Alternative Espaces Citoyens Niger
VIIème République :

L’ère de la désillusion ?

vendredi 16 septembre 2011 par Albert Chaïbou

Le 7 avril 2011, dans son discours d’investiture, le nouveau président de la République, Issoufou Mahamadou, proclamait sa ferme intention de mettre fin à la politisation de l’administration. En effet, s’interrogeait- il à cette occasion « qui, mieux que nous qui en avons souffert pendant une quinzaine d’années, peut y mettre fin ? ». Cette promesse se serait elle muée en revanche ? En tout cas tout porte à croire que le changement annoncé se fait toujours attendre. Pire, en moins de six mois de gestion du pouvoir, son régime multiplie les impairs.

Malgré les promesses mirobolantes faites par le président de la République dans son programme politique, promesses ressassées par le Premier ministre lors de la présentation de sa Déclaration de Politique Générale (DPG), l’administration publique reste fortement politisée et la promotion des parents, amis et alliés crève les yeux.

Au sein même de la Mouvance au pouvoir, le partage du gâteau fait grincer les dents. En effet, le Pnds Tarayya s’est taillé la part du lion au grand dam de ses principaux alliés qui se sont vus partager quelques miettes en guise de strapontins. Le PR a en outre casé tous les chefs ou pontes des partis qui lui ont apporté leur soutien au second tour de la présidentielle, même sans qu’ils aient toujours pu mobiliser leurs bases. C’est ainsi qu’une pléthore de conseillers, parfois même avec rang de ministre, ont été nommés à la présidence. Alors même qu’un Think Tank, une boite à idées, à la manière des anglo-saxons, aurait mieux servi son régime qu’une meute de courtisans promus à se tourner les pouces et à qui on octroie des indemnités faramineuses et d’autres avantages multiples.

La lutte contre la corruption engagée pompeusement avec le lancement d’une ligne verte a été marquée par des déclarations fracassantes de certains membres du gouvernement qui ont irrité le syndicat des magistrats et celui des agents du Ministère des Finances et ont failli même mettre en effervescence le front social. Tandis que de nombreuses routes du pays sont depuis plusieurs années dégradées, un projet inopportun de construction d’un échangeur à Niamey à coup de milliards est inauguré solennellement par le président de la République.

A N’Guigmi par exemple, chef lieu de la zone pétrolifère du pays, les populations ont même organisé une marche de protestation et adressé une lettre ouverte au président de la République pour dire leur ras le bol de l’état désastreux depuis des décennies, de la route reliant leur ville à Diffa, le chef-lieu de région.

Sur la scène diplomatique le pays fait piètre figure dans la guerre qui sévit en Libye en s’alignant aveuglement sur la position des Occidentaux notamment sur celle de la France. Après avoir reconnu officiellement le Conseil National de Transition, un patchwork d’insurgés petit-bourgeois aux visées diverses et divergentes, il participe à la Conférence de Paris qui décidera dit-on de l’avenir de la Libye !! En réalité du partage du butin de guerre !

L’économie nationale tarde toujours à connaitre une embellie si ce n’est aux yeux du FMI qui a vu des prouesses réalisées, pendant même que les organisations syndicales et de la société civile se plaignent du coût élevé de la vie.

Sur le plan sécuritaire, la menace terroriste ne fait que s’accroitre avec le conflit libyen et la montée du mouvement jihadiste Boko Haram au Nigéria.

Au plan interne, le gouvernement a annoncé avoir déjoué en juillet dernier un putsch militaire avec son plan d’assassinat du président de la République. Jusque-là rien n’a filtré et les Nigériens attendent toujours pour en savoir davantage.

Quant au fameux programme les « 3N »(les Nigériens doivent nourrir les Nigériens » du président de la République, après la mystification et l’effet d’annonce, les Nigériens attendent sa concrétisation. Pendant ce temps, dans certaines localités où les pluies ont été rares, les populations craignent une nouvelle crise alimentaire. Autant d’inquiétudes qui n’autorisent pas à donner au pouvoir actuel un chèque en blanc.

Le Niger aurait-il encore manqué le coche d’être un Etat véritablement démocratique et dont les dirigeants se soucient davantage de l’immense majorité que de leurs proches, sans toujours justifier des profils adéquats ? La question mérite d’être posée quand, après une Transition militaire traversée par de nombreuses affaires de favoritisme, de détournements de deniers publics et de pots de vin, le pays renoue avec les vieilles pratiques décriées hier encore par les nouveaux dirigeants.

Les Nigériens seraient-ils condamnés au supplice de Sisyphe ? A un éternel recommencement ? Assurément non ! Les forces sociales et tous ceux qui se sont battus pour l’instauration de la démocratie et du bien-être au Niger ont l’impérieux devoir de sauver ce pays, en amenant les dirigeants à respecter la constitution et à travers elle, leur serment.

La fin du Tazarcé n’a pas permis hélas au pays de se remettre sur les rails de la démocratie sociale, la vraie, celle où le népotisme et la politisation de l’administration n’ont pas de place. Triste début d’une ère porteuse pourtant d’espoir ! Aujourd’hui, les Nigériens se sentent fortement désillusionnés au regard de ce palmarès peu flatteur. Le président Issoufou a encore du temps pour se raviser en changeant de fusil d’épaule, notamment en donnant un grand coup de balai dans le capharnaüm. Mais, en a-t-il réellement la volonté ou le courage politique ?


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