Alternative Espaces Citoyens Niger
Bilan de la Renaissance

12 mois de galère !

jeudi 3 mai 2012 par H B Tcherno

Mis sous pression par un allié encombrant qui lui lance des torpilles à travers ses médias stipendiés, le président Mahamadou Issoufou semble davantage préoccupé par la survie de sa majorité que par celle du peuple nigérien. Les fameux engagements électoraux qu’il a pris solennellement restent toujours en souffrance. Plus le Niger peine à renaître, plus les Nigériens se convainquent qu’ils ne verront certainement pas le nouveau-né avant leur trépas, à moins qu’ils ne vivent centenaires. Nombre de déçus de la Renaissance peinent d’ailleurs à cacher leur nostalgie de l’ancien président Mamadou Tandja. Kowa ya tuna da barah bai ji dadin bana ba disent les Hausa !

« En politique, les promesses n’engagent que ceux qui y croient », disait le truculent homme politique français Charles Pasqua. Mahamadou Issoufou serait-il en passe de lui donner raison ? Après douze (12) mois de pouvoir, il est à mille lieues d’honorer les promesses mirobolantes de son programme de la prétendue Renaissance du Niger. Pendant la campagne électorale, il avait prétendu qu’il allait répondre aux attentes fortes de ses concitoyens en se comportant en fidèle serviteur de son peuple. L’heure du bilan venue, à l’occasion de l’an 1 de son accession à la magistrature suprême, devant quelques confrères triés sur le volet, il avait tenu un discours des plus élogieux sur son bilan à la télévision nationale. Sur les huit priorités de son programme (stabilisation des institutions démocratiques et républicaines, sécurité, initiative 3N, réalisation des infrastructures énergétiques, éducation, santé, accès à l’eau potable, création d’emplois), il avait alors déclaré sans sourciller que les résultats obtenus en si peu de temps sont bons. Le gouvernement de Brigi Raffini aurait réalisé des prouesses qu’aucun autre auparavant n’avait pu accomplir. A la fin de l’entretien, pendant quelques secondes, nombreux étaient certainement les Nigériens à avoir craint pour la vie du PR, étant donné qu’il est porteur d’un serment coranique. Mais, ça c’est une affaire entre le Tout-puissant et lui ! Toutes les bonnes intentions électoralistes du candidat se sont en réalité vite volatilisées dés que le faussement prétendu Eternel opposant a été au contact des avantages du fauteuil présidentiel. Cette autosatisfaction autour du bilan de son gouvernement signifie tout simplement que le chef de l’Etat est coupé de la réalité nigérienne comme s’il vivait continûment dans les nuages à bord d’un avion de ligne. Il ne pourrait donc être constamment à l’écoute du peuple, du bas peuple, dont les souffrances sont terre à terre. En dressant un bilan dithyrambique de sa gouvernance à la tête du pays, il n’aura sans doute convaincu que les privilégiés du régime, guère l’écrasante majorité de ses compatriotes qui doivent penser que leurs conditions de vie et de travail se sont, au contraire, empirées en un an. En effet, en passant à revue un à un la liste des engagements présidentiels pris le 7 avril 2011, c’est-à-dire le jour de son investiture, on se rend facilement compte de l’énorme fossé entre ses propos et la réalité du terrain.

Aucun Nigérien ne mourra de faim

Considérons la fameuse initiative 3N (les nigériens nourrissent les nigériens). Choqué par la récurrence des crises alimentaires et les appels à l’aide de la communauté internationale, le candidat du PNDS Tarayya a pris l’engagement, s’il était élu, de nourrir les treize (13) millions de ses concitoyens et de réduire de 10% le taux de malnutrition des enfants de 0 à 5 ans. Ce pari herculéen est classé au rang de troisième priorité du nouveau président. Pour relever ce défi, il envisageait la mise en place d’un programme d’urgence qui prévoit des cultures irriguées sur une superficie de 85.000 ha, de résorber le déficit céréalier estimé à environ 600.00 tonnes, de mettre à la disposition de l’OPVN 172.500 tonnes de céréales pour les opérations de vente à prix modéré, de faire la promotion des aliments riches en micronutriments.

