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Organisation du scrutin référendaire

Les ratés du premier test

dimanche 7 novembre 2010 par H B Tcherno

Le 31 octobre dernier, plus de six millions de nigériens sont allés aux urnes pour se prononcer sur le projet de constitution. Cette première étape ouvre la voie à une série de scrutins censés clôturer la transition entamée suite au coup d’Etat militaire du 18 février 2010 qui a chassé Mamadou Tandja du pouvoir. Malheureusement, dans maintes localités, le scrutin référendaire s’est déroulé dans des conditions déplorables qui jettent le discrédit sur un pays naguère réputé pour l’organisation conforme et la maitrise des procédures électorales.

Pour la tenue de ce scrutin à valeur de test pour la junte dirigée par le Général Salou Djibo, la Commission électorale nationale indépendante (Ceni) a ouvert 20.783 bureaux de vote dans 310 circonscriptions électorales, déployés 42. 320 agents électoraux dans les 266 communes que compte le Niger.

En dépit de la machine mise en branle depuis des mois, l’organisation de ce référendum a été émaillée sur le terrain de nombreuses imperfections qui frisent l’amateurisme. Les irrégularités rapportées par les médias nationaux et internationaux constituent des indices de la mauvaise santé de notre système démocratique. Les méchantes langues disent ouvertement qu’il s’agit d’un recul démocratique inacceptable dans un pays rompu depuis l’avènement de la démocratie pluraliste en 1991, à l’organisation des consultations électorales.

Des failles organisationnelles

« On a signalé beaucoup de cartes qui n’ont pas, par exemple, été distribuées à temps ». Cette confession faite par un membre du gouvernement est loin de résumer les imperfections qu’a connues l’organisation du scrutin référendaire. Dans de nombreux centres, les opérations électorales ont débuté en retard, soit parce que le matériel électoral n’est pas disponible, soit parce que les responsables des bureaux ne sont pas arrivés. A l’absence des agents électoraux sont venus se greffer plusieurs problèmes d’ordre logistique : mauvais dispatching du matériel électoral et des bulletins de vote, insuffisance de véhicules de pool, manque de listings, installation d’isoloirs de fortune, cartes d’électeurs endommagées et comportant des erreurs, etc.

Ces insuffisances ont eu pour conséquence fâcheuse de priver de nombreux électeurs munis du précieux sésame de leur droit civique. A Niamey, d’autres moins chanceux ont passé la journée à la recherche soit de leur bulletin, soit de leur bureau de vote. Après une longue balade infructueuse dans les quartiers, ils sont retournés chez eux très remontés contre la Ceni. Les plus furieux racontent à qui veut les entendre que jamais un scrutin n’a atteint un tel niveau de pagaille. Est-ce fait délibérément ou simplement le fruit d’un pur hasard ? Au finish, la seule satisfaction de ce scrutin demeure sans doute le calme qui a prévalu toute la journée. C’est l’occasion, une fois n’est pas coutume, d’attribuer une bonne note aux forces de l’ordre qui ont assuré convenablement leur mission de sécurisation des opérations de vote.

Tirant les leçons des dysfonctionnements relevées, le PM a indiqué que pour les échéances à venir des dispositions vont être prises pour que chaque électeur soit en possession de sa carte. En attendant la concrétisation de cette promesse, la liste des imperfections s’allonge avec des entraves au bon déroulement du scrutin d’une autre nature : la méconnaissance de textes par certains membres de la commission électorale, l’inexpérience et l’esprit prébendier des autres. Attirés par le gain facile, des individus sans aucune expertise électorale parviennent par diverses acrobaties à siéger au sein de cette institution primordiale pour la réussite des élections. Ceci explique pourquoi depuis quelques années, la désignation des membres de la Ceni donne lieu à de véritables compétitions, voire des empoignes. Le manque d’autonomie financière n’est donc pas la seule difficulté majeure à laquelle se heurte la Ceni. Sans réfuter l’explication donnée par l’honorable Président de cette institution, on peut croire que le désordre qui a régné dans certains bureaux ne résulte pas seulement de problèmes logistiques et financiers. Il dénote plutôt d’un problème plus sérieux, celui de la crédibilité de la majorité de gens impliqués dans ce processus électoral. Certes, ce n’est pas le moment d’ouvrir la boîte à Pandore, mais il faudrait avoir le courage de désigner les responsables des défaillances constatées : il s’agit de tous ces exaltés qui ont envahi la commission dans l’espoir de s’en mettre plein les poches. On comprend les motivations cachées derrière les critiques faites à l’endroit du Programme des Nations Unies pour le Développement qui a voulu exercer un contrôle rigoureux sur le fonds d’appui au processus électoral.

Même si elles sont localisées, les failles organisationnelles ont indubitablement affecté le bon déroulement du scrutin référendaire. Toutefois, la messe étant dite, il faut dépasser ce registre écœurant et songer plutôt aux perspectives d’avenir pour éviter la répétition du cauchemar vécu par des milliers d’électeurs désireux d’accomplir leur devoir civique. Il est certain que si le désordre du référendum se répétait à l’occasion des autres scrutins, personne n’acceptera les résultats qui en découleront. C’est probablement pour cette raison que le locataire de la Primature a invité les structures compétentes à éviter la moindre erreur dans l’organisation des élections prochaines, car explique t-il « lorsqu’il s’agit de porter des choix sur des hommes ou des femmes, le débat est très passionné ». Mais pour cela, faudrait-il opter pour la dissolution de la CENI ou pour un nouveau renforcement de ses capacités ?

