d’État lors d’un débat organisé par le gouvernement ; 7. Dénoncent le silence complice du Conseil Supérieur de la Communication face aux dérives graves des médias d’État ; Je ne terminerai mes propos sans remercier l’ensemble des confrères et consoeurs qui se sont mobilisés depuis le début de notre mouvement. Je les exhorte à rester mobilisés, déterminés, convaincus et solidaires. La lutte ne fait que commencer. Je remercie également les organisations de la société civile nationale, africaine et internationale qui ont apporté leur soutien indéfectible à notre cause. Enfin, je remercie les citoyens et citoyennes qui nous ont témoigné d’une manière ou d’une autre leur attachement à la liberté de la presse en effectuant le déplacement de la place de la concertation. Vive la démocratie !!! Vive la liberté de la presse !!! Tous unis nous vaincrons !!! La lutte continue !!!

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