Alternative Espaces Citoyens Niger
Entretien avec Sanoussi Tambari Jackou, président du PNA Al Oumat

“Le prochain parlement peut introduire des modifications dans la Constitution...”

samedi 26 septembre 2009 par Diori Ibrahim

Par arrêt N°08/09/CC/ME du 19 Septembre dernier, statuant en matière électorale sur l’éligibilité des candidats présentés par les partis politiques et les indépendants, aux élections législatives du 20 octobre prochain, en son audience publique, la cour constitutionnelle a déclaré 765 candidats éligibles parmi lesquels on dénombre 76 candidats indépendants. Ces candidats se mettent déjà en ordre de bataille pour la conquête des 113 sièges prévus à l’Assemblée Nationale. Président du parti nigérien pour l’autogestion (PNA AL OUMA), Sanoussi Tambari Jackou(STJ), suppléé par sa propre fille, Nathalie Jackou, est un des rares député de la dernière législature à être dans la course. Dans l’entretien qu’il nous a accordé, il est revenu sur la fameuse question d’anciens parlementaires et les raisons de son retrait de la coordination des forces démocratiques (CFDR) » avant d’ébaucher des perspectives d’avenir.

La participation de votre parti aux prochaines élections législatives est-elle une reconnaissance tacite de la VIéme République ?

STJ : Le PNA Al ouma, après une longue réflexion approfondie a souverainement décidé de participer aux élections législatives prévues pour le 20 Octobre prochain. Nous participerons également aux autres élections : municipales, départementales et régionales. Il est vrai que nos anciens amis de la CFDR, ne reconnaissent pas la VIème république pour des raisons que nous avions partagées ensemble en son temps. Mais pour nous, un régime républicain, lorsqu’on le vit, qu’on le reconnaisse ou non, ça ne sert à rien du tout à partir du moment où on s’y soumet. La reconnaissance est une chose, l’obéissance ou la soumission en est une autre chose. Et lorsque la soumission précède la reconnaissance ou inversement, nous ne voyons absolument aucune différence.

A combien de régimes politiques nous nous sommes soumis au Niger ? Nous sommes fréquemment tenaillés entre le droit de la force et la force du droit. C’est ainsi que nous avons été soumis au régime de la première république puis au régime militaire de Kountché qui n’était pas constitutionnel et qui gérait le pays sur la base d’une simple déclaration de 15 Avril 1994 et une ordonnance portant organisation des pouvoirs.

Nous avons été ensuite soumis au régime de Ali Saibou, à celui du régime militaire de Baré et enfin de Wanké. En somme, nous n’avons fait que nous soumettre malheureusement aux régimes militaires depuis pratiquement l’indépendance du pays. Je considère aussi que nous n’avons fait que nous soumettre à des constitutions qu’on nous a imposées. Certains compatriotes méconnaissaient jusqu’à l’existence de ces constitutions que nous avions connues. Quel était le degré d’acceptation de la constitution de la première République par les nigériens ? Quel était le degré d’acceptation des autres constitutions antérieures par les nigériens ? Les nigériens n’ont donc connu que des régimes de fait car toutes les constitutions n’ont qu’un faible taux de participation à l’image du régime de la VIème république qui a imposé au peuple sa constitution. Par conséquent, de la même façon que je n’ai rien pu contre les autres régimes imposés, je ne peux malheureusement rien contre celui-ci. Toutefois, malgré la procédure biaisée et anticonstitutionnelle ayant conduit à l’avènement de cette République, le prochain parlement, peut plus tard introduire des modifications dans cette constitution pour lui apporter les corrections nécessaires même si par ailleurs cette situation rend compte d’un état d’esprit militaire qui pense que les civils ne savent pas diriger du tout, et Tandja est un produit de cette école. De toute façon, au stade actuel il n’y a que deux issues possibles : comme on le dit couramment, ou chacun des protagonistes accepte de se mettre autour de la table de négociation, mettr de l’eau dans son vin, fasse des concessions et abandonne ses positions extrémistes en vue de trouver une position consensuelle pour le Niger, ou au cas contraire, si les tensions continuent à monter, je crains fort que la dictature ne s’installe une dictature civile ou une dictature militaire et je ne le souhaite pas. La négociation n’est certes pas facile car Tandja tient à sa VIème République, il ne va pas en démordre. Quant à l’autre partie, la CFDR, elle, s’en tient mordicus à la 5eme République. Mais entre les deux républiques est-ce qu’on peut trouver un modus vivendi ?

Quelles sont les raisons qui justifient le départ du PNA de la CFDR ?

STJ : Le PNA Al ouma a fonctionné dans le cadre de sa propre logique qu’il trouve absolument cohérente et conséquente. Aux premières heures de tazartché nous avions exprimé notre opposition depuis donc le 23 Décembre dernier, le lendemain de la remise du mémorandum au parlement par les tazartchistes venus de l’intérieur du pays. Mémorandum que les députés ont jugé irrecevable en vertu de la pratique politique à la française qui, contrairement aux anglophones, ne reconnaît pas la transmission de la pétition au parlement. Mieux, le règlement intérieur de l’assemblée interdit aux dirigeants de l’Assemblée de recevoir des pétitions. Mais les tazartchistes ont préféré un passage en force. Nous avons accepté de participer avec aisance, beaucoup de sincérité, engagement et détermination pour ce combat dans le but d’empêcher le référendum jugé anti constitutionnel ; et nous y avions cru. Malheureusement notre parti a constaté que nous n’avons pas pu l’empêcher et nous avions dit que si en ce moment nous n’avons pas pu le faire et bien il nous sera difficile de le faire par la suite. C’est donc un raté ! A partir de ce moment nous nous sommes dits qu’il faut réfléchir pour que notre parti ne s’engage pas dans une voie d’impasse. Il faut souligner que parallèlement nous avons dit qu’il fallait s’opposer au référendum en allant voter NON et nous, forces anti tazartché réunies, nous pouvions très probablement l’emporter sur les tazartchistes. Mais nous n’avions pas été suivis. Et ça n’a pas marché et nous n’avions pas été surpris. Nous avons aussi dit qu’il ne fallait pas quitter la Commission électorale nationale indépendante (CENI). Là aussi nous n’avions pas été écoutés. C’est pourquoi, ayant fait ce que nous avions pu, nous avions souverainement décidé d’aller aux élections. Certes nous n’avons pas fait des déclarations officielles et solennelles pour dire que nous avons quittés le FDD ou la CFDR. Seulement, nous avons suspendu notre participation aux réunions et aux déclarations de ces organisations. Ce n’est donc pas une situation d’un pied dedans un pied dehors, c’est une situation de retrait à côté. Nous ne voulons pas les déranger dans leur réflexion et dans leurs actions. Nous avions aussi un autre principe que nous avions énoncé depuis le début qui consiste à éviter les catastrophes anti républicaines : nous avons dit que ce sera la troisième grande crise politique que nous connaissons au Niger ; les deux premières ont conduit à des coups d’Etat en 1996 et 1999. Alors, les mêmes causes produisant les mêmes effets, nous avons soutenu qu’il faut éviter un remake. Nous ne voulons pas mettre de l’huile sur le feu. Notre position n’est donc contre personne, c’est juste le fruit de notre souveraine réflexion au sein de notre formation politique.

Quelle analyse faites-vous des interpellations des anciens parlementaires ?

STJ : Les interpellations des anciens parlementaires étaient prévisibles depuis l’année passée.il y a au Niger un anti parlementarisme très virulent et très malheureux. Il y a des gens qui sont anti parlementaires et ils sont de plusieurs catégories : il y a des citoyens au sein de nos propres partis qui ne veulent pas de ce parlement parce qu’ils veulent remplacer beaucoup d’entre nous. Vous avez aussi des gens qui ne veulent pas du tout entendre parler des parlementaires parce qu’ils trouvent anormal que des gens composés des citoyens de tous les niveaux primitifs et élevés, parce qu’ils sont élus se trouvent honorer de cette dignité de député et touchent des revenus élevés. Ce sont des cadres supérieurs titulaires de licence, de maîtrise, de doctorat, d’ingénieurs et autres qui ont pour l’essentiel un revenu de moins de 200.000 f par mois alors qu’ils apprennent que le député gagne plus d’un million. Il y a donc de quoi s’en offusquer et d’en vouloir aux députés. Il y en a d’autres qui pensent que les députés ont commis des malversations. Tous ceux qui fustigent les députés, auraient dû aussi fustiger tous les auteurs de détournement des deniers publics. Nous, au niveau de l’opposition, nous avons passé pratiquement 5 à 7 ans en train de dénoncer les détournements des deniers publics et il y a des gens qui nous ont combattus en son temps et qui sont aujourd’hui parmi ceux qui en veulent seulement aux députés. Cette fixation contre les parlementaires est tout simplement malhonnête. Moi, ça me chiffonne cette histoire de détournement des fonds publics par les parlementaires. Ce que nous avions perçu comme indemnités par délibération est validé par la loi des finances au même titre que les fonds politiques attribués au Président de la République, au Président de l’Assemblée, au Premier ministre et à d’autres ministres. Pire en 2006, il a été transmis au parlement un projet de loi des finances où le gouvernement avait prévu des fonds politiques dans le compte des gouverneurs de régions à raison de 31 millions par an et par gouverneur et à des préfets variant entre 6 et 12 millions par an et par préfet. Lorsque nous l’avions rejeté au niveau de l’Assemblée, le gouvernement a contourné la sentence du vote des parlementaires pour attribuer les mêmes fonds politiques aux préfets et aux gouverneurs sous un autre nom : « fonds d’intervention ». C’est des faux fonds d’intervention. Pourquoi personne n’en parle et personne n’en fait un détournement des fonds publics ? C’est vrai qu’il y a eu des erreurs au niveau de l’Assemblée Nationale mais l’acharnement dont les parlementaires sont victimes aujourd’hui, est totalement disproportionné par rapport à la nature des erreurs commises. Tout calcul fait, l’Etat du Niger doit de l’argent à certains parlementaires. A titre d’exemple, l’Etat me doit environ un million car les primes qu’on doit verser aux parlementaires après dissolution de l’Assemblée Nationale nous ont été jusque-là refusées.


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