Alternative Espaces Citoyens Niger
Centre pratique de modernisation de l’agriculture et de l’élevage de Tabla

Un îlot d’espoir dans un océan de misère

mercredi 14 mars 2012 par Albert Chaïbou

Tillabery dans le sud ouest du Niger est une région très touchée par la crise alimentaire qui sévit dans le pays de façon récurrente. Dans cette zone où la pauvreté affiche partout son visage hideux, apparaît une lueur d’espoir. En effet, dans le Tagazar, à 3 km de Balleyara, un homme, ressortissant du village de Tabla, tente de faire comprendre à la population que la pauvreté n’est pas une fatalité, surtout quand le milieu dans lequel on vit regorge d’énormes potentialités. Cet homme est Dr Rhissa Zakary. Vétérinaire de formation, ce septuagénaire qui a occupé de hautes fonctions à la FAO dans 24 pays africains a décidé, après sa retraite, de retourner au bercail pour mettre sa riche expérience et son savoir-faire au service de sa communauté, de son pays. C’est ainsi qu’il créa en 2009, sur fonds propres, dans le village de Tabla, un centre pratique de modernisation de l’agriculture et de l’élevage. Une équipe d’Alternative est allée le week-end dernier à la découverte de ce Centre. Son reportage.

Tillabery dans le sud ouest du Niger est une région très touchée par la crise alimentaire qui sévit dans le pays de façon récurrente. Dans cette zone où la pauvreté affiche partout son visage hideux, apparaît une lueur d’espoir. En effet, dans le Tagazar, à 3 km de Balleyara, un homme, ressortissant du village de Tabla, tente de faire comprendre à la population que la pauvreté n’est pas une fatalité, surtout quand le milieu dans lequel on vit regorge d’énormes potentialités. Cet homme est Dr Rhissa Zakary.

Vétérinaire de formation, ce septuagénaire qui a occupé de hautes fonctions à la FAO dans 24 pays africains a décidé, après sa retraite, de retourner au bercail pour mettre sa riche expérience et son savoir-faire au service de sa communauté, de son pays. C’est ainsi qu’il créa en 2009, sur fonds propres, dans le village de Tabla, un centre pratique de modernisation de l’agriculture et de l’élevage. Une équipe d’Alternative est allée le week-end dernier à la découverte de ce Centre. Son reportage.

Créé en mai 2009, le Centre pratique à la modernisation de l’élevage et de l’agriculture de Tabla dans la commune de Balleyara couvre une superficie de 26 hectares. Dans cet espace, le promoteur du centre a érigé un village modèle pour servir de référence aux paysans. Dès le petit matin, le village se réveille avec la ferme, dans un orchestre de cris d’animaux. Les meuglements des bœufs se mêlent aux glougloutements des dindons, aux cacabements des pintades et aux braillements des paons. De temps en temps on entend des voix d’hommes, celles des bergers et d’Alphonse , le superviseur du centre.

Des cases améliorées faites en matériaux locaux constituent ce type de village où les habitants disposent de l’eau potable, de l’électricité et la télévision. La philosophie ici est de montrer qu’on peut vivre en campagne comme en ville. L’objectif du Dr Rhissa est d’améliorer le cadre de vie des paysans tout en respectant leur vision. Le centre les forme et les encadre aux techniques modernes de production, de gestion et de commercialisation des produits issus de l’élevage et de l’agriculture. Ce modèle a été repiqué dans des villages traditionnels de paysans. Constitué d’une quinzaine de ménages issus tous d’une même lignée, le village modèle est dirigé par un patriarche. Chaque ménage dispose d’une unité de production qui lui procure un revenu mensuel. Il existe actuellement 5 villages modèles à proximité du centre. Un programme de 100 autres est en vue selon Dr Rhissa.

Le village de Agargarazagan appelé aussi Yekikoye(“celui qui a le taureau”)que nous avons visité est un village modèle. Il dispose d’un petit groupe électrogène, une antenne parabolique qui permet aux habitants de regarder le soir la télévision, d’une borne fontaine, d’un forage et d’un puits d’à peine 2 mètres de profondeur. Sous la direction de leur patriarche,les habitants pratiquent en période de soudure, le jardinage. Cette année, la récolte de la pomme de terre, a été bonne se réjouit le patriarche Yahaya Alhassane qui ne tarit pas d’éloges envers le DR Rhissa qui selon lui, a profondément changé leur vie. Aujourd’hui ,nous dit il « nous n’avons pas besoin d’aller en exode au Ghana ou ailleurs pour nourrir nos familles ». Les autres membres de la cellule familiale reprennent en chœur ses propos. Tout le monde ici, est convaincu que l’expérience du village modèle, est une réussite. Dans le village de Yekikoye comme dans celui de Foggaten et Cimenta, c’est le même modèle qui a été repiqué . Formés aux nouvelles techniques d’agriculture et d’élevage, et avec l’appui du centre qui leur offre des semences améliorées de mil, les paysans de cette zone voient leurs rendements s’accroitre. Les femmes ne sont pas en reste. Organisées en coopérative, une cinquante d’entre elles viabilisent quelques hectares du centre en cultivant la pomme de terre, le maîs, le niébé et des plantes fourragères. Un forage, une moto pompe et un bassin pour retenir l’eau leur permettent d’arroser les plants. Ce groupement féminin que nous avons trouvé à l‘œuvre, vient de faire la récolte de la pomme de terre. Il entame celle du maîs et du niébé.

Dans le cadre de la valorisation des ressources locales, le centre a aussi aménagé un terrain où est pratiquée la culture du Moringa, (KOPTO) de la pomme du Sahel, du manioc et des agrumes. Des techniques modernes comme le goutte à goutte ou le système californien sont utilisées pour l’arrosage. Une école expérimentale créée en 2009 complète le programme d’action du centre Cette école de 145 élèves est un cadre d’initiation aux techniques modernes d’élevage et d’agriculture et vise à susciter des vocations et un changement de mentalité auprès des jeunes face à la problématique de la modernisation du secteur rural au Niger. Préparer l’avènement de nouveaux types d’acteurs dans le domaine agricole et dans celui de l’élevage, tel est le défi que Dr Rhissa Zakary tente de relever dans un pays où les politiques publiques n’ont pas su valoriser l’agriculture et l’élevage, les deux mamelles de l’économie nationale.

L’heureuse initiative de ce vétérinaire fait aujourd’hui des émules. Des burkinabés et des centrafricains viendront bientôt se mettre à son école pour pouvoir exporter chez eux cette expérience innovante. Au Niger, le ministre de l’élevage tout comme le Haut Commissaire aux 3N (Programme du président de la République « Les Nigériens nourrissent les Nigériens ») ont demandé que l’expérience soit repiquée dans d’autres régions du pays .

En attendant d’être impliqué dans la constitution de ces pôles de développement, Dr Rhissa poursuit son travail d’extension du centre à d’autres unités de production comme la pisciculture et l’élevage des outardes et des autruches. Pour soutenir et encadrer son vaste projet, il a crée une fondation : la Fondation Taboghor dont l’objectif est de « contribuer à l’avènement d’éleveurs et agriculteurs suffisamment motivés et maîtrisant les techniques de production, de commercialisation et de gestion ». La Fondation encourage notamment les jeunes et les femmes à devenir de véritables exploitants ruraux. Arès avoir visité ce centre et s’être entretenus avec son promoteur et les paysans, on ne peut résister de lancer ce célèbre slogan « Yes we can ! ». « Oui, on peut ! car comme aime le dire Dr Rhissa « on ne peut pas s’asseoir sur une caisse d’or et mendier. »


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