Alerte dans les centres urbains

Selon les résultats globaux provisoires publiés par la Ceni, la nouvelle constitution a été approuvée par 90,18 % des 3. 538. 326 des votants. Quant au taux de participation, seul enjeu du scrutin, il a atteint 52,65% dépassant largement ceux des référendums pour les IV et Ve République qui ont recueilli respectivement 34,94% et 31,16%. Sur les trois (3) consultations référendaires (26 décembre 1992, 12 mai 1996 et 18 juillet 1999) organisées dans le pays depuis l’avènement de la démocratie multipartite, seule la première a enregistré une participation d’environ 56%. Hormis le référendum du 4 août 2009 qui n’en est pas un, dont le taux de participation a été porté à 68,28%.

Ainsi, contrairement à toutes les prévisions, et en dépit de la consigne de boycott lancée par des groupes et associations musulmanes qui protestent contre la laïcité et l’appel à l’indifférence citoyenne lancé par le Mouvement citoyen de Nouhou Arzika, les Nigériens se seraient fortement mobilisés pour approuver le projet de constitution de la Septième République.

D’où viennent les électeurs qui ont gonflé le taux de participation à ce scrutin que tout le monde pronostiquait très faible ? La réponse est donnée par les résultats provisoires des votes dans les communes rurales suivantes :

- Anzourou (77,70 %),
- Kieché (76,79%),
- Mehanna (92,20%),
- Mokko (69,37%),
- Dannet (79,80%),
- Dogon Kiria (73,38%),
- Soucoucoutane (77, 82%),
- Dan Kassari (88,84%),
- Falwel (69,18%),
- Affala (77,70%),
- Tombo Koarey (81,33%),
- Kourteye (77,85%),
- Bibiyergou (77,02%),
- Akoubounou (89,34%),
- Tillia (89,51%),
- Bankilaré (83,33%),
- Tamaya (92,29%), etc.

Si ces chiffres ne sont pas fabriqués, il faut s’incliner devant le soudain civisme des citoyens des campagnes qui, sans vraiment connaitre le contenu de la nouvelle Constitution, se sont, semble t-il, mobilisés pour la faire adopter. Mais, des raisons de douter de la forte affluence devant les urnes des gens dont la motivation de voter fait défaut ne manquent pas.

Depuis quelques années, c’est toujours la même chanson qu’on rabâche. Les populations rurales sont sorties en masse pour exercer leur devoir de vote. Loin des caméras des médias et des yeux des observateurs indépendants. Souvenez-vous que lors du référendum constitutionnel du 4 août, l’on a entonné le même refrain : le projet tazarce a entrainé une affluence mémorable des ruraux qui auraient voté en fin d’après midi.

Paradoxalement, ce sont donc les habitants des villes, les mieux sensibilisées, et censées être les plus politisées qui ont boudé les urnes. En effet, les résultats globaux provisoires du scrutin du 31 octobre indiquent que le taux d’abstention a été élevé dans les centres urbains : Diffa (72,20%), Doutchi (68,76%), Dosso (68,40%), Niamey (75,53%), Tahoua (80,39%), Zinder (83,93%), etc.

En attendant que des voix plus autorisées donnent les raisons de ce fort taux d’abstention des citadins, on peut s’avancer pour dire que le manque d’enthousiasme des urbains est une expression de leur dégoût de la politique telle qu’elle est menée par les élites politiques. Par leur abstention, les citadins auraient manifesté leur désaccord et ce refus d’aller effectivement aux urnes serait probablement une forme de contestation citoyenne à la manière dont est gérée la Transition.

Une autre explication possible de l’abstentionnisme des grandes villes, est liée au manque d’implication des partis politiques dans la campagne référendaire- en dehors des consignes de vote données par voie de médias. Bien que certains de leurs leaders soient rejetés par le peuple, il faut reconnaître que les partis politiques continuent à exercer une forte emprise sur l’électorat. Il est vrai aussi que la nature du scrutin n’est pas de nature à susciter une effervescence politique.

De manière générale, les résultats globaux publiés par la Ceni viennent démentir tous les pronostics sur la participation à ce scrutin. A commencer par celui du Premier ministre qui a estimé que l’affluence des électeurs sera extrêmement forte dans les centres urbains, faible en milieu rural du fait des travaux champêtres notamment les récoltes. En revanche, ils semblent donner raison à ce leader politique qui a déclaré que « toutes les fois que les élections se sont déroulées normalement dans notre pays, on a toujours eu des taux de participation en dessous de 40% ».

Mis ensemble, ces éléments légitiment des interrogations sur le fort taux de participation servi aux Nigériens. Ils ne manquent également pas de jeter la suspicion sur la crédibilité des résultats proclamés. Dès lors, l’attitude qui sied consiste à se garder de pérorer sur les médias que les résultats du référendum sont satisfaisants, sinon cela équivaudrait un peu à tendre le bâton pour se faire battre.

Sans rallier le discours alarmiste véhiculé par certains acteurs, on peut supputer que le fort taux d’abstention dans certaines localités devrait inquiéter les leaders politiques notamment les candidats à la présidentielle. Cet abstentionnisme élevé dans leurs fiefs peut leur réserver des surprises désagréables lors des scrutins à venir. Tout comme il peut faire le bonheur des outsiders en embuscade.


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