Alternative Espaces Citoyens Niger
Déclaration du Parlement sur la rébellion

Vers un accord de paix ?

lundi 21 avril 2008 par Hassane Boukar

Dans une déclaration rendue publique le 12 avril dernier, le parlement dénonce les violations des droits humains occasionnées par la guerre que se livrent l’armée et le Mouvement des Nigériens pour la Justice (MNJ). Il appelle l’Exécutif à tout mettre en œuvre en vue d’une « solution pacifique et durable du conflit » qui sévit dans la région d’Agadez...

Cette prise de position du Parlement arrive dans un contexte où les institutions de la République ainsi que la quasi-totalité des acteurs politiques se sont rangés derrière le Président Tandja, principal partisan de cette guerre. Dans la société civile également, deux camps s’étaient formés, l’un belliciste, mené par le Mouvement citoyen et l’autre par la société civile indépendante et démocratique, regroupant des associations phares telles que Alternative Espaces Citoyens, le CODDH, l’ANDDH, le RODADDHD, etc. Ces dernières n’ont eu de cesse d’organiser des tables rondes et des conférences publiques sur le sujet, de poursuivre le débat dans les médias afin de dénoncer et de démontrer l’absurdité de cette guerre dans le pays le plus pauvre du monde. Ces structures voient ainsi couronner leurs efforts de conscientisation de l’opinion publique et de plaidoyer envers les décideurs politiques et les parlementaires.

Cette sortie du Parlement intervient aussi dans un contexte où le Niger ne cesse de livrer des permis de recherche dans la zone en conflit. Si les retombées sonnantes et trébuchantes de l’octroi de ces permis sont sécurisées, tel n’est pas le cas de la zone où la recherche minière est censée s’effectuer. Ces recherches ne peuvent s’effectuer sans au préalable créer un climat de paix et de stabilité. Le MNJ semble l’avoir bien compris et l’exploitent cette faiblesse à fond. Des coups de feu tirés ici et là, des mines qui explosent, des 4X4 enlevés suffisent pour effrayer et décourager le plus coriace des chercheurs d’or ou de tout autre minerai. Les récentes déclarations d’un ancien chef rebelle qui menace d’engager la « guerre de l’uranium » illustrent parfaitement cet état de fait. Si le pays veut davantage profiter des ressources de son sous-sol, il va falloir qu’il fasse absolument la paix au Nord. Rien ne sert donc de continuer accuser Kadhafi ou Areva, à voir leur main partout, dés lors même que le Niger pouvait lui-même inviter ses enfants égarés à discuter autour d’une table. D’autant plus que les conséquences sur les populations civiles sont catastrophiques.

Ce conflit qui dure depuis quatorze mois a en effet occasionné « des pertes de plusieurs milliards CFA, le déplacement massif des populations vers des lieux précaires, la fermeture des projets de développement » a rappelé le Parlement. Autant d’arguments déjà développés par les partisans du dialogue inquiets de voir une partie de la population nigérienne vivre quotidiennement le martyre. Car, pendant ce temps les rebelles, eux, ne cessent d’élargir leur champ d’action à l’ensemble des régions du pays. Les dernières à connaître leurs raids meurtriers sont celles de Diffa, dans la localité de Gadira, et de Tillabery. Ainsi, toutes les huit régions du pays risquent d’être sérieusement ébranlées et mises à mal. L’option de faire la guerre pour taire le MNJ dure plus d’un an ; il faut se rendre compte qu’elle a atteint ses limites objectives. Alors que d’importants moyens humains et matériels sont mobilisés dans la région d’Agadez afin de les contenir et les combattre, les rebelles arrivent, malgré tout à attaquer où ils veulent apparemment, en utilisant l’effet de surprise, propre à la guérilla. Si on continue dans la même lancée, l’armée nationale risquera de connaître elle-même de lourdes pertes avant éventuellement de mettre hors d’état de nuire le MNJ. Or, le pays et en particulier la région d’Agadez ont déjà payé cher en vies humaines et en infrastructures dévastées. L’option de la force ayant échoué, Il restait au gouvernement à trouver des arguments plus convaincants pour emmener les Nigériens, de plus en plus pauvres, à continuer à tolérer la guerre. Or, les autorités ne semblent plus avoir de tours de passe-passe dans leur sac.

A regarder de près la situation aujourd’hui, il est à craindre que le Président Tandja ne soit prisonnier de ses propres choix. Il avait placé haut la barre en déclarant qu’il ne négociera jamais avec des « munafikis » et des hors la loi ,et avait pu rallier du monde derrière lui ; d’une part, ceux qui veulent de cette guerre de mauvaise foi, de l’autre ceux qui croyaient sérieusement que seule la guerre importait face à des rebelles « avec lesquels il est inutile de négocier ». Il a aussi laissé ses thuriféraires monter les enchères au point où aujourd’hui, pour négocier il lui faut un argument de taille. Car, on ne peut passer d’une extrémité à une autre du jour au lendemain, sans perdre la face. S’étant enfermé dans ce piége, Tandja ne voyait plus comment en sortir la tête haute. Conscient de ce malaise, le Parlement lui a tendu une perche, si ce n’est lui-même qui a provoqué cette sortie insolite des élus du peuple via sa majorité parlementaire. Et à présent, il pourra dire qu’il se pliera désormais à la volonté populaire. Suivistes, les partis de l’Opposition ont encore été amenés à changer de fusil d’épaule, eux qui, dans leur bon droit, pouvaient depuis longtemps se démarquer de la position belliciste présidentielle et appeler au dialogue et à la négociation. Récemment encore, lors d’une Table ronde portant sur la question uranifère, le vice-président du PNDS-Tarraya soutenait mordicus que son parti comptait absolument sur l’intervention des forces armées pour éradiquer définitivement le MNJ, afin de dissuader tout autre émule et que la paix soit instaurée définitivement. Ses collègues parlementaires viennent de lui donner tort. A trop vouloir le beurre et l’argent du beurre !

Abba Hassane


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