« Il faudra mettre en œuvre une gouvernance qui fera en sorte que l’argent de l’uranium soit utile », affirme Bazoum Mohamed
samedi 8 mars 2008 par H B Tcherno
L’exploitation de l’uranium a commencée en 1971avec la SOMAIR dont le capital est partagé entre la Cogema devenue Areva qui détient 63,4%, et l’Etat du Niger qui possède 36,6% des actions à travers l’Onarem qui a été transformé, aujourd’hui, en Sotremin.
En 1971, première année de la création de la Somair, cette société a produit 410 tonnes vendues a 2,1 milliard de franc CFA. En 72, elle a produit 869 tonnes vendues à 4,3 milliards. La plus grande quantité produite fut celle de 1981, atteignant 1750 tonnes en 2007, à cause de la hausse du prix du pétrole qui a engendrée une plus forte demande du minerai de l’uranium. Du coup, la production et les ventes ont entamé une montée significative.
Quant à la Cominak qui exploite les gisements d’Akouta, elle est devenue opérationnelle à partir de 1978. Son capital est détenu pour 31% par l’Etat du Niger, 34% par la Cogema, 25% par une société japonaise (Ourd), et 10% par une société espagnole (Enusa).
Au démarrage de ses activités en 1978, cette société a produit 351tonnes. En 1979, elle a produit jusqu’à 1839 tonnes. Sa production la plus importante a été enregistrée en 1981, avec 2261 tonnes. Cette production va se maintenir autour de 2000 tonnes par an jusqu’en 2007, année qui inaugure une chute à 1450 tonnes.
A partir de 1976, la valeur des ventes annuelles a dépassée le seuil de 20 milliards de F.CFA. En 1979, elle est montée à 83 milliards de nos francs pour les deux sociétés, évoluant de manière progressive jusqu’à atteindre le pic de 112 milliards de F. CFA en 1983.
A partir de cette date, la baisse sera progressive, mais constante. Le niveau le plus bas (45, 9 milliards) a été atteint en 1993. La valeur des ventes était de 79, 63 milliards de F.CFA en 2006. Avec la revalorisation du prix de l’uranium négocié avec Areva, la valeur des ventes connaîtra un accroissement fulgurant atteignant 136 milliards de F.CFA.
Que gagne le Niger ?
Je précise qu’il faudrait faire la distinction entre les valeurs de la vente du minerai qui profitent à tous les actionnaires et les bénéfices apportés au budget de l’Etat, au titre de sa participation comme actionnaire, à travers les taxes, et impôts divers.
En 1975, la contribution de l’uranium au budget de l’Etat était de 3,918 milliards, ce qui représente 20% des recettes. En 1976, elle était de 7,750 milliards, ce qui équivaut à 29%. L’année suivante, elle était de 10,5 milliards, ce qui représente 30%. En 78, elle était de 17,19 milliards ; ce qui équivaut à 36%. Elle atteindra son sommet en 1979 avec 24,136 milliards, soit 40% des recettes budgétaires de l’Etat. En 1980, elle chutera à 18,81 milliards de FCFA, soit 25% des recettes. Depuis lors, la tendance sera à la baisse, avec une évolution en dents de scie. Le niveau le plus bas sera atteint en1993, avec une part de l’uranium aux recettes de l’Etat de l’ordre de 4, 497 milliards. Avec la dévaluation du FCFA, on notera une légère amélioration en 1994, avec des recettes d’environ10 milliards. Toutefois, on assistera à une tendance baissière avec une part des recettes n’atteignant que 5,391 milliards en 2002, soit 3,71% seulement du budget de l’Etat.
En 2006, la part de l’uranium au budget de l’Etat sera de 11,38 milliards, tandis qu’en 2007, elle montera à 82,693 milliards de F.CFA, augmentation résultant de la revalorisation du prix de l’uranium.
En 1975, la contribution de l’uranium aux exportations de l’Etat était de 70%. Elle restera toujours au dessus de 60%, pour atteindre son niveau le plus élevé (95,30%) en 1998. Les années suivantes, elle connaîtra une baisse relative. Son niveau le plus bas sera atteint en 2000, avec 45,91%. En 2004, le pourcentage était évalué à 58,74%. Ces chiffres constituent les dernières statistiques à ma disposition.
La contribution de l’uranium au produit intérieur brut (PIB) du Niger est de 7,33% en 75, 11,42% en 78. Le niveau le plus élevé sera atteint en 79 avec13, 09%. Il baissera tendanciellement pour atteindre son niveau le plus bas en 2002, avec 1,20%.
Un avenir prometteur
En ce qui concerne les perspectives pour les années à venir, il faut noter que 50 permis de recherche on été octroyés en 2008, et 50 autres le seront en 2009. A partir de cette année, on assistera à la création des conditions administratives pour la mise en œuvre de l’exploitation des gisements d’uranium d’Imouraren.
