Alternative Espaces Citoyens Niger
9 mois après l’enlèvement de deux français à Niamey :

Le dépit en France et au Niger !

vendredi 16 septembre 2011 par Albert Chaïbou

Il y a un peu plus de neuf mois, plus exactement le 7 janvier 2011, aux environs de 23 heures (heure locale) des hommes armés ont enlevé en plein centre de Niamey, dans un bar restaurant, deux jeunes français : Antoine de Léocour et Vincent Délory. Alertées, les Forces de Défense et de Sécurité Nigériennes ont engagé une poursuite jusqu’en territoire malien, sanctuaire des terroristes d’AQMI.

Au cours de ces accroches, trois (3) gendarmes Nigériens dont un capitaine ont trouvé la mort. D’autres gendarmes et un capitaine de la Garde Nationale ont été blessés sur le champ de bataille. Le jeudi 13 janvier 2011, Al Qaida au Maghreb Islamique (AQMI) a revendiqué cet enlèvement.

On se souvient, une vive polémique avait opposé à l’époque la France au Niger. En effet, après l’assaut des forces spéciales françaises, le Premier ministre français François Fillon avait annoncé que « les forces françaises avaient tué 4 ravisseurs et avoir remis 2 membres d’AQMI aux autorités Nigériennes ». Démenti catégorique du ministre nigérien de l’intérieur qui a affirmé qu’aucun ravisseur n’est entre leurs mains. Le ministre français de la Défense amplifie lui aussi la polémique. Son porte parole annonçait : « les personnes portant l’uniforme de la gendarmerie Nigérienne n’avaient pas les mains entravées, portaient des armes et ont participé à l’action contre nos forces » ; « Il appartient poursuit-il aux Nigériens de donner des éléments de réponse sur ces personnes ». Côté nigérien, il n’y a pas de doute, les éléments présentés par les français sont bien des gendarmes Nigériens qui ont été capturés lors d’un accrochage avant la frontière nigéro-malienne par AQMI. Les blessés et ceux qui sont morts sont les victimes des tirs de militaires français.

Le 18 janvier 2011, le ministre français de la Défense Alain Juppé donne une autre version devant la Commission des Affaires étrangères et de Défense de l’Assemblée Nationale française : « après analyse des images tournées par un avion de surveillance français Atlantic-2, il s’avère que des gendarmes Nigériens ont été embarqués, à l’issue d’un affrontement par les hommes d’AQMI et leur véhicule intégré au convoi juste avant l’intervention des forces spéciales françaises… »

Lors d’une visite en France, peu de temps après le rapt de deux jeunes français, Ousmane Cissé, alors ministre nigérien de l’intérieur déclarait que « les malentendus se sont dissipés. La France et le Niger se sont compris ». Mais ce que les Nigériens ne comprennent pas aujourd’hui c’est la lenteur des enquêteurs français chargés entre autres de l’analyse toxicologique, balistique et anatomo-pathologique. Les conclusions de leurs enquêtes ne sont toujours pas connues. Tandis que l’enquête du côté nigérien est elle, bouclée !

En trainant les pieds, la France semble ne pas jouer franc jeu dans la coopération judiciaire. Pourquoi ? Difficile d’y répondre. Ce qui est en revanche sûr c’est qu’en France tout comme au Niger, c’est le dépit. En France, les amis d’Antoine de Lécour, dans une lettre ouverte à Alain Juppé pointent un doigt accusateur vers l’Etat français qui selon eux « a sacrifié ses ressortissants su l’autel d’orientations stratégiques occultes ». Au Niger , c’est l’amertume après les insinuations graves des officiels français contre les Forces de Défense et de Sécurité Nigériennes. Beaucoup de gens pensent que la France doit présenter des excuses officielles au Niger.

« Nous avons été victimes des tirs français... »

Abdoul Aziz, 23 ans et Abdoura-hamane 26 ans sont de jeunes gendarmes nigériens en poste à la Brigade de Gendarmerie de Tillabéry à une centaine de kilo-mètres de Niamey. C’est là que nous les avons rencontrés avec une équipe de TF1 qui est venue réaliser pour l’émission “7 à 8”, un reportage sur l’enlèvement des deux français en janvier 2011.

Ces jeunes gendarmes ont participé le 7 janvier 2011 à la poursuite des éléments d’AQMI qui ont enlevé les deux jeunes français. Après un premier accrochage en territoire nigérien où un capitaine de la garde nationale a été blessé, ils se sont lancés à la poursuite des ravisseurs jusqu’en territoire malien. Là ils tombent dans une embuscade des assaillants. C’est au cours de ce deuxième accrochage qu’interviennent les hélicoptères de combat français. Les tirs nourris des militaires français n’ont pas fait de discernement. Le véhicule de la Gendarmerie Nigérienne en est aussi la cible. Abdourahamane qui a reçu deux balles dans la jambe se souvient : « ce jour là, le ciel était noir de fumée. Les rafales des hélicoptères français étaient intenses. Mon ami et compagnon d’armes Alfari a reçu une balle dans la tête ; son crâne a éclaté ; !! J’étais aspergé de son sang et des morceaux de sa cervelle. c’était horrible !! Je ne pensais pas que j’allais sortir vivant sous cette pluie de feu. Notre capitaine a succombé lui quelques temps après, de ses blessures ». Abdoul Aziz lui a reçu une balle dans le ventre. « mes intestins “dégoulinaient” de mon corps, je les retenais courageusement jusqu’au moment où le médecin militaire français est venu poser une bande pour arrêter l’hémorragie ; un avion nous a ensuite évacués vers le Mali. Je suis actuellement en convalescence. Je ressens toujours des douleurs. Je ne peux pas me tenir débout pendant de longues heures.... »

Abdourahamane, Aziz et trois autres de leurs collègues qui ont participé au combat contre l’ennemi ont été élevés au grade de maréchal de logis et obtenu des médailles pour leur bravoure. Fiers de porter ces insignes mais toujours révoltés contre les déclarations des personnalités françaises qui les ont assimilé aux ravisseurs. Ils sont les victimes des tirs des hélicoptères de combat français.


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