Tirant le bilan de cette initiative, le grand chef a indiqué que c’est une grande réussite puisque 95.000 ha ont été mis en valeur, avec une production d’environ 325.000 tonnes d’équivalent céréalier. Comme pour convaincre les plus sceptiques, il a raconté cette anecdote d’une femme rencontrée sur un chantier de récupération des terres dégradées qui aurait le sourire aux lèvres parce que, rapporte t-il, le programme d’urgence l’a aidé à se relever. Cette sorte de fable est-elle la preuve supplémentaire que le président Issoufou aime effectivement l’autoglorification comme aiment à le dire certains psychologues de la rue ? Mais, pour une vieille femme souriante, combien d’autres affligées par le manque du moindre grain de mil ?! En effet, contrairement aux fables que les autorités et leurs courtisans rabâchent sur tous les toits, la réalité est plus que dramatique. Prés de 6 millions de personnes vivant notamment dans les villages n’ont pas à manger. Même à Niamey, nombreux sont les ménages qui n’arrivent pas à assurer deux repas par jour. Ne parlons même pas de la situation des éleveurs et de leur bétail qui sont abandonnés à eux-mêmes, ou plutôt à des organisations humanitaires sans moyens financiers pour faire face au désastre.

Cette situation choquante est la preuve irréfutable que la fameuse initiative 3N peine à se traduire concrètement dans le quotidien des ménages. A l’évidence, la promesse de réaliser l’alliance de la liberté et du pain était une surenchère électorale destinée à séduire les électeurs comme savent le faire habilement les politiciens kai na turai. Du reste, ayant réalisé que l’initiative 3N est un slogan creux, les Nigériens rivalisent de talents pour la tourner en dérision. N’est pas nouveau qui veut ! Le PR oublie t-il seulement qu’à son époque, le Général Seyni Kountché avait déjà dit qu’aucun Nigérien ne mourra de faim et que le Damergou sera sauvé. Il avait alors préconisé l’autosuffisance alimentaire et les cultures de contre-saison pour les Nigériens. En reprenant cette recette à son compte avec des termes différents, Mahamadou Issoufou n’innove, ni ne sauve le Niger.

L’école sera gratuite

Autre secteur concerné par les engagements non tenus, celui de l’éducation. Rappelons que malgré son importance pour l’avenir du pays, l’éducation a été rangée à la cinquième place dans les priorités du président. L’école sera gratuite et obligatoire jusqu’à l’âge de seize (16) ans avait promis le candidat. Elle recevra 25% des ressources budgétaires tout au long du quinquennat au cours duquel plus de 1500 milliards de FCFA seront mobilisés. Concrètement, 2500 classes seront construites et un nombre équivalent d’enseignants sera recruté. Ces actions seront reconduites chaque année. Qu’est ce qui a été fait douze mois plus tard ? A en croire le premier magistrat, 2800 classes ont été construites, soit un dépassement de 300 classes des prévisions. Un vrai miracle pourrait-on dire ! Enthousiasmé par cette prouesse, il a indiqué qu’en dix (10) ans d’exercice du pouvoir, le régime précédent n’a pas atteint ce niveau de réalisation en matière d’infrastructures. On a beau être complaisant avec le régime actuel, il est difficile de croire à la véracité de ces chiffres. Où sont ces classes ? Combien ont-elles coûté au trésor public ? Si ces classes existent, pourquoi des milliers d’élèves continuent à prendre les cours dans des hangars de fortune, quelque fois assis à même le sol ? Vivement la réponse ! A propos de la gratuité de l’école, il faut dire que c’est la promesse la plus démagogique du chef de l’Etat. Rien, absolument rien, n’a été fait pour stopper la marchandisation galopante de notre système éducatif. C’est dire que le mensonge est patent. A propos de l’affectation des ressources, là également le nouveau président n’a pas tenu son engagement. La part du budget consacrée à l’éducation représente à peine … alors que des secteurs non prioritaires engrangent des sommes faramineuses. Pour le budget 2012, le secteur de l’éducation a subit une coupe drastique de 41,6 milliards de F. CFA dont 9, 2 pour l’Enseignement Supérieur. Cette amputation a été opérée suite à une injonction du FMI. Au grand désarroi des élèves et des parents qui voient chaque année l’école publique sombrer dans un coma profond. Du reste, les déclarations du chef de l’Etat sont démenties par la prolifération des écoles privées et le mouvement de débrayages des contractuels de l’enseignement. Sans compter, le nombre impressionnant d’enfants –plus de 300 pour la seule région de Tillabéri-qui ont abandonné l’école pour suivre leurs parents partis en exode.

