Alternative Espaces Citoyens Niger
Sommet du G8 2011

Parlote à Deauville, colère au Havre

vendredi 17 juin 2011 par H B Tcherno

Cette année, les dirigeants du G8 ont pris rendez-vous à Deauville, une station balnéaire située en région de la Normandie, à 178 km au Nord de Paris. Les opposants au Sommet ont convergé vers le Havre pour des actions de mobilisation citoyenne en faveur d’un monde plus solidaire.

A l’origine, cette rencontre informelle imaginée, pour la première fois, en Novembre 1975 à Rambouillet par Valery Giscard D’Estaing et Helmut Schmidt, chancelier allemand réunissait les chefs d’Etat des six pays (Etats-Unis, Japon, Allemagne de l’Ouest, France, Royaume Uni, Italie) les plus riches pour discuter des parades aux turbulences monétaires nées de la fin de la Gold Exchange Standard. Mais, très vite, ce G6 est devenu G7 avec l’arrivée du Canada, puis G8 avec l’admission de la Russie dans le club, et a élargi ses sujets de discussion à d’autres thèmes tels que le sida, la drogue, l’environnement…

Depuis lors, le G8 est devenu une grande messe politico-médiatique qui rassemble des délégations triées sur le volet dans des villes luxueuses transformées, le temps du Sommet, en véritables bunkers. Celui de cette année n’a pas dérogé à la tradition. Pour la circonstance, Deauville a été transformée en une véritable forteresse. Plus de 12.000 forces de l’ordre veillaient à pied, à cheval, à moto, en voitures, en camions, en bateaux et en hélicoptère à la sécurité des seigneurs du monde. L’accès à la petite ville était interdit sauf aux riverains. De multiples checks points ont été érigés sur les axes routiers pour contrôler minutieusement les entrées et sorties de la ville. Le coût de l’opération a été évalué à environ 28 millions d’euros.

A l’agenda officiel de Deauville 2011 plusieurs sujets : solidarité avec le Japon et l’économie globale, la sûreté nucléaire, les changements climatiques et la coopération avec les pays émergents, les printemps arabes, la paix et la sécurité en Afrique, l’Internet, etc.

Pour donner à l’événement une importance particulière, pas moins de 3.500 journalistes ont été accrédités pour la couverture médiatique. En revanche, seulement une poignée de représentants d’Ong du Nord et d’Afrique ont été autorisés à entrer dans la ville par crainte de rassemblements hostiles. Ainsi, depuis les manifestations de Gênes en 2001, les sommets du G8 ne se déroulent habituellement plus dans les métropoles, mais dans des espaces difficilement accessibles et facilement contrôlables.

Côté invités de marque, vingt-cinq délégations, dont dix-huit chefs d’État et de gouvernement, ont été conviées au Sommet. Outre les dirigeants des pays membres du G8 à savoir Barack Obama, Dmitri Medvedev, Angela Merkel, David Cameron, Silvio Berlusconi, Stephen Harper, Naoto Kan, et Nicolas Sarkozy, les Premiers ministres d’Égypte et de Tunisie ont été les invités exceptionnels du Sommet, printemps arabes oblige. Les présidents des pays d’Afrique au Sud du Sahara n’ont pas été oubliés. Alpha Condé de Guinée, Alassane Ouattara de la Côte d’Ivoire, Mahamadou Issoufou du Niger ont reçu également leurs tickets d’entrée à Deauville. En faisant d’eux des invités spéciaux, les « maitres autoproclamés » du monde voulaient saluer l’organisation des élections dans leurs pays. Pour Nicolas Sarkozy qui assure la présidence tournante du groupe, il s’agissait surtout d’un geste de perpétuation de la relation néo coloniale avec le pré carré africain. Autres invités spéciaux du G8, les chefs d’Etat africains à l’initiative du Nouveau Partenariat pour le Développement de l’Afrique (Nepad) et les responsables des institutions politiques et financières africaines, et internationales. Sans oublier les patrons de Facebook, Amazon et autres magnats de l’Internet conviés à un forum sur l’e-G8 pour fixer avec eux, les limites à la liberté d’expression. On le sait, depuis les révélations fracassantes de Wikileaks mettant en cause l’armée et la diplomatie des Etats-Unis, les dirigeants occidentaux veulent contrôler la circulation de l’information à l’échelle planétaire.

Si le Sommet n’est pas une table ronde des donateurs, les dirigeants des pays arables invités s’attendaient à un soutien financier susceptible de les aider à passer sans trop de tracas leurs processus de transition vers la démocratie. Un espoir vite déçu puisque la rencontre a annoncée un petit chèque de 40 millions de dollars pour 2011-2012. Cette philanthropie ressemble à un cadeau empoisonné, car elle cache mal les tractations en vue de la signature des accords de coopération économique en échange de mesures restrictives sur les flux migratoires. Mieux, le soutien accordé au « printemps arabe » ne doit pas faire oublier que l’intervention militaire de l’Otan en Libye a surtout pour but de préserver les intérêts économiques des grandes puissances tout en récupérant la manne pétrolière.

Les conclusions de ce G8 n’ont, à l’instar des rencontres précédentes, débouché sur rien de concret pour ainsi dire. Sur nombre de sujets inscrits à son agenda, les dirigeants du G8 se sont contentés d’annonces vagues, sans échéances précises. A propos de la transparence dans les industries extractives, la déclaration finale appelle à « mettre en place des lois et règlements sur la transparence, ou à promouvoir des normes à caractère volontaire, qui instaurent une obligation ou une incitation pour les entreprises pétrolières, gazières et minières de rendre compte des paiements effectués au profit de chaque État. C’est dire qu’en dehors de la promesse du chèque pour les pays arabes en transition démocratique, aucune décision convaincante n’a sanctionné ce sommet.

Dés lors, on comprend aisément la grosse colère des représentants des organisations de la société civile ayant pu franchir les checks points dressés par les forces de l’ordre pour entrer à Deauville. Ceux-ci ont dénoncé les fausses promesses des pays riches, la non prise en compte des problèmes réels et cruciaux des peuples africains, le manque d’intérêt pour l’Agriculture familiale, l’absence des sujets liés à l’éducation ou la santé publique, l’approche ultralibérale du développement, etc. Si les dirigeants des pays arabes se consolent de la promesse d’un chèque, les chefs d’Etat africains hôtes du sommet doivent se contenter du souvenir de couverts bien rangés dans les salles à manger et de la belle photo de famille multicolore. Le Havre versus Deauville

Avant Deauville, les altermondialistes se sont donnés rendez-vous les 21 et 22 mai au Havre, agglomération portuaire et industrielle autour du mot d’ordre G8 dégage ! Depuis Seattle, les mouvements sociaux organisent chaque année en parallèle au G8 un contre sommet pour crier haut et fort leur rejet d’une gouvernance du monde dans l’intérêt des seuls marchés financiers et du capitalisme.

Au Havre, ils étaient 7000 selon les organisateurs à parcourir les artères d’une ville fantôme aux cris de « G8 dégage, les peuples d’abord, pas la finance », ou encore « moins de biens, plus de liens ». Ce jour là, la vaste agglomération semblait s’être vidée de ses habitants, car les rues étaient désertes et les magasins fermés. Il faut dire qu’un mois avant l’événement, les autorités locales, le maire en tête, opposées au rassemblement, ont diffusé à travers la presse des messages de peur qui ont fait mouche. Par ailleurs, des contrôles routiers ont été installés sur les voies d’accès à la ville, notamment avant le pont de Normandie, fermé aux piétons et aux cyclistes. L’arrivée des bus transportant les militants en provenance de Paris a été retardée par les CRS.

Malgré le mur de la peur et les tracasseries de toutes sortes, des milliers d’activistes ont pu rejoindre le point de rassemblement de la manifestation internationale. Démarrée devant le musée André Malraux, la procession a achevée sa course au champ de Foire par un meeting et un concert plein air. Le cortège était mené par la CGT, le FSU, les anarchistes du CNT, avec des groupes de la Ligue des Droits de l’Homme, du Comité catholique contre la faim et le Développement (CCFD), des Verts, de la Confédération paysanne, Sortir du nucléaire ou d’Attac.

Hormis la fumée des fumigènes et quelques vitres brisées du Crédit Lyonnais par des jeunes se réclamant de « black block », aucun incident n’a été signalé. Les manifestants réclamaient notamment l’annulation de la dette des pays pauvres, la lutte contre la volatilité des prix et la corruption, une approche concertée des problèmes de sécurité, la régulation des activités des multinationales, le respect de la souveraineté alimentaire et le soutien à l’agriculture familiale, la révision des règles iniques de l’OMC, le reporting obligatoire des activités des multinationales, la fin de l’accaparement des terres, l’arrêt de la circulation irresponsable des armes, etc. La contestation de la légitimité du G8 s’est poursuivie le lendemain avec un forum des alternatives autour d’ateliers thématiques sur divers sujets tels que l’égalité des droits entre hommes et femmes, le nucléaire ou l’agriculture, les solidarités internationales contre l’impérialisme, la liberté sur Internet.

Les altermondialistes ont dénoncé vigoureusement le fait que les 8 dirigeants des pays les plus riches s’enferment derrière une muraille de policiers et de hauts murs pour décider de l’avenir du mone, sans entendre les voix des peuples. Aujourd’hui, cette contestation est d’autant plus légitime que le petit club des pays riches qui le compose ne représente plus grand-chose avec l’essor des économies émergentes, les Bric (Brésil, Russie, Inde, Chine,). En effet, au fil du temps, le G8 est devenu un festival annuel dont les décisions sont un catalogue de promesses d’aide jamais concrétisées et d’engagements non tenues notamment vis- à vis de l’Afrique ou de vœux pieux sur les grands conflits de l’heure.

Du reste, le G8 a montré qu’il est disqualifié pour jouer un rôle quelconque y compris de coordination de l’économie mondiale, car il a été incapable de trouver la parade à la crise globale de 2008. Il est temps d’en finir avec ce rite inutile célébré par les médias dominants qui s’intéressent plus à la grossesse de Carla Bruni qu’au sort des riverains de la centrale nucléaire de Fukushima, encore moins à celui des millions d’africains qui dorment le ventre vide.

Le bon exemple du ras-le-bol des peuples contre le diktat des riches est venu d’Italie, un pays membre du club des huit avec le rejet à l’issue d’un scrutin référendaire des mesures impopulaires envisagées par le gouvernement de Silvio Berlusconi dont les principales sont le retour au nucléaire, la privatisation de la gestion de l’eau.


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