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Le Niger : un Etat de coups

jeudi 11 août 2011 par Souley Adji

Décidément, les coups bas, les coups fourrés, les coups de Jarnac, les coups de gueule, les coups de poing et les coups d’Etat sont le lot de la démocratie nigérienne. Et l’on n’est peut-être pas encore prés d’en voir la fin. Hélas ! Voilà que, à peine investi, le PR vient annoncer solennellement à la nation qu’il vient d’échapper à un coup d’Etat ! Encore une tentative ! Les services compétents auraient même fait arrêter les principaux exécutants, dont deux membres de la garde du Général Djibo Salou. L’on ignorerait jusque-là l’identité des véritables commanditaires, les mêmes services s’en trouvant incompétents cette fois-ci. Pourtant, n’importe qui ne peut pas perpétrer un coup d’Etat : un minimum de proximité avec le palais et de leadership sur des hommes en armes est indispensable. Or, tant que les cerveaux ne seront pas démasqués et neutralisés, l’épée de Damoclès du putsch ou de l’assassinat pèsera toujours sur le sort de la Septième république et la vie de ses institutions. Cela aurait bien entendu de lourdes et graves conséquences sur le développement du pays pendant le mandat présidentiel voire hypothéquerait l’avenir du Niger.

Car, désormais les princes qui nous gouvernent auront le sommeil léger, un simple miaulement de chat les faisant tressaillir dans leurs draps de soie, l’explosion d’une lampe électrique les faisant sursauter de leur table à manger. Cardiaques s’abstenir ! Leurs nuits seront blanches et leurs journées pleines de somnolence. Point de travail administratif conséquent. L’instinct de survie guidera désormais tous leurs actes publics et privés. Ainsi, les prières collectives auxquelles ils voudraient assister seront davantage mises sous haute surveillance policière ; surtout la Grande Mosquée de Niamey n’aurait rien à envier à la Grande Mosquée de Kaboul ou de Baghdâd en matière de sécurité, de quadrillage de roquettes et de 12-7 ; les fidèles accompliront leurs devoirs dans un décor à la Guantanamo, où les malabars aux talkies-walkies se baladeront entre les allées, et des hélicoptères menaçants voltigeraient discrètement au dessus de leurs têtes. Au vu de ce spectacle hautement profane, rares seront évidemment les croyants qui oseraient s’aventurer la prochaine fois. Du moins, ils prieront loin des officiels ! Péril en la demeure.

Dans la rue, le spectacle ne serait pas moins dantesque : le déplacement de haute personnalité pour l’intérieur du pays ou pour l’Etranger donnerait lieu à un véritable état de siége dans la capitale, à un ballet de forces de l’ordre surarmés, jonchés le long du parcours ou patrouillant dans les moindres ruelles, bloquant des heures durant les passages aux riverains et aux passants, mettant ainsi en veilleuse toute activité économique ou sociale. Peur dans la ville.

Pourtant, étant élu à prés 60% des suffrages, le PR devrait se sentir comme un poisson dans l’eau avec son peuple, ne point déjà donner l’impression qu’il craint pour son règne voire qu’il est mal élu, sinon impopulaire dans les casernes. Ne point donner dans une psychose qui découragerait les investisseurs et les partenaires techniques et financiers pour lesquels le pouvoir sorti des urnes ne serait au bout du compte qu’un colosse aux pieds d’argile. Il reste qu’un minimum de précautions s’impose : faire attention à ceux qui peuvent souffrir de vertigo, tenir en respect les bonapartistes et les nostalgiques de l’Etat d’exception et écouter autant ses adversaires politiques que ses conseillers avertis pour mieux fixer le lit de la stabilité politique. Surtout méditer cette maxime qui veut qu’un homme d’Etat n’ait pas vraiment d’amis, ni de véritables alliés !


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