50.000 emplois par an ?!!

Voyons maintenant les engagements tenus dans le domaine de l’emploi et les résultats obtenus. Le candidat qu’il était avait promis de créer 50.000 emplois par an, d’insérer 100. 000 jeunes dans les différents secteurs porteurs de l’économie. Un an après, le chef de l’Etat nous brandit 25.000 emplois permanents et 40.000 temporaires en termes de résultats. Rien que dans le domaine de l’éducation, 3.900 enseignants de base 1 et 5.270 contractuels auraient été recrutés à la Fonction publique. Une action politique fortement applaudit par nous tous.

Le gouvernement envisage également la mise en formation de plus de 3000 élèves enseignants. Sur cette base, il a estimé que ses promesses ont été honorées. Un avis non partagé par les milliers de jeunes en quête d’emploi dont l’âge oscille entre 20 et 34 ans. Au niveau de l’ANPE, les demandes d’emploi se chiffrent à 21879. En dehors des recrutements salutaires opérés dans les domaines de la santé et de l’éducation, on se perd totalement en cherchant les preuves de l’annonce faite par le président. Ce qui fait dire aux méchantes langues que les gros chiffres annoncés participent du souci d’endormir cette frange sociale. A moins qu’il n’ait comptabilisé les hangars en paillottes dans les effectifs des classes, ce qui dénoterait d’un manque de sérieux.

Dans le domaine de la santé, sixième priorité du chef de l’Etat, le nouveau président s’est engagé à : 1) réduire la mortalité et la morbidité au niveau des groupes vulnérables à travers notamment l’amélioration de la prise en charge de la santé de l’enfant ; 2) étendre la couverture sanitaire à travers la construction des infrastructures et leur équipement en médicaments ; 3) mobiliser 600 milliards de FCFA. Dans cette optique, 536 médecins ont été recrutés sans concours. Un record historique puisqu’en 50 ans d’indépendance, le Niger n’a disposé que de 350 médecins seulement. Cette action aurait permis de ramener le ratio médecin/population de 1 pour 46 000 habitants, à 1 pour 18.000 habitants. Tirons le chapeau au Guri System pour ce bond spectaculaire. Toutefois, il y a lieu d’interroger son impact sur la santé des citoyens. Nous n’allons pas faire l’insolence au président de croire, un seul instant, qu’il n’a pas écho de tout le calvaire que vivent les patients qui ont la chance de dépasser le service d’aiguillage de nos formations sanitaires.

Halte à la corruption !

Le nouveau président s’est engagé à instaurer une gestion rigoureuse des ressources de l’Etat. La multiplication des scandales politico financiers impliquant quelque fois des proches à lui rame à contre courant de cette promesse. Dans le domaine de la lutte contre la corruption, il peine à nettoyer les écuries d’Augias. La création de la haute autorité de la lutte contre la corruption, de la ligne verte et patati patata relève plus d’une opération de marketing politique que d’une réelle volonté de tourner la page du pillage des deniers publics. Les gros poissons échappent toujours aux mailles des filets de la Justice comme en atteste le sort réservé à la multitude de dossiers de détournements de deniers publics et le refus d’auditer la gestion de la transition militaire de Salou Djibo. Quand le président Issoufou répète à l’envi qu’il combattra la corruption, les passes droits, les trafics d’influence, les détournements des deniers publics, notamment les fausses factures et les surfacturations, il cherche tout simplement à enfariner ses compatriotes. Présentée comme une grande opération de salubrité publique, la levée de l’immunité de certains députés ressemble plutôt à une chasse aux sorcières. Le traitement politique réservé aux dossiers de malversations financières risque de compromettre l’ambition du président de réconcilier les Nigériens.

