Message à la Nation du 3 août : Ce que Tandja n’a pas dit !
jeudi 21 août 2008 par Albert Chaïbou
Le 3 août est traditionnellement la date anniversaire de l’accession du Niger à l’indépendance. Sous la première République, elle était fêtée avec faste. Les militaires qui ont renversé le 15 avril 1974 le régime de Diori Hamani avaient mué la célébration de l’indépendance en « fête de l’arbre ». L’argument avancé à l’époque, années de sécheresse, était de dire que la désertification menaçait dangereusement le Niger et qu’il fallait pour ce faire planter des arbres. Ainsi, dans l’année, une date a été trouvée : le 3 août. Le choix n’est pas fortuit. Il procède de la légitimation des militaires putschistes qui voulaient effacer de la mémoire collective des Nigériens cette « référence » au régime qu’ils ont renversé. Depuis, tous les régimes qui se sont succédés – même les plus démocratiques – ont célébré cette date comme la « fête de l’arbre » plutôt qu’une fête nationale de l’indépendance. Très curieusement, les autorités de la 5e République avec à leur tête le Président Tandja - un ancien membre du Conseil militaire suprême - ont donné cette année un cachet exceptionnel à l’évènement. En effet, quelques jours avant la date fatidique du 3 août, la télévision nationale commença à égrener le temps avec chaque soir, un regard sur un pan de ce passé politique. On s’interroge sur ce regain d’intérêt pour cette date historique que certains ont voulu enterrer au pied des plants d’arbres. Il aura fallu la veille de cette célébration pour connaître les raisons. C’est ce 48ème anniversaire de la proclamation de l’indépendance du Niger que Tandja a choisi pour poser la première pierre de la construction du Barrage de Kandadji. A quelques mois de son mandat finissant, le Président a voulu marquer symboliquement par ce geste, sa deuxième entrée dans l’histoire du Niger – sa première étant celle de son élection en 1999 à la magistrature suprême du pays. Un peu comme dans la tradition des présidents de la Vème République en France où le nom de chacun se trouve être lié à la réalisation d’une grande œuvre culturelle, un musée parisien. C’est ainsi que Pompidou fut immortalisé par le Musée d’art moderne, Giscard le musée d’Orsay, Mitterrand le grand Louvre, et Chirac le Musée du Quai Branly.
Au Niger, Tandja a peut-être voulu ainsi lier son nom au Barrage de Kandadji qui a, depuis les années 1970, été le rêve à réaliser. De Diori Hamani à Seyni Kountché en passant par Mahamane Ousmane et Ibrahim Baré Mainassara, tous ont tenté de concrétiser ce rêve. Après 48 ans d’indépendance, c’est Tandja qui en pose les jalons !
Nos confrères des médias d’Etat depuis quelques jours ne tarissent pas d’éloges à l’endroit du Président, présenté comme l’homme providentiel, celui grâce à qui le Niger est en train d’accomplir des progrès importants dans le domaine socio-économique et politique.
Tandja lui-même, nous est apparu auto-satisfait dans son message à la nation le 3 août dernier. Son discours a été à l’occasion, un discours-bilan de son mandat à la tête du pays depuis bientôt une décennie. Satisfecit total en effet pour le Président : depuis 1999, le payement du mois de salaire n’est plus un évènement. Au contraire, les salaires des fonctionnaires ont été valorisés. Les classes en dur, les centres de santé, les adductions d’eau potable ne sont plus désormais limitées à quelques grosses agglomérations ; l’écrasante majorité de nos villages en est désormais pourvue. L’électricité a jailli dans les bleds les plus reculés comme le pétrole jaillira bientôt dans l’extrême Est du pays et Niamey la capitale aura, inch’Allah, son deuxième pont. En faisant la somme de tous ces progrès, le président Tandja arrive au constat suivant : « Aujourd’hui, partout à travers le monde, le regard porté sur le Niger a radicalement changé ; il est celui d’une nation en progrès constant, …une nation qui est entrée dans le cercle très restreint des Nations qui gagnent ». En un mot, il aurait pu dire : le miracle nigérien, c’est moi !
« La dynamique du développement étant désormais déclenchée », il ne reste plus au Niger, selon Tandja, qu’à relever le défi d’assurer aux Nigériens l’autosuffisance alimentaire par le développement de l’agriculture, la valorisation du potentiel bétail, la lutte contre la désertification et l’indépendance énergétique. Le défi sécuritaire n’a pas fait l’objet d’un développement par le Président qui continue à qualifier la rébellion dans le Nord de « groupes de bandits armés ». Il a juste réitéré sa volonté annoncée à l’occasion de la Journée nationale de la Concorde, à savoir « rester ouvert aux discussions constructives dans le respect des lois et règlements de la République ».
Parlant d’un autre de ses chantiers, celui de « l’assainissement des finances publiques », il a soutenu sa ferme volonté de le poursuivre et même de l’intensifier car, dit il, « nous ne pouvons plus nous contenter de déplorer, nous devons agir pour en finir avec cette propension que développent certains responsables à mal gérer et à s’accaparer des biens publics ». Des mots qui feront sans doute tilt dans la tête de Hama Amadou, l’ex-Premier ministre, aujourd’hui pensionnaire de la prison de Koutoukalé.
Le message à la nation du 3 août n’a donc finalement été que l’éloge par Tandja de son propre pouvoir. Mais il y a certainement une chose sur laquelle les Nigériens attendaient de leur Président une réponse : ce sont ces rumeurs et ces analyses qui ne cessent d’alimenter les colonnes de certains journaux locaux qui lui prêtent une intention de triturer la loi fondamentale pour pouvoir briguer un troisième mandat.
Nonobstant les assurances données par certains ténors politiques, y compris ceux de l’Opposition, ce mutisme de Tandja, amplifie néanmoins les débats dans les cercles politiques et dans les rédactions. Se représentera t-il ou non en 2009 ? La question taraude en tous cas sérieusement les esprits. Dans les Etats-majors des partis politiques, on spécule mais on préfère surtout attendre le moment où il sortira au grand jour pour dire ses intentions de briguer ou non un troisième mandat. Tandja, lui, semble ne pas se préoccuper de la question. Comme aiment dire ses partisans, il est plutôt occupé par ses « grands chantiers » ! N’est-ce pas pour emprunter de nouveau les sentiers de la Présidence ?
Albert Chaibou
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