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Interview exclusive de Bokar Mohamed Sougouma alias Warabé, Président des Forces Armées Révolutionnaires du Sahara (fars)

« Alambo a menti, j’ai quitté le MNJ de moi-même... »

vendredi 29 août 2008

Bokar Mohamed Sougouma dit Warabé, président par intérim des Forces révolutionnaires du Sahara, ex-front armé de la rébellion Toubou dans le Kawar (au Nord du Niger) qui a rallié en décembre 2007 le Mouvement des Nigériens pour la Justice (MNJ), a quitté fin juillet dernier la base de la rébellion armée pour se rendre à Dirkou où, au cours d’une cérémonie retransmise par la télévision nationale, il a solennellement déclaré avoir « déposer sans condition les armes pour rentrer au bercail ». Le Dimanche 24 août dernier quelques éléments qui se réclament aussi des FARS et qui auraient fait défection du Mnj, procèdent à Gouré dans la région de Zinder, à la remise d’un important arsenal de guerre composé de 500 mines antichars, des roquettes, des fusils d’assaut et des munitions. Au cours de cette cérémonie qui a lieu dans la cour du poste de Gendarmerie de Gouré et à laquelle assistaient le gouverneur de la région de Zinder et d’autres personnalités civiles et militaires, une mine explose. Bilan : un civil tué et une quarantaine de blessés parmi lesquels le gouverneur de Zinder, Yahaya Yandaka, le commandant de la zone de défense militaire de cette région, un député et un maire. Peu de temps après, le Mnj annonce sur son blog que « ce qui est survenu à Gouré n’est nullement un accident ». Selon ce mouvement, la mine qui a explosé provient de l’arsenal montré à la télévision nationale et qui aurait été acheté à la frontière du Tchad, pour le compte de l’armée nigérienne par Bokar Mohamed Sougouma et Boudal Bilal, la victime de l’explosion. Toujours selon le MNJ, l’explosion aurait été « provoqué par les éléments des FARS trahis par leur chef Boukar Sougouma ». Le Mnj soutient d’autre part qu’il avait chassé de sa base Bokar Sougouma le 6 juillet dernier, après avoir découvert qu’il travaillait clandestinement pour le pouvoir en place, en fournissant à l’armée des informations militaires. Dans l’ interview exclusive qu’il nous a accordée, le président des FARS, Bokar Sougouma, donne sa version des faits. Pour lui, tout ce qui a été dit sur lui et les FARS ces derniers temps sur le blog du Mnj, n’est que mensonge et dénigrement.

En Décembre 2007 vous déclariez dans un communiqué diffusé sur le site du MNJ que « les FARS existent toujours » et qu’elles se sont ralliées au MNJ. Pourquoi aviez-vous repris les armes après les différents accords de paix et la cérémonie de la Flamme de la paix ?

Nous avons rejoint le MNJ en ce temps parce que nous avions estimé que les accords additionnels d’Alger n’ont pas été respectés. La région du Kawar-Manga est restée une des plus démunies du pays. En rejoignant le MNJ, nous avions voulu, à notre sens, combattre cette injustice.

Il y’a quelques jours, vous déclariez solennellement que « vous déposez les armes sans condition pour rentrer au bercail ». Qu’est ce qui s’est passé au juste ? Y’a-t-il eu quelque part une médiation entre le gouvernement et les FARS ?

Vous savez, même s’il n’y a pas eu officiellement de médiation entre le gouvernement et nous, je peux vous dire que plusieurs personnes, en l’occurrence des sages et des notabilités de la région du Kawar-Manga, ont joué les bons offices. En plus, il y’a eu l’appel du président Tandja qui a demandé de déposer d’abord les armes avant toute négociation. Par respect à tous ces appels et ayant foi que seule la négociation peut nous conduire sur le chemin de la paix, nous avons décidé de quitter le maquis et déposer les armes.

