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Les politiciens kai na Turai

jeudi 19 janvier 2012 par Souley Adji

Depuis quelque temps, se vendent à Niamey, des espèces de poulet aux hormones que la population a judicieusement baptisés en langue hausa Kai na turai, parce qu’ils ont été décapités en Europe, la tête restant ainsi dans le Vieux continent. Nul ne sait d’ailleurs s’ils ont été étêtés selon les règles d’usage en Islam, mais le fait est qu’ils sont emballés et transportés par camions entiers au Niger, d’où ils sont vendus à vil prix.

Les mauvaises langues ont évidemment vite fait le lien avec la campagne contre la grippe aviaire passée. Ces Occidentaux, que nos autorités écoutent assidument, avaient donc, pense t-on, délibérément créé une maladie imaginaire pour juste discréditer les poulets du Sahel afin d’écouler les leurs sur nos marchés. Cocorico !

Si l’hypothèse parait séduisante, le parallèle avec les hommes politiques n’est pas moins tentant. Peut-être pas en ce qui concerne spécifiquement la grippe aviaire, mais relativement à la localisation de la tête. Après les poulets Kai na turai, voici peut-être venus les politiciens Kai na turai, qui ne semblent pas avoir la tète sur leurs épaules. Ceux-là ne viennent pas d’Europe ou d’Amérique, même s’ils y ont parfois étudié, mais leur esprit, pour ne pas dire leur tête, reste constamment tournée vers l’Occident, s’ils ne l’y ont franchement laissée. A entendre les plaintes et complaintes des « fadas » et des chaumières, les préoccupations de leur peuple ne semblent guère les émouvoir, même s’ils disent gouverner pour le peuple et en son nom, pendant même qu’ils tordent et retordent le cou à la Constitution. La presse en a suffisamment rendu compte. Beaucoup de leurs compatriotes pensent en effet que ces élites, qui raffolent de bonnets rouges, ont plutôt le chef tourné vers les institutions financières internationales, le Fonds monétaire notamment, dont la patronne a même récemment eu les honneurs du parlement. Le FMI ne reste t-il pas le véritable concepteur des politiques étatiques meurtrières, y compris du budget de l’Etat, pourtant l’instrument de souveraineté le plus important dans l’atteinte des objectifs d’un gouvernement ? Halte à l’Etat-providence et à la politique des subventions étatiques et de baisse des prix, y compris et surtout du pétrole, aurait péremptoirement martelé Christine Lagarde à Goodluck et à Issoufou !

Or, faut-il le rappeler, nombre de politiciens Kan na Turai comptaient jadis parmi les plus virulents détracteurs des politiques néolibérales imposées par les institutions de Bretton Woods, avant de se convertir brutalement au libéralisme pur et dur. Mais, cela ne les gêne nullement de se proclamer encore et toujours adeptes du socialisme, même si pour leurs concitoyens, ce mot restera désormais synonyme de réduction drastique des budgets de l’éducation, de la santé, de l’hydraulique et du chômage notamment. Par contre, pas question de toucher aux fonds politiques, aux prébendes de centaines de conseillers et de chargés de mission, pendant même que, en dépit de tout bon sens, l’Administration se gonfle de nouveaux postes budgétaires, destinés à calmer les appétits inassouvis des parents, amis et alliés !

Les politiciens Kai na Turai sont aussi franchement obnubilés par l’ancienne métropole, où le PR notamment s’est rendu pas moins de cinq fois depuis son investiture, sans toujours rapporter de quoi soulager significativement son peuple. Le site uranifère d’Imouraren par exemple n’ouvrirait ainsi ses portes qu’en 2016, nonobstant l’empressement à Paris des plus hautes autorités du pays. Les anciens présidents de la République, peut-être peu occidentalisés, n’avaient pourtant jamais été pris par une telle frénésie de déplacement. Les spécialistes du comportement parleraient volontiers d’addiction au voyage, cette conduite reposant sur une envie répétée et irrépressible malgré la motivation et les efforts de l’individu pour s’y soustraire. Cette forme de dépendance s’avère encore plus manifeste dans la diplomatie, où relativement à la crise libyenne, de tergiversations en atermoiements, le Niger, répudiant la position de l’Union Africaine, avait fini par s’aligner platement sur celles de la France et de l’UE.

Comme les gallinacées, certains politiciens Kai na Turai savent aussi voler, à leur façon, mais ni avec des ailes, ni de leurs propres ailes, puisque le PR a lui-même solennellement fait cas, dans un récent message officiel, de détournement des deniers publics et des noms de parlementaires prétendus de haut vol ont été avancés. Les Nigériens ont d’ailleurs la chair de poule quand ils entendent le montant supposé de ces soustractions frauduleuses, car à cette allure, les magnats politiques et les hommes d’affaires finiront bien par tuer la poule aux œufs d’or. Tout ce pactole est hélas non investi au Niger même, mais diligemment convoyé vers les banques occidentales, où, dans l’esprit kai na Turai, la plupart des dirigeants politiques y ont leurs comptes.

S’il est vrai que chaque poule vit de ce qu’elle gratte, le politicien Kai na Turai, lui, préfère plumer ses propres concitoyens, sans aucun état d’âme. Quand la poule préfère picorer sa pitance du bout du bec, le politicien kai na turai lui, sait s’adonner au handama voire au wassosso, afin d’être sûr qu’après lui, ce sera forcément le déluge. Les générations futures, il ne connait pas ! L’individualisme rampant n’est-il pas d’abord propre au Turai, à l’Occident contemporain ? Il est pourtant un domaine où le politicien kai na Turai s’éloigne sensiblement de son modèle occidental. Ignorant la nécessaire séparation des pouvoirs en régime démocratique, lui qui incarne l’Exécutif, peut se faire un royal plaisir en s’immisçant allégrement dans les affaires du secteur judiciaire, en allant même jusqu’à interpeller nommément les individus suspects de malversations financières. Y aurait-il un incendie nocturne au Ministère de la Justice ? Sans attendre le rapport circonstancié de l’enquête, le politicien kai na Turai s’empresse devant les médias pour théoriser et orienter illico presto la justice vers ses adversaires politiques, présupposés pyromanes et criminels en raison dixit des opérations d’« assainissement » dont ils sont particulièrement la cible. A moins de tomber dans la démagogie, les politiciens Kai na turai devraient pourtant s’abstenir de tout commentaire déplacé, eux qui, il y a peu, annonçaient bruyamment une tentative de coup d’Etat avorté, prétendument fomentée par les adversaires de l’Assainissement. Depuis, silence radio ! La présomption d’innocence reste apparemment méconnue de leur vocabulaire ! Or, question impunité, la grosse volaille proche de cet Exécutif doublé du Judiciaire ne cesse, elle, de brûler la politesse aux Nigériens bien qu’elle soit tout aussi suspecte de malversations.

Il reste à espérer que l’année nouvelle fasse table rase des pratiques et comportements interlopes des politiciens Kai na Turai de tous bords, pour faire émerger une culture politique véritablement citoyenne, prenant véritablement en compte les préoccupations vitales des peuples et des communautés. N’est-il pas temps de dissoudre le Parti Kai Na Turai (PKNT) ?


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