Autre cheval de bataille du président, la dépolitisation de l’administration. Ici aussi, le chef de l’Etat n’a pas réussi à traduire son discours dans les actes. A ce sujet, les critiques viennent y compris des rangs de la majorité présidentielle, car on s’en souvient, il y a quelques mois, son principal allié lui a déclaré la guerre par médias interposés au motif que ses militants sont mis à l’écart dans les nominations. C’est dire que le régime de la Renaissance est en train de tomber dans le même piège que celui de Tandja, de commettre les mêmes erreurs que Salou Djibo qui se flattait presque de nommer uniquement les gens qu’il connait.

En ce qui concerne la fourniture de l’eau et de l’énergie électrique, rien n’à changé. Au contraire, on a l’impression que la situation s’aggrave. La preuve nous est donnée par les populations de Zinder qui ont, à maintes reprises, exprimé violemment leur ras-le-bol du manque d’eau potable. Ne parlons même pas de nos parents des campagnes qui continuent à boire l’eau des mares. Bref, on ne pourra épuiser dans un seul article la liste des engagements non tenus du nouveau président. Retenez tout simplement que dans quasiment tous les domaines, les promesses mirobolantes ont laissé place à un grand désenchantement. A cela s’ajoute une conduite personnelle du prince aux antipodes de son discours officiel. Quand on invite ses concitoyens à un changement de comportement dans le rapport avec les biens publics, l’on doit montrer l’exemple. Il faudra montrer soi même patte blanche. Or, nous n’avons pas l’impression que le président Issoufou a conscience de la saignée du trésor public occasionnée par ses multiples voyages à l’extérieur qui ne tiennent pas compte de la situation financière de l’Etat. Comment peut-il trouver le sommeil alors qu’à chaque voyage, il siphonne les finances publiques de son pays rien que, disent les mauvaises langues, pour satisfaire le plaisir de prendre la parole dans des rencontres internationales alors que, faute de moyens pour se procurer des vivres, des millions de ses concitoyens dorment le ventre vide ? Ses desiderata passent-ils avant la vie des millions de ses concitoyens qui croulent sous le poids de la misère ? Pour quelqu’un qui aurait passé une décennie à l’opposition en raillant l’ex président dont le pêché d’Israël a été de nier la famine, on peut dire que l’histoire est en train de lui jouer un vilain tour.

Dans son discours de campagne, Mahamadou Issoufou avait demandé aux Nigériens de le mettre à l’épreuve, en lui donnant l’occasion d’appliquer le programme de la Renaissance présenté comme une véritable alternative à la gestion des régimes précédents. Aujourd’hui, ses concitoyens sont fondés à lui retourner la question en lui demandant : où est l’alternative ?

Au total, les engagements du PR n’ont été qu’un catalogue de bonnes intentions. Le chemin menant à la renaissance est jonché d’engagements non tenus. Ou plutôt, très peu d’entre eux ont été concrétisés. Quant à tout ceci vous ajoutez la hausse vertigineuse du coût de la vie, la division de la société civile par la cooptation de certains membres dans l’appareil de l’Etat, l’abandon d’amis en difficultés (Laurent Gbagbo, Mouammar Kadhafi), le soutien absurde à une agression contre le peuple frère du Mali, on ne peut, quelle que soit son indulgence, attribuer une bonne note au président Issoufou.

Globalement, le bilan de douze (12) mois de renaissance est décevant. Sauf peut être pour les journalistes qui peuvent écrire n’importe quoi pour trois sous. Cette exception notée, au vu des promesses trahies et des mauvaises pratiques de gouvernance qui persistent, on peut dire, sans offenser quiconque, que le natif de Dan Daji n’a pas été, durant cette première année, à la hauteur du président dont les Nigériens ont rêvé. De là, à dire que le « bon opposant » au tazarce est devenu un mauvais président, il y a un petit pas que d’aucuns ne se garderont pas de franchir. Mais, il est clair que s’il était un élève, Issoufou redoublerait certainement de classe au vu de ses médiocres résultats. Ce qui lui ôterait donc toute chance de briguer un second mandat. Pour le bonheur de Hama Amadou, principal allié-opposant, en embuscade, impatient