Alternative Espaces Citoyens Niger
Fin 2009

Pourquoi Tandja doit partir...

lundi 27 avril 2009 par Albert Chaïbou

Le Tazartché a désormais sa « mascotte » en la personne d’Aboubacar Mahamadou alias Dan Dubaï, un personnage sorti non pas des Emirats comme son sobriquet l’indique, mais bien du chapeau d’un magicien de la politique habile à faire gagner un non partant ! L’homme a entamé à travers le pays (aux frais de la princesse ?) une vaste campagne pour faire adhérer les populations à son mouvement dont l’objectif est de voir le président Tandja prolonger son mandat de trois ans. Son discours incohérent et cousu de flatteries est repris à chacune de ses étapes par une meute de courtisans avec cette litanie qu’on connaît désormais : « la pose de la première pierre du barrage de Kandadji et de la raffinerie de pétrole de Zinder, le deuxième pont et l’abattoir moderne de Niamey, le port sec de Dosso, l’exploitation du charbon de Salkadamna et blabla… » .

La télévision et la radio nationales sont utilisées pour amplifier ce message, en faisant croire qu’il s’agit de celui du peuple nigérien. Mais quel peuple ? Sans doute pas celui-là qui a déjà exprimé en 1999 sa volonté, à travers la constitution qu’il s’est librement donnée, en limitant le mandat présidentiel à deux.

Le président Tandja qui « aime cette constitution et qui ne voudrait pas pour rien au monde la changer »(sic) a réalisé la prouesse d’obtenir par deux fois le suffrage des Nigériens.

En décembre prochain, il aura passé dix ans à la tête du pays. Sa gestion, même si elle n’a pas été totalement calamiteuse, est marquée tout de même par de grands échecs : l’école publique devenue une fabrique de chômeurs dont la plupart, issus des milieux pauvres, est toujours malade.

L’économie essentiellement rurale et dominée par l’informel est improductive. Le pays où 62,1 % de la population vivent en dessous du seuil de pauvreté (selon l’approche, monétaire) et 70% (selon l’approche degré de satisfaction des besoins essentiels) ne parvient pas à satisfaire ses besoins alimentaires.

Sur le plan sanitaire, il n’y a pas non plus d’embellie : la majorité des nigériens n’a pas accès aux soins primaires de santé. Le secteur industriel reste très limité et dégradé. La paix reste à faire dans la partie septentrionale où l’économie et l’administration sont déstructurées et où les violations des libertés et des droits de l’homme sont monnaie courante du fait du conflit armé qui y sévit depuis février 2007.

Le baromètre de la liberté de la presse est en constante baisse sous la mandature de Tandja avec les multiples tentatives de muselage, d’intimidation, d’arrestations et d’emprisonnement des journalistes de la presse indépendante.

Si le bonus de 127 milliards FCFA du contrat signé entre le gouvernement et une compagnie pétrolière chinoise pour l’exploitation du bloc Agadem a été reversé au budget national, sa répartition entre les divers secteurs bénéficiaires et les multiples tractations menées en amont (de la signature du contrat) par certains cabinets internationaux et autres intermédiaires locaux restent cependant flous. Une opacité dénoncée par les organisations de la société civile tout comme ces mauvaises négociations du contrat d’exploitation du méga gisement d’uranium d’Imouraren par Areva au cours desquelles le Niger a renoncé -on ne sait trop pourquoi- aux 40% exigés au départ pour se contenter seulement de 33,35%, abandonnant ainsi la part du lion au groupe nucléaire français.

Autant d’espoirs déçus qui montrent, si besoin est, que le discours exagérément flatteur de la gestion de Tandja durant ses deux mandats ne reflète pas la réalité du terrain. Tandja doit partir parce que la constitution, expression de la volonté populaire, lui interdit de continuer au delà de ses deux mandats.

Le mouvement Tazartché est une aberration qu’il se doit d’éviter, de cautionner, au risque de conduire le pays vers une instabilité politique. Déjà, le chef de file de « l’opposition carpe » qui est restée muette depuis trois ans a, dans sa quête d’une alternance politique, décidé de sortir enfin la tête de l’eau en annonçant dans une déclaration musclée son intention de tout faire pour empêcher au projet Tazartché de se réaliser. Avant elle, les organisations de la société civile étaient depuis plusieurs mois sur le terrain du combat contre toute velléité de remise en cause des acquis démocratiques. Même dans les rangs des partis de la majorité, certains se consultent et se préparent activement à rejoindre le vaste mouvement qui se dessine contre l’entreprise funeste de Dan Dubaï et consorts. C’est dire que la bataille du droit contre l’arbitraire est désormais ouverte.

Le président Tandja a tout intérêt à se mettre dans le camp de la légalité : partir à la fin de son deuxième et dernier mandat.


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