Alternative Espaces Citoyens Niger
Crise alimentaire, pastorale et nutritionnelle 2011- 2012

Plus de 9 millions de personnes vulnérables

vendredi 27 janvier 2012 par Diori Ibrahim

Les résultats préliminaires de l’enquête gouvernementale sur la vulnérabilité à l’insécurité alimentaire des ménages ruraux et urbains sont désormais connus. Les chiffres sont alarmants : plus de 5,4 millions de personnes sont reconnues en insécurité alimentaire dont 8,5%, soit plus de 1,3 millions de bouches identifiées en insécurité alimentaire sévère.

Abordant la caractéristique de la situation socioéconomique des personnes vulnérables, cette enquête, lancée en novembre dernier, indique que les populations rurales en insécurité alimentaire sévère ne disposent, dans leur majorité ni de stock alimentaire, ni du bétail et mettent en œuvrent actuellement plusieurs stratégies de survie comme la vente de bois ou de pailles, et autres travaux journaliers… etc. Quelques uns seulement parmi eux disposent d’un stock alimentaire ne pouvant dépasser en moyenne un mois. Celles en insécurité alimentaire dite modérée ne disposaient, au moment de l’enquête, que d’un symbolique stock ne pouvant excéder « en moyenne 1 mois et demi ». D’ores et déjà, l’enquête fait remarquer « 82% des ménages en insécurité alimentaire sévère et 24,2% des modérés ont un indice de stratégies d’adaptation, coping strategy index, supérieur à 14 qui était le niveau de pic observé pendant la crise alimentaire de 2010 ».

Par ailleurs, l’enquête note que plus de 3,6 millions d’autres personnes vivant sur le territoire national « sont classées à risque » puisque leur situation économique au moment de l’enquête est d’autant plus précaire qu’elle pourrait vite se détériorer et basculer dans l’insécurité alimentaire avant les prochaines récoltes. Visiblement, la crise alimentaire en cours, concerne plus de 9 millions de personnes.

Traitant de la provenance des personnes touchées, l’enquête indique que sur les 34,9% des ménages reconnus en insécurité alimentaire, 32,1% se recrutent en milieu rural. De façon détaillée, les données révèlent une forte disparité en défaveur du milieu rural où vivent paradoxalement les producteurs. Ainsi, sur les 9, 08 millions de personnes reconnues tant en insécurité alimentaire modérée, sévère et à risque, on peut se rendre à l’évidence que plus de 7,7 millions vivent en milieu rural. Autrement dit, ces chiffres renseignent assez étrangement que la faim concerne au premier chef ceux qui sont censés produire pour nourrir le reste du pays : les paysans.

Se penchant sur les régions où l’on observe les plus fortes proportions de ménages en insécurité alimentaire sévère, l’enquête place Tahoua en tête de peloton avec 8,6% des ménages concernés. Elle est suivie de Tillabéry (8,5%), Niamey (7,3%), Maradi (6,7%)... etc. Par contre, s’agissant de proportions de ménages touchés par l’insécurité alimentaire, la région de Zinder enregistre le taux le plus élevé avec plus de 35,8% des ménages globalement en insécurité alimentaire sévère et modéré ; un peu devant Tillabéri, Diffa et Tahoua qui enregistrent respectivement une proportion de 35,2%, 34% et 33,8% des ménages éprouvés par la faim. Suivent ensuite les régions de Niamey, Maradi et Dosso où la proportion des ménages concernés varie entre 29% et 26,5%.

Quant aux départements dans lesquels l’enquête a relevé les proportions de ménages en insécurité alimentaire sévère et modérée les plus élevées, on note d’abord Tanout avec plus de 57% des ménages concernés. Puis suivent les départements de Bouza 47,3%, Loga 43,9% Magaria 42,7%, Téra 41,1%, Filingué 40,8%, Ouallam 40,6%, Keita (40,6%) Kollo 40,5%, Mayahi 39,9%, Illéla 38,9%, Mainé-soroa 38,1%, Tahoua 36,8%, Tessaoua 36,6%, Abalak (35,0%) Diffa 34,6% Dosso (32,6%)... etc.

