Alternative Espaces Citoyens Niger
8ème anniversaire de la Radio Alternative

Rester indépendant et proche des citoyens

jeudi 11 août 2011 par H B Tcherno

Alternative FM a soufflé ses huit bougies le 29 juillet 2011. Les auditeurs de Niamey ont commencé à capter les premiers signaux de la station le 29 juillet 2003 sur la fréquence 99.4 MHZ, signaux qui sont reçus dans un rayon d’environ 100 km autour de la capitale.

Aujourd’hui, la radio dispose de deux antennes relais ; l’une à Zinder depuis le 29 juillet 2009 ; et l’autre à Agadez depuis le 25 avril 2011. Pour en arriver là, le chemin parcouru a été long et parsemé d’embuches. En effet, l’ouverture de la première station a été marquée par de nombreuses péripéties notamment en ce qui concerne l’autorisation de création par l’organe de régulation et la délivrance de la fréquence par le ministère de la communication. Une lenteur qui s’explique par des considérations purement politiques, car à l’évidence, le travail de mobilisation sociale d’Alternative à travers son journal hebdomadaire –lancé en septembre 1994-gênait déjà les autorités qui voyaient d’un mauvais œil un outil important comme la radio entre les mains d’ « un groupe de subversifs ».

Le pouvoir de l’époque n’avait peut être pas tort de redouter la détention d’un tel instrument de communication par Alternative, car lors de la cérémonie d’ouverture de la première station son directeur, avouait qu’en créant cette radio communautaire, son association veut offrir une « tribune pour que les citoyens puissent s’exprimer, un outil pour sensibiliser et éduquer les jeunes, un moyen pour promouvoir les droits humains et mobiliser les masses populaires contre toute forme d’oppression ».

La création de cette station associative se justifie entre autres par le souci de sortir de la monotonie des programmes des radios existantes, en jetant un regard différent sur l’actualité, en initiant des émissions novatrices qui mettent l’accent sur les droits humains et les besoins concrets des citoyens.

L’arrivée de cette station sur le paysage médiatique a suscité un véritable espoir chez nos concitoyens qui rêvaient d’une station radio, où ils pouvaient exprimer librement leurs opinions, ce qui n’est pas généralement le cas dans la presse commerciale. Il faut dire que la fin du monopole des médias publics et l’explosion des stations privées qui s’en ait suivi n’a pas modifié fondamentalement les offres des grilles de programmes, car la plupart d’entre elles sont tournées vers la promotion commerciale et le divertissement.

Dès le départ Alternative FM a voulu rompre avec les pratiques monotones en vigueur en optant pour une tonalité particulière et des priorités éditoriales qui collent avec les préoccupations des auditeurs. Cette proximité avec le public l’a valu de figurer très vite parmi les stations préférées des auditeurs.

En dépit du contexte concurrentiel et difficile caractérisé par la morosité économique, le déficit chronique en ressources humaines et moyens techniques, votre radio a su négocier sa place sur un paysage médiatique en pleine révolution FM. Cette place, elle la doit à l’originalité des émissions qu’elle propose aux auditeurs et l’intérêt qu’elle accorde aux aspirations sociales des citoyens. Ses programmes s’adressent à toutes les couches sociales et évoquent tous les problèmes de société avec un accent particulier sur les sujets thématiques. Les émissions de la radio consacrent une place importante aux préoccupations de son public cible, notamment les jeunes et les femmes, et permettent aux organisations de la société civile nigérienne de se faire entendre sur différents sujets ayant trait à la gouvernance de la cité. L’une des particularités de votre station, ce qu’elle donne la possibilité à des mouvements sociaux, associations, artistes engagés et citoyens ordinaires qui n’ont pas les moyens d’accéder aux médias commerciaux de faire connaître leurs luttes.

En huit ans d’existence, nous disons en toute modestie, qu’Alternative FM a apporté une contribution significative au débat d’idées et à la consolidation de la démocratie au Niger. En effet, votre station a contribué à faire connaître les droits économiques sociaux et culturels, les rôles et responsabilités des institutions républicaines, à appuyer les luttes quotidiennes des organisations féminines contre les discriminations faites aux femmes, le renforcement de la culture démocratique ; elle a participée à plusieurs campagnes de plaidoyer ici, dans la sous région, et ailleurs.

Les exemples que nous aimons cités sont relatifs au soutien apporté par la radio à la lutte des jeunes « Volontaires de l’Education », qui se battaient pour un emploi plus sécurisé et une école publique ; le soutien à la lutte des syndicats qui se battaient contre les privatisations sauvages pour la défense d’un service public de qualité ; le soutien à la lutte des squatters de la ceinture verte et des déshérités des bidonvilles de la capitale ; la dénonciation de la spéculation foncière, l’impulsion donnée au mouvement altermondialiste pour qu’« un autre monde » soit possible.

Du reste, cette contribution a été saluée par certains de nos concitoyens qui ont eu l’amabilité de nous rendre visite lors de la journée porte ouverte ou de passer un coup de fil à la rédaction. De 7h à 22H, hommes de média, acteurs de la société civile, leaders politiques, citoyens ordinaires se sont succédé dans le studio pour dire ce qu’ils pensent du travail mené par la radio.

Dans un paysage médiatique hautement corrompu, Alternative et quelques médias s’efforcent encore de ne pas succomber à la tentation de l’argent facile. A l’opposé des grands médias, par principe, nous refusons d’être au service d’un système inique dont l’objectif principal est la domination des peuples du Sud afin de s’approprier leurs ressources naturelles.

Ce positionnement aux côtés de la société civile engagée et des citoyens ordinaires a valu à votre radio de multiples démêlés avec le pouvoir soit directement, soit par le truchement de l’organe de régulation qui n’a eu de cesse d’entraver le travail des journalistes. Des tracasseries qui n’ont pas empêché votre radio de continuer son bonhomme de chemin, réussissant même la prouesse de se hisser parmi les stations FM qui comptent dans le paysage médiatique local et même sous régional. Cette notoriété, Alternative FM la doit à ses journalistes, techniciens de son, animateurs qui ont consenti d’innombrables sacrifices pendant ces huit ans.

Le 29 juillet, nous avons rendu hommage à nos auditeurs, d’ici et d’ailleurs, qui nous ont soutenus dans des moments très difficiles ; à nos partenaires institutionnels qui ont apporté des appuis multiformes à la qualité de la production et à la réalisation d’émissions thématiques destinées à soutenir les campagnes de plaidoyer de l’association Alternative Espaces Citoyens.

Ce huitième anniversaire a été l’occasion de mener des activités récréatives et de réflexions stratégiques. La veille, un match de football a été disputé entre collègues. Le jour J, le personnel de la radio a partagé le déjeuner avec les visiteurs. Dans l’après midi, le Président d’Alternative a présidé une cérémonie de vernissage des publications de l’association. La journée a été clôturée par une conférence publique sur le thème : 20 ans de Démocratie en Afrique. Les débats ont été introduits par le Pr Tidjani Alou et Moussa Tchangari.


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