Alternative Espaces Citoyens Niger
Crise alimentaire au Niger

Le risque d’un drame humanitaire

mercredi 15 février 2012 par Diori Ibrahim

Plus de cinq (5) longs mois après le cri de détresse lancé par le gouvernement de la VIIème République, l’aide humanitaire se fait toujours attendre. Le gouvernement semble perdre tête et patience et multiplie les appels à l’intention d’une communauté internationale restée sourde et muette. Entre temps, les déficits de « 692.000 tonnes de céréales » et celui de plus de « 10 millions de tonnes de matières sèches » plongent plus de 5,4 millions de personnes et une importante partie du cheptel national dans l’insécurité alimentaire. A l’évidence, si rien de consistant n’est fait dans les jours et semaines à venir, la situation risque de tourner au drame.

A l’issue de la réunion de la commission mixte de concertation Etats donateurs, haute instance de décision qui regroupe le Premier Ministre, les ambassadeurs et les responsables des institutions internationales, il ressort un plan de soutien gouvernemental budgétisé à plus de « 211,2 milliards de francs CFA » pour faire face à la crise en cours. Théoriquement, ce plan de soutien vise à financer les appuis destinés à la prise en charge « des 1,3 millions des personnes reconnus en insécurité alimentaire sévère » et « 25% des 4,1 millions des personnes déclarées, en novembre-décembre dernier, en insécurité alimentaire modéré ». Et même là, les bénéficiaires, suivant les critères mis en avant, se recruteront parmi « les ménages dirigés par les femmes, les veufs et les veuves, les groupes identifiés comme complètement démunis, les ménages sans stocks et sans animaux, les ménages victimes de catastrophes naturelles/conflits récents, les mères d’enfants de moins de 5 ans et répondant aux critères de vulnérabilité, les ménages d’accueil des rapatriés » indique le document gouvernemental.

Le plan de soutien gouvernemental révèle qu’à la date du 8 Février dernier, seulement quelques 90 milliards de nos francs sont disponibles. Plus de 121 milliards de francs CFA tardent encore à venir pendant que le nombre des personnes vulnérables ne fait qu’augmenter du jour au lendemain ; en témoigne le flux croissant des réfugiés venus du Mali voisin….

Les interventions programmées dans ce plan de soutien s’articulent autour des volets alimentaire et non alimentaire.

Au plan alimentaire, il ressort, à titre indicatif, que sur le budget prévisionnel de plus de 39,3 milliards de francs CFA destinés aux opérations de distribution gratuite de vivres aux bénéfices des personnes en insécurité alimentaire sévère, seulement 13 milliards sont disponibles. Plus de 26 milliards restant sont attendus des donateurs. Quant aux 26 milliards destinés aux opérations de vente à prix modérés, 17 milliards tardent à être mobilisés….

En ce qui concerne le plan nutritionnel, sur les 27,4 milliards prévus pour la prise en charge de 689,4 mille enfants souffrant de la malnutrition aigue modéré, 137 500 femmes allaitantes, ration de 60.000 mères accompagnantes et blanket feeding, l’Etat du Niger dit disposer d’un peu plus du 1/3, soit 12,6 milliards. Curieusement sur les 7,2 milliards prévus pour la prise en charge de 60. 000 enfants souffrant de la malnutrition aigue sévère avec complication, aucun rond n’est disponible. Au même moment l’Unicef et Médecins Sans Frontière (MSF) annoncent une somme de 12, 9 milliards pour la prise en charge de 333 737 enfants victimes de la malnutrition aigue sévère (MAS) estimée à environ 21,8 milliards.

Par contre, le secteur de l’élevage paraît le plus mal servi, même dans la prévision. En effet, s’agissant des opérations d’appui au cheptel, sur les 19,5 milliards prévus, plus de 17,5 milliards ne sont pas encore disponibles. Dans ce sous secteur, les prévisions invitent particulièrement à réfléchir sur les réelles intentions du gouvernement dès lors que l’essentiel des prévisions, soit plus 15,3 milliards sont destinés aux opérations de « déstockage stratégique ». N’est-ce pas pourquoi, il estime que 20.00 tonnes d’aliment pour bétail suffisent à combler le déficit fourrager de « plus de 10 millions de tonnes de matières sèches" enregistrées cette année ?

Pour gérer la crise, le gouvernement attend-il la communauté internationale ?

A l’évidence, pour faire face à la crise alimentaire, pastorale et nutritionnelle, les autorités de la VIIème République tablent fondamentalement sur la communauté internationale qui, elle, ne semble pas prêter une oreille attentive aux multiples appels et alarmes du gouvernement. En effet, à l’occasion de la réunion de la commission mixte Etat-donateur du 8 Février dernier, le gouvernement qui semble n’avoir que ça à faire, « réitère son appel à l’aide d’urgence aux populations nigériennes vulnérables. » Cet énième « appel réitéré » intervient seulement 4 jours après la sortie médiatique du ministre, porte parole du gouvernement, Marou Amadou, pour « réaffirmer la vive préoccupation du gouvernement sur la situation alimentaire et pastorale et réitérer », avec insistance, « son appel aux partenaires et amis du Niger pour l’accompagner dans la lutte contre l’insécurité alimentaire, nutritionnelle et pastorale ». « Il est utile de rappeler ici que, dès le 07 septembre 2011, le Conseil des Ministres a donné l’alerte sur l’issue difficile de la campagne agro-pastorale 2011-2012 » se lamente le porte-parole d’un gouvernement visiblement déçu de la nonchalance incompréhensible d’une communauté internationale qui hier seulement professait sa prédisposition à voler au secours des personnes vulnérables si seulement le pouvoir de l’époque ne refusait de reconnaitre l’existence de la crise alimentaire.

Pour illustrer l’attitude paradoxale des “donateurs“, Marou rappelle qu’après ce conseil de Ministres, « le gouvernement a rencontré les ambassadeurs et représentants des organisations internationales pour les informer de l’évolution de la campagne agropastorale 2011-2012 ». « Par la suite, le Président de la République, Issoufou Mahamadou, a tiré sur la sonnette d’alarme, du haut de la Tribune des Nations Unies à New York », renchérit-t-il.

« Enfin, le Premier Ministre, chef du Gouvernement, BRIGI RAFINI a rencontré les partenaires et amis du Niger en Commission Mixte de Concertation (Etat-Donateurs) le 30 octobre 2011 pour leur communiquer l’ampleur de la crise alimentaire qui s’annonce » a-t-il ajouté.

S’il est vrai que le chapelet des « appels et alertes » restés sans réponse témoigne d’une indifférence révoltante de la part d’une communauté internationale, prompte à financer à coût de centaines de milliards d’Euro « une guerre humanitaire » ; il n’en demeure pas moins que le gouvernement de la VIIème République ne semble pas prendre la mesure de ses obligations constitutionnelles de mettre les Nigériens à l’abri de la faim.


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