Alternative Espaces Citoyens Niger
Présentation de vœux de nouvel An

Autocongratulations et amnésie

vendredi 27 janvier 2012 par Souley Adji

A l’occasion de la présentation des vœux du Nouvel An au palais présidentiel, les Nigériens ont découvert la profondeur des sentiments d’amitié qui animent le PR et le Président de l’Assemblée. Plus qu’un simple échange protocolaire entre les institutions républicaines, il s’est en effet davantage agi d’un véritable échange d’amabilités entre les deux hommes, à tel point que l’on ne trouve pas de précèdent dans l’histoire des présentations de vœux présidentiels. La Renaissance est-elle passée par là ? Pas tout à fait, puisque Hama Amadou avait plutôt servi à Issoufou un réchauffé de ses allocutions précédentes en pareille circonstance, à l’époque où il n’était que la troisième personnalité de l’Etat, les termes de clairvoyance et de patriotisme en moins.

A l’ère de l’archivage virtuel et du copier-coller, le rituel de la présentation des vœux est devenu un jeu d’enfant. Il suffit seulement d’actualiser les données et de servir les mots susceptibles de plaire à l’interlocuteur, sans bien entendu omettre de se montrer soi-même moderne et démocrate.

C’est à cet exercice que s’est d’abord livré Hama Amadou qui, après une brève autopsie de la crise financière mondiale, s’est longuement appesanti sur les événements politiques récents au Niger. Lui qui pendant sept années durant a instauré une gouvernance de bas niveau et partagé les joies et les peines du régime Tandja, invite désormais à tourner définitivement cette « honteuse page, de l’aventure burlesque que constituait cette tentative insensée, d’instaurer un régime moyenâgeux, c’est-à-dire le régime de l’autocratie dynastique, dans notre pays ». Ne craignant nullement le ridicule, lui qui, surtout, était alors prêt à accompagner son « militant », son « ami de trente ans » dans cette aventure inique, fustige à présent « l’ivresse du pouvoir, et l’argent abondamment distribué ». Pathétique.

Se poser en s’opposant, voilà le but recherché par l’ancien PM qui, ce faisant, ne cesse ainsi de culpabiliser comme s’il s’en voulait de n’avoir pas eu la sagacité d’esprit au moment opportun. Cette tare semble le poursuivre de manière indélébile, lui qui naguère, avait toujours une longueur d’avance sur ces concurrents. Il ne le devrait pourtant pas, étant donné que l’ancienne Opposition conduite par l’actuel PR avait elle-même approuvé un pacte de prolongation de mandat présidentiel pour une durée de trois ans, Tandja se voyant au passage, octroyer de faramineux et inespérés avantages après son départ.

On comprend mieux à présent pourquoi, en réponse à son vis-à-vis, le PR n’avait pas manqué de lui jeter des fleurs en soulignant d’emblée qu’il partage le même socle de valeurs avec l’ancien PM de Tandja. Cette estime se fonderait sur le fait que « à chaque fois que la démocratie a été menacée dans notre pays », M. Hama Amadou serait dans le feu de l’action. Le concerné n’a certainement pas manqué de tressaillir. Lui que, de notoriété publique, la bravoure emmenait, dit-on, souvent au Burkina, au premier coup de feu. Il aurait pu avoir pour devise : « courage, fuyons ! ». Soyons sérieux !

Le PR avait peut-être seulement voulu faire de l’humour, lui qui, lors de la lutte contre le Tazarce, se souvient avoir davantage eu à faire aux lieutenants de l’ex-PM qu’à Hama Amadou lui-même. Mais peut-être aussi que le PR a réalisé qu’à certaines occasions, la vérité peut blesser et qu’il vaudrait mieux passer sous silence certains hauts faits politiques. Car, comme le dit un proverbe chinois, « tout le monde aime la flatterie, chacun se méfie de la franchise ».

Par ailleurs, il peut paraître étrange que le PR partage les mêmes valeurs que l’ancien PM de Tandja, naguère reconnu par son parti notamment comme le « modèle par excellence de la mal gouvernance » et adepte de l’autoritarisme. Il est vrai que, comme l’avait justement prophétisé un jour l’enfant de Youri, « toute rose est appelée à se fâner, parfois dans la journée même ». Il devrait donc rire sous cape en voyant ses anciens adversaires faire aujourd’hui le culte de l’ultra libéralisme et des institutions de Brettons Woods, dont il était un des premiers chantres au Niger. La mise en œuvre de telles politiques meurtrières aurait pourtant, selon le PR, permis de créer jusqu’à quarante mille emplois «  à durée déterminée ou indéterminée, rien que dans les secteurs de l’éducation, de la santé, de l’hydraulique et de l’environnement ». Chiche ! Si l’on ajoute les secteurs de la Présidence et de la Primature, ainsi que leur cohorte de conseillers et de chargés de mission, peut-être même qu’on aurait déjà les cinquante mille emplois prévus par an ! Bravo. L’auto satisfecit n’est pourtant pas le propre du Sahélien, surtout si les statistiques fournies sont à mille lieues de la réalité de l’emploi au Niger. Loin d’être de simples statistiques, manipulables à l’envie, les contractuels de l’éducation qui battent régulièrement le pavé sont physiquement là pour contredire les propos mielleux du PR.

Tout comme le Président de l’Assemblée, le PR s’est aussi, dans l’ensemble, étalé sur des considérations d’ordre général portant sur la nécessaire séparation des pouvoirs, l’égalité des citoyens devant la justice ou encore la modernisation de la vie publique ; cela alors même que, dans leur pratique, les gouvernants en sont aux antipodes, comme l’illustre le laconique épisode de la levée d’immunité du député Zakai où les intérêts claniques avaient prévalu sur l’idéal de justice. Il reste peut-être à souligner que le PR semble avoir l’assurance de faire deux mandats consécutifs s’il le souhaitait, dès lors même que, emporté par l’élan de sa flatterie, Hama Amadou a apparemment laissé entendre qu’il abdiquait quant à ses propres ambitions présidentielles. Est-ce un vœu sincère ou tout simplement un somnifère destiné à faire baisser sa vigilance au PR ? Cette réflexion du Cardinal de Retz ne doit à cet égard pas être prise à la légère : « Il n’y a rien de si dangereux que la flatterie dans les conjonctures où celui que l’on flatte peut avoir peur » !

Quand on a vu des amitiés de trente ans se déliter tragiquement sous nos yeux, les soudaines amitiés de circonstance ne peuvent que nous faire rire !


Accueil du site | Contact | Plan du site | Espace privé | Statistiques | visites : 461444

Suivre la vie du site fr  Suivre la vie du site Alternative Espaces Citoyens  Suivre la vie du site Actualités   ?

Site réalisé avec SPIP 1.9.2c + ALTERNATIVES

Creative Commons License