La première production commerciale commencera en 2010. Vous avez souvenance que cette société se propose de créer 1400 emplois, de produire 500 milles tonnes, soit le double de la production actuelle de Somair et Cominak. Cette production de 5000 tonnes sera constante pendant 30 ans, avec un investissement supérieur à 1 milliard d’euros, soit environ 650 milliards de nos francs.
Au cours de 4 prochaines années, nous assisterons à l’exploitation des gisements d’uranium du site de Tigidat. La première production commerciale est envisagée pour 2011. Le nombre d’emplois escomptés s’élève à 400, tandis que la production sera de 638 tonnes par an, et ce pendant 17 ans. L’investissement est estimé à 85 milliards de F.CFA.
Enfin, le dernier gisement en attente d’exploitation est celui de Madawalla dont la production commencera en 2011.
J’ai voulu camper le décor pour noter que les perspectives d’exploitation et de ventes de l’uranium sont importantes parce que d’une part, sur le plan international, la demande d’uranium est de plus en plus forte et d’autre part, il y a eu un certain reflux des thèses des mouvements écologistes qui s’opposaient à l’usage même civile de l énergie nucléaire. Comme le disait, le Pr Djibo Hamani avec la raréfaction des autres sources de l’énergie et notamment la principale qui est le pétrole, il y a un renchérissement du pétrole qui a conduit les pays développés à envisager d’autres sources d’énergie dont la plus commode est l’uranium. Depuis lors, on a noté une demande de plus en plus forte de l’uranium et une offre de plus en plus importante au Niger avec le démarrage de nombreuses campagnes de prospections minières. En début 2007, on a assisté à la distribution d’une pléthore de permis dans la région d’Agadez, et à un regain d’activités dans l’acquisition de ce minerai.
Je l’ai évoqué précédemment, l’uranium a représenté des recettes de près de la moitié de notre budget. Apres une période de régression, cette part a tendance à augmenter. Aujourd’hui, l’uranium est devenu un enjeu pour l’Etat du Niger, car ce minerai est une source d’argent pour un pays qui en a énormément besoin, au regard de la situation sociale et des choses urgentes à entreprendre. L’uranium est devenu un enjeu aussi pour les partenaires du Niger, notamment deux d’entre eux. Au premier rang, la France qui va exploitée un gisement, celui d’Imouraren qui représente plus de la moitié des réserves mondiales. En deuxième position, la Chine qui est devenu un sérieux concurrent des pays occidentaux dans la quête de richesses minières. Ce minerai est également important pour les populations locales.
Avec les perspectives d’exploitation d’Imouraren et la revalorisation du prix, l’Etat escompte récolter beaucoup d’argent, même si, ce pactole ne représente rien par rapport aux dommages causés à l’environnement, et à la fuite des capitaux. Cet argent est important seulement quand il est rapporté aux besoins de l’Etat. Si vous faites 200 milliards de recettes au titre de l’uranium, et que vous investissez la moitié dans l’éducation, vous créez les conditions du Niger de demain. C’est dire qu’on ne peut pas cracher sur ce pognon qui peut servir à beaucoup de choses.Mais, il faudra mettre en œuvre une gouvernance qui fera en sorte que cet argent soit utile, rentable, en passant notamment par l’école. A mon avis, c’est la seule piste, car aucun pays ne s’est développé sans passer par la voie de l’éducation. Nous devons nous faire une éthique rigoureuse, en faisant en sorte que la moitié de la part des revenus de l’uranium soit investie dans ce secteur. Il faut se mobiliser pour que cela soit possible.
Areva est non seulement actionnaire majoritaire, mais elle rachète aussi toute la quantité produite. Cette situation présente des avantages et des inconvénients. Pendant les années où le prix de l’uranium sur le marché mondial était bas, le rachat par cette compagnie de notre minerai constituait un privilège. Aujourd’hui, avec la forte demande internationale, l’intérêt du Niger est de vendre sa part à qui veut l’acheter. En 2007, nous avons directement vendus à un prix spot 100 tonnes à une société américaine. Notre avantage est de disposer d’une marge qui nous permet de conserver des stocks que nous pouvons écouler au moment opportun sur le marché libre. Il semble que les accords que nous avons signés récemment ne contiennent pas de clauses nous permettant de disposer d’une partie de notre part. Si cela est avéré, je dis que ce n’est pas bien. Plus grave, les accords sont muets sur les montants auxquels, nos partenaires nous achètent l’uranium. Les conventions parlent plutôt de pourcentages, ce qui n’est pas de nature à nous rassurer sur les prix qui seront pratiqués. Les accords font allusion à une augmentation de 50 pour cent, sans autre précision. Du coup, les journalistes se sont mis à spéculer, certains disant même que le prix du kilo sera vendu à 65.000 F.CFA. Je ne crois pas que ce sera le cas. Ensuite, il y a d’autres clauses qui constituent une régression par rapport aux accords précédents, notamment ceux de Somair et Cominak. Mon parti se battra pour que cette situation s’améliore.
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