Le MNJ a rapporté sur son blog je cite : « Nous avons chassé Bokar Sougouma à Tefarawat le 6 juillet 2008 ; il est rentré à Agadez sur une moto que nous avons bien voulu lui donner... sans son Thuraya que nous avons pris le soin de confisquer et sur lequel nous avons relevé tous les numéros des hommes politiques et des officiers des FAN auxquels il rendait, pendant tout son séjours au MNJ, régulièrement compte dans le cadre de la mission de renseignement qui lui a été confiée par eux ». Que dites- vous ?

Ce ne sont que des mensonges distillés par Aghali Alambo. D’abord c’est archifaux de dire que le MNJ m’a chassé de sa base comme un vulgaire espion, un malpropre. Avant de partir, j’ai informé Alambo de ma décision. Le jour de mon départ - je précise que mes éléments étaient partis peu de temps avant - Alambo m’a même donné la somme de 40000 francs CFA comme « argent de poche ». Je suis écoeuré d’apprendre aussi que mon téléphone thuraya m’a été confisqué, alors même qu’il a été volé avant mon départ du MNJ. Avec Alambo, nous l’avons d’ailleurs vainement cherché. Les FARS avaient, certes à l’époque, rallié le MNJ mais elles sont toujours restées fidèles à leurs principes. Vous savez, chez nous les Toubous, nous cultivons le sens de l’honneur et de la dignité. Par respect à certains hommes qui composent le MNJ avec qui nous avions passé des moments difficiles dans le maquis, je ne voudrais pas dévoiler certains secrets ou dénigrer de « vieux compagnons ». S’il est vrai que je travaillais durant tout mon séjour au MNJ pour le pouvoir, il y’a longtemps que l’armée aurait fini avec le MNJ. Je n’ai jamais été complice de qui que ce soit. Tout ce que je peux dire, c’est que Aghali Alambo n’est pas sérieux. Pendant plus d’une année, je l’ai vu à l’œuvre, c’est un vrai trafiquant de drogue !

En déposant les armes, est-ce que vous renoncez désormais à vos revendications d’hier, à savoir la vérité sur l’assassinat de Chahaï Barkaye et le respect des accords additionnels d’Alger ?

Le dossier de l’assassinat de notre frère et compagnon Chahaï Barkaye, est actuellement dans les mains de sa famille. La justice s’occupera ensuite de ça. Pour le respect des accords additionnels d’Alger, nous attendons ce que nous dira la partie gouvernementale qui nous a demandé de déposer les armes pour venir négocier. Nous avons répondu à l’appel du Président de la République, je pense que la balle est dans leur camp maintenant.

Qu’est-ce qui s’est réellement passé à Gouré ?

J’étais à Agadez, quand la nouvelle de l’explosion de la mine nous est parvenue. Nous déplorons hélas la mort d’un de nos frères, Boudal Bilal et le cas des nombreux blessés. Contraire-ment à ce que dit le MNJ, il s’agit bel et bien d’un accident et ce ne sont pas des éléments des FARS. C’est un groupe armé différent du nôtre. Cependant, je connais tous les membres du Groupe. Ce sont des gens de notre communauté. Les FARS, elles, ont rendu les armes à Dirkou, dans la région d’Agadez.

Si ce n’est un secret, d’où vous proviennent toutes ces armes ?

Dans notre sous-région, les armes entrent et circulent de façon anarchique. Si vous avez du pognon, vous avez des armes. Les armes que nous avons remises proviennent d’un ancien stock des FARS. A aucun moment nous n’avons acheté des armes pour le gouvernement, ou l’armée du Niger, comme le prétend le MNJ. Les FARS avaient ces armes depuis 1996. Le MNJ avait tout fait pour que j’aille chercher ces armes, mais j’ai refusé. A la faveur de l’appel du président Tandja, je suis parti les sortir et les rendre au gouvernement du Niger.

Pensez-vous qu’aujourd’hui le MNJ est affaibli ?

Pour moi, le MNJ est un front en lutte que j’avais rallié en décembre 2007, mais que j’ai quitté aujourd’hui pour me mettre au service de la paix. Je respecte la cause pour laquelle il lutte. Il y’a des hommes au sein de ce front qui m’inspirent confiance mais pas Aghali Alambo.

Propos recueillis par Albert Chaïbou


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