Alternative Espaces Citoyens Niger
Projet de charte de la société civile

Vers le noyautage des OSC !

vendredi 17 décembre 2010 par Diori Ibrahim

A l’occasion de sa troisième session extraordinaire, le conseil consultatif national annonce, entre autres, à l’opinion, l’inscription dans son agenda le traitement de « la charte de la société civile nigérienne. » Cette nouvelle surprend tant par caractère spontané que par son contenu qui peut dérouter plus d’un observateur soucieux de la consolidation d’une forte société civile, par essence plurielle et indépendante des pouvoirs publics. Cette funeste dynamique qui tait pour l’instant son parrain vise manifestement à noyauter l’un des derniers espaces de résistance contre les effets pervers de la mondialisation avilissante promue par les institutions financières internationales et leurs valets locaux.

Selon l’article 35 de l’avant-projet de ladite charte, « un comité tripartite composé des organisations de la société civile (OSC), de l’Etat et des partenaires au développement veilleront à l’application de la charte nationale, des codes de promotion de bonne conduite et des textes fondamentaux des OSC. » Traitant des partenaires au développement l’article 30 du même texte précise qu’il s’agit de « la banque mondiale, du programme des nations unies pour le développement (PNUD), de l’Union européenne (UE), de coopération bi et multilatérale…etc. »

Ce comité, précise l’article 37, « travaillera sous l’égide du comité directeur du conseil consultatif de la société civile avec obligation de rendre compte à une périodicité trimestrielle, semestrielle et annuelle au cours forum annuel de la société civile en guise de bilan. » Abordant la composition du fameux conseil, le texte indique que son dispositif opérationnel « est constitué entre autres, des confédérations, des collectifs, coordinations, fédérations, réseaux, unions et plates formes nationales. »

En ce qui concerne ses attributions et responsabilités, le conseil national des OSC envisage de « définir les contenus, méthodologies et stratégies des OSC, d’œuvrer à l’articulation des mouvements sociaux nationaux et à leur présence dans les mouvements mondiaux dans le cadre de l’agir citoyen, faire le plaidoyer en vue de mobilisation des ressources nécessaires à l’organisation et au fonctionnement du conseil consultatif, du forum social nigérien et de toute initiative visant le renforcement des capacités des OSC au Niger,.etc. » Quant au comité directeur du conseil, sans dire qui et qui le composent, il lui est réservé une kyrielle d’attributions qui cherchent à le présenter comme une sorte de trait d’union entre les organisations de la société civile nigérienne et les fameux partenaires au développement. Pis, sans indiquer les conditions de sa constitution, on s’aperçoit que c’est au comité directeur qu’il revient de « désigner en son sein une organisation membre qui remplit toutes les conditions pour assurer la coordination stratégique des activités pour un mandat de deux ans renouvelable au besoin ». Et, c’est au premier responsable de la dite organisation d’assurer, l’instrumentalisation, ou du moins la coordination du comité directeur de la société civile nigérienne sous le désormais officiel conseil restructurant de ses partenaires parmi lesquels la banque mondiale et ses valets locaux.

Acteurs de la société civile et politiques cesseraient de marcher cote à cote…

Au sens du projet de la charte de la société civile nigérienne on peut lire que « les OSC s’abstiendront de participer à des activités politiques comme les marches, meetings, propagandes politiques, campagnes électorales. » Curieusement, le même document annonce que « les partis politiques peuvent, sur invitation, participer à des activités de toute nature organisées par les OSC. » Alors, les OSC vont-elles cesser de marcher ? ou s’abstenir d’inviter les partis politiques à y prendre part ?

Lorsqu’on constate que ce document est visiblement l’œuvre de certains acteurs de la société civile nigérienne ayant mordicus défendu la pertinence de « manifester côte à côte avec les leaders politiques quand la vie des institutions républicaines est menacée » l’on est en droit de s’interroger sur les mobiles profonds de projet de la fameuse charte ; surtout lorsqu’on remarquera, dans son avant projet, qu’elle semble accorder une place de choix à la banque mondiale connue pour son aversion à l’endroit d’une société civile militant en faveur de la justice sociale ; et à l’Etat qui ne signifie que le pouvoir en place contre les agissements duquel les marches et meetings sont traditionnellement organisés.

Pour s’embrasser aux cérémonies officielles et aux salons ?

Dans une formule aussi imprécise que suspecte, le document de la charte, traitant des relations entre la société civile avec les partis politiques déclare que « l’OSC, en tant que structure apolitique et non partisane, doit maîtriser et clarifier ses relations avec les partis politiques pour protéger son image d’impartialité. » Toutefois l’article 36 revisité, lui, indique expressément que « les relations protocolaires et de représentation aux cérémonies officielles sont autorisées entre les organisations de la société civile (OSC) et les partis politiques. »

Comme on peut naturellement s’y attendre, des voix commencent à s’élever pour dénoncer cette manœuvre qui ne vise qu’à noyauter et à instrumentaliser les organisations de la société civile nigérienne.


Accueil du site | Contact | Plan du site | Espace privé | Statistiques | visites : 300871

Suivre la vie du site fr  Suivre la vie du site Francais  Suivre la vie du site Actualités   ?

Site réalisé avec SPIP 1.9.2c + ALTERNATIVES

Creative Commons License