Au delà de ces chiffres, la crise alimentaire en cours intervient dans un contexte très singulier susceptible d’en accentuer l’ampleur. Il s’agit notamment du fait qu’elle fait suite à deux crises majeures, celles de 2005 et 2010 qui ont respectivement affligé 3,6 millions et 7,1 millions de personnes sans compter une très grande partie du cheptel national décimée par la crise de 2010. En cette matière également, le bilan fourrager provisoire indique un déficit de plus de 10 millions de matière sèches.

En outre, la situation nutritionnelle n’est pas non plus reluisante ; car selon les résultats préliminaires de l’enquête nutritionnelle d’octobre dernier, « le taux de malnutrition infantile dépasse le niveau d’alerte dans sept régions sur huit. » Par exemple, à Tillabéri, « le taux de malnutrition aigüe a atteint plus de 13%, se rapprochant du seuil d’urgence de 15% ».

A l’évidence, la crise en cours se singularise assez douloureusement par le fait qu’elle touche pratiquement l’ensemble des départements du pays ; mais aussi et surtout du fait qu’elle réunit cumulativement trois dimensions : alimentaire, pastorale et nutritionnelle.

A coté de ces facteurs viennent se greffer d’autres éléments aggravant que sont la tendance considérablement haussière des prix des denrées alimentaires sur fond d’une réduction drastique des revenus des ménages du fait principalement du retour massif des migrants en raison de la crise libyenne dont les effets perdurent encore et surtout la situation qui prévaut au Nigéria voisin, principale source d’approvisionnement en céréale et principal marché d’exportation du bétail sur pied…etc. Cette situation laisse présager une saison de soudure particulièrement longue et difficile.

Pour une meilleure gestion de la crise en cours, le contrôle du marché des denrées alimentaires demeure un enjeu de taille : Les conclusions de l’enquête précisent avec insistance que « les perspectives alimentaires dans les prochains mois dépendront essentiellement de l’évolution des prix des denrées alimentaires sur les marchés ». car une poursuite de la hausse des prix limiterait considérablement l’accès des ménages à la nourriture au moment où les stocks domestiques seraient épuisés.

Cette enquête vient confirmer et fortifier les recommandations issues de la journée de réflexion organisée le 16 Octobre dernier par le Consortium Droit à l’alimentation et la souveraineté alimentaire composé de Alternative Espaces citoyens, ANDDH, AREN, Timidria et Mooriben sur le thème : « Flambée des denrées alimentaires : quelles mesures concrètes pour protéger les populations vulnérables ? »

À l’issue de cette journée de réflexion, les organisations de la société civile place, entre autres, le contrôle efficace du marché des denrées alimentaires au cœur de la gestion de la crise en cours. C’est pourquoi, à l’intention du gouvernement, les participant ont estimé qu’il urge, en plus des multiples actions d’atténuations traditionnelles, « de prendre, dans l’immédiat, toutes les mesures nécessaires en vue d’une vigilance accrue et d’un contrôle rigoureux dans l’application des mesures fiscales indispensables pour réduire les effets néfastes de la flambée des prix des denrées alimentaires ».

En plus des urgences, les participants recommandent au gouvernent, conformément à ses obligations constitutionnelles de mettre les Nigériens à l’abri de la faim d’envisager des mesures concrètes en vue de la modernisation de l’agriculture, du développement des cultures irriguées et d’une bonne gestion de l’environnement. Dans cette perspective, les organisations de la société civile nigérienne invitent les décideurs à une réflexion nécessaire pour que l’exploitation des ressources naturelles dont le pétrole puisse constituer un levier important pour accroître la production nationale ; et mettre en place un système de régulation stricte et obligatoire qui limite l’accès des entreprises et autres acteurs publics et privés aux terres agricoles, aux zones humides, aux espaces pastoraux et aux forêts…etc. Convaincus que la nécessité de sortir des urgences requiert une forte mobilisation à la hauteur du défi, les participants recommandent aux organisations de la société civile et les médias de créer une synergie d’actions pour exercer la pression nécessaire tant sur les gouvernants que sur la communauté internationale en vue d’une gestion efficace de la crise en cours. Dans cette optique les participants suggèrent la mise en place d’une sorte de plate forme multi acteurs dont la tâche serait de veiller à une bonne gouvernance humanitaire.


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