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Après la prise du pouvoir par l’armée

Les défis de la junte

mardi 2 mars 2010 par Albert Chaïbou

« Qui sème le vent, récolte la tempête ». Cet adage traduit bien ce qui est arrivé le 18 février 2010 à Mamadou Tandja. Depuis plusieurs mois, l’homme qui s’est maintenu contre vents et marées au pouvoir par des voies détournées, affichait une indifférence maladive au dialogue entamé sous les auspices de la CEDEAO. Telle une arapède sur une roche, il n’a pas voulu lâcher le fauteuil qu’il devait quitter normalement le 22 décembre 2009. Mais l’armée dont il est issu, a décidé ce jour là de mettre fin à son régime. Dans toutes les régions du pays, le peuple a poussé un ouf de soulagement en sortant massivement saluer ce putsch.

Le Conseil Suprême pour la Restauration de la Démocratie (CSRD), l’organe militaire qui a pris le pouvoir, s’est fait visiblement un point d’honneur d’annoncer qu’il n’a aucune intention de s’éterniser au pouvoir encore moins de le conquérir par les urnes. Son agenda est dit-il d’organiser après une transition consensuelle, des élections libres et transparentes avant de partir, comme en 1999 avec le Conseil de Réconciliation Nationale (CRN).

La page de la sixième République a été ainsi tournée à la pointe de la baïonnette. Celle de la cinquième, est elle, jetée aux oubliettes par les opposants qui y avaient renoncé pour permettre au dialogue initié par la CEDEAO d’aboutir. C’est dire que le Niger passera bientôt à la septième République. Une prouesse car en moins de deux décennies d’expérience démocratique, le pays aura connu cinq Républiques. Un chemin que des vieilles démocraties comme la France ont mis plus d’un siècle à parcourir. Autant de Républiques qui ont été mises dans la plupart des cas entre parenthèse par l’armée qui, entre 1990 et 2010, période représentant l’ère de la démocratisation, s’est emparé du pouvoir à trois reprises. Une première fois en 1996, une seconde fois en 1999 et la dernière en 2010. A chacune de son intrusion dans l’arène politique, l’armée justifie son intervention comme un devoir moral de défendre la démocratie et de sauver la paix. Ce qui n’a pas été le cas du putsch de 1996 dont l’auteur, le Général Baré Mainasara s’est maintenu au pouvoir après avoir organisé des élections truquées avant d’être assassiné en avril 1999 par ses compagnons d’armes.

Les civils ne sont pas étrangers à cette récurrence des coups d’Etat car très souvent ce sont eux qui en créent les conditions. On se rappelle que ce sont entre autres les désaccords au sommet de l’Etat en 1995, entre Mahamane Ousmane, Président de la République et Hama Amadou, Premier ministre qui a conduit l’armée à mettre fin à la troisième République.

En 1999, c’est surtout la gestion calamiteuse de l’Etat par un régime issu d’un hold up électoral qui en est la cause principale. Sous la sixième République, c’est la soif du pouvoir du président Mamadou Tandja avec toutes les conséquences désastreuses qu’il faisait planer sur le pays, l’affairisme immodéré de son clan ainsi que son refus d’accepter la feuille de route de sortie de crise du médiateur de la CEDEAO qui en sont les principaux facteurs de l’intervention de l’armée.

Aujourd’hui, le Niger entre dans une autre ère de « restauration de la Démocratie » avec, à l’horizon, l’élaboration d’une nouvelle constitution et d’un nouveau code électoral. Le Conseil Suprême pour la Restauration de la Démocratie qui a donné aux Nigériens et à la Communauté internationale un gage de sa bonne volonté à conduire normalement et à terme la transition avec toutes les représentations des couches sociopolitiques du pays, se doit de relever deux défis majeurs.

Le premier défi est celui d’assurer la cohésion dans ses rangs pour que chemin faisant des ambitions personnelles ne viennent pas mettre le holà au projet salutaire.

Le second est de pouvoir par la mobilisation et l’implication de toutes les intelligences du pays, doter le Niger d’une constitution adaptée à son contexte sociopolitique, à sa culture et surtout aux aspirations de son peuple.

Un bon signe pour ce départ : la nomination de Mahamadou Danda comme Premier ministre de la Transition. Cet administrateur et politologue expérimenté (deux fois ministres) jouit du préjugé favorable d’être actuellement neutre politiquement. Ce qui est un avantage de taille surtout dans un pays où les tensions politiques restent vives. La junte lui a donné carte blanche pour former son équipe qui selon lui privilégiera la compétence et non l’appartenance politique.

Il reste que le souci qui doit animer tous les acteurs est de travailler véritablement à refonder la République pour des avancées démocratiques qui permettraient des progrès notables dans tous les domaines. Cette refondation de la République ne sera pas bien sûr celle que péroraient naguère certains zélateurs du régime de Tandja. Mais bien celle qui garantira tous les droits et toutes les libertés aux citoyens et mettra à travers des dispositions fermes, des verrous aux velléités des dirigeants assoiffés de pouvoir. Il s’agira aussi d’assainir la gestion économique et financière du pays et mener une lutte sans merci contre l’impunité.


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