Les risques d’une amplification de la menace terroriste
vendredi 17 juin 2011 par Albert Chaïbou
Le 12 juin dernier un accrochage a eu lieu à 80 km d’Arlit, la cité minière, entre une patrouille militaire et des « bandits armés » (selon la terminologie officielle) à bord de trois véhicules. Le bilan des échanges des tirs a fait deux morts de part et d’autre et six soldats blessés.
Dans un communiqué lu à la télévision nationale, le ministère de la défense a annoncé que les forces de défense et de sécurité ont récupéré un véhicule contenant une quantité importante d’explosifs et de détonateurs ainsi qu’une somme de 90.000 dollars US. Selon une source proche de l’enquête citée par RFI, les deux autres véhicules ont été interceptés par l’armée mercredi soir. L’un à une quarantaine de kilomètres d’Agadez et l’autre abandonné, près de la localité d’Ingall. Ces véhicules seraient venus de la Libye, chargés d’explosifs et rejoints par un autre sur le territoire nigérien, sans doute celui du guide qui, selon toujours cette source, s’est rendu aux autorités.
Cet incident, le premier du genre enregistré sur notre sol depuis le début du conflit en Libye, révèle que le Niger est sérieusement gangrené dans sa partie nord, par divers trafics illicites et est menacé par la guerre qui sévit au pays du colonel Kadhdafi, transformé aujourd’hui en un vaste dépôt d’armes à ciel ouvert. Une situation très bien exploitée par Aqmi qui cherche à accroitre son influence dans ce no man’s land qu’est la bande sahélo saharienne. Lors d’une interview qu’il avait accordée à l’hebdomadaire Jeune Afrique en mars dernier, le président tchadien Idriss Déby Itno avait dejà tiré la sonnette d’alarme lorsqu’il affirmait : « les islamistes d’Al-Qaida ont profité du pillage des arsenaux en zone rebelle pour s’approvisionner en armes, y compris de missiles sol-air ». D’autres sources ont confirmé ses propos.
Récemment le ministre algérien des Affaires Maghrébines et Africaines annonçait que les récents attentats qui ont secoué son pays ont été perpétrés avec des armes en provenance de Libye. C’est dire que la poudrière libyenne, entretenue en partie par les occidentaux, risque fort d’embraser toute la zone. Des pays comme le Niger ou le Mali où Aqmi opère depuis quelques années (par des attentats à la bombe et des enlèvements d’occidentaux), considérés comme les maillons faibles de la lutte contre le terrorisme, se trouvent être les plus exposés.
Depuis quelques temps, des initiatives communes à l’Algérie, au Mali, à la Mauritanie, et au Niger, pour renforcer la coordination de leurs politiques anti-terroristes, sont en marche. Malgré cette mutualisation des efforts et des moyens, l’hydre est toujours là. La menace sert aussi, paradoxale que cela puisse paraître, les occidentaux, promptes à l’amplifier pour servir d’alibi à des interventions visant à contrôler les richesses naturelles de ces pays. En soufflant sur les braises en Libye, l’Occident cherche quelque part à installer le chaos dans la bande sahélo saharienne dans le but de profiter pour la reconquérir militairement, comme ce fut le cas en Afghanistan. Ainsi, le Sahel transformé en zone de guerre servirait bien un pays comme la France qui pourrait enfin installer sa base militaire au Niger, afin de protéger ses intérêts économiques considérables tirés de l’exploitation de l’uranium par Areva. Mais si les pays de cet espace acceptent une telle recolonisation de leurs terres, ils courent inévitablement le risque de donner, aux yeux des populations, une légitimité aux actions des terroristes contre les occidentaux. La réponse sécuritaire pour lutter contre Aqmi doit relever exclusivement des pays de la région.
Le président Issoufou Mahamadou qui n’a pas encore bouclé ses 100 jours à la tête du pays avait, on se souvient, placé la question sécuritaire au rang de ses priorités, la deuxième après ses « 3n »(les Nigériens nourrissent les Nigériens ». Face à la recrudescence de la violence dans le Nord, va-t-il maintenant inverser l’ordre de ses priorités ? Le choix apparaît cornélien dans un pays où la majorité de la population vit en dessous du seuil de pauvreté et ne mange pas à sa faim.
