Quand la suspicion s’installe...
mardi 19 mai 2009 par Albert Chaïbou
A peine ouvertes la semaine dernière à Niamey, les discussions entre Gouvernement nigérien et Fronts armés de la rébellion piétinent. La suspicion s’installe entre les protagonistes. Les rebelles notamment du MNJ et du FFR doutent de la volonté du pouvoir de faire la paix avec eux. Avant toute négociation, ils ont posé des préalables. Il s’agit de « la levée de l’état d’urgence, la libération de toutes les personnes arrêtées en rapport avec le conflit et la déclaration et la mise en œuvre d’une trêve sur le terrain »
Les discussions entamées le 12 mai dernier à Niamey entre le gouvernement et les représentants de deux des trois fronts armés avaient suscité chez nombre de nigériens, l’espoir de voir enfin la paix s’installer dans le pays. En effet, plus de deux ans après le déclenchement du conflit armé au Nord, le Président de la République, Mamadou Tandja qui s’était toujours muré dans une position guerrière occultant toute négociation avec ceux qu’il qualifiait de « bandits armés, de terroristes et de trafiquants de drogue », avait le 3 mai dernier à Agadez où il était parti poser la première pierre du complexe industriel d’Imouraren, rencontré à huis clos, les délégués des trois fronts de la rébellion à savoir le Mouvement des Nigériens pour la Justice (MNJ), le Front des Forces de Redressement (FFR) et le Front Patriotique Nigérien (FPN) venus tout droit de la Libye, le pays du médiateur kadhafi. Ce jour là, Tandja contre toute attente, avait mis son option guerrière au placard, découvrant subitement que les « bandits armés et les trafiquants de drogue » n’étaient autres que « nos enfants, les enfants nigériens ! ». Des retrouvailles minutieusement préparées sur les bords de la méditerranée.
Même si un accord n’a pas encore été signé entre les protagonistes, on peut tout de même se réjouir de la volonté affichée de part et d’autre d’enterrer la hache de guerre. Une prédisposition au dialogue qui devait amener le gouvernement et les rebelles à tracer le chemin de la paix. Rude tâche à laquelle se sont attelés depuis quelques jours, les deux parties. Même si le FFR de Rhissa Ag Boula a renoncé d’envoyer ses représentants aux discussions de Niamey qu’il qualifie de « mascarade », les deux autres fronts eux, ont fait le déplacement. Rencontre avec le ministre de l’Intérieur puis avec le Premier ministre. Ahmad Ogaya, l’un des deux délégués du MNJ, interrogé par RFI a annoncé que son front va continuer à discuter avec le gouvernement nigérien à la demande duquel ils se rendront à Agadez avec le comité technique pour la paix, en vue de faire une ébauche des modalités pratiques du désarmement. Ces modalités impliquent le cantonnement et la réinsertion des combattants estimés selon les rebelles à 3000 personnes.
Issouf Ag Maha, porte parole du FPN, est assuré lui que « le ministre de l’Intérieur est totalement ouvert aux propositions qui seront faites par le comité technique. « Il nous a donné, dit- il à RFI, la garantie que le gouvernement prendra en compte les propositions faites par le comité technique ».
En attendant l’ouverture des négociations, les fronts armés ont soumis des préalables. Il s’agit de la levée de la mise en garde qui frappe depuis 2007 la région d’Agadez, la libération des prisonniers, le retour des militaires dans leur base et l’amnistie générale. Du côté du gouvernement, des promesses ont été faites notamment la libération des prisonniers et l’amnistie. Pour le FFR, ce n’est pas suffisant. La preuve annonce t- il sur son blog : « la mise en garde demeure, des dizaines de civils sont toujours détenus dans les geôles du pays ». Le MNJ qui a participé à Niamey aux discussions avec le gouvernement s’emballe aussi. Dans un communiqué daté du 11 mai dernier, diffusé sur son blog, ce front tout en rappelant sa « disposition et son attachement à trouver une solution au conflit qui l’oppose au gouvernement par la voie de la négociation » appelle le président Tandja et son gouvernement à « ne pas occulter ses revendications politiques notamment la question du droit des populations sur le foncier,la juste rétribution des retombées économiques minières et le refus de la marginalisation politique de certains groupes ethniques du pays ». Le MNJ va plus loin en annonçant qu’« il ne déposera pas les armes sans qu’au préalable des négociations ne soient menées autour de ses revendications politiques ». En outre, il se rebiffe même de son intention annoncée au départ de se rendre à Agadez avec le comité technique pour préparer les modalités pratiques du désarmement. Dans un communiqué diffusé le 16 mai dernier sur son blog, le MNJ dit avoir découvert le manège du gouvernement qui aurait l’intention de vouloir organiser un simulacre de « Flamme de la paix » au cours duquel ses deux émissaires seront mis, malgré eux, devant le fait accompli ». Aussi, pour le MNJ tout comme le FFR, l’ambassadeur de la Libye au Niger, désigné comme médiateur, n’est pas à la hauteur de sa mission car selon ces deux fronts, l’émissaire libyen se montrerait « partial » et « maçonnerait le champ du clanisme pour assouvir ses intérêts et ceux du président Tandja ».
Des propos à l’emporte-pièce qui font installer la suspicion entre les deux camps (gouvernement et rebelles) et qui risquent de compromettre un règlement rapide et négocié du conflit armé. Il est alors temps pour les protagonistes de se ressaisir en relevant et en surmontant ensemble toutes les entraves à l’ouverture des négociations qui devaient déboucher sur la signature d’un accord de paix durable.
Gouvernement et rebelles doivent donc tout faire pour ne pas laisser voler en éclats l’espoir du peuple nigérien qui ne s’est pas encore remis du « sad end » de l’épisode Mena cadets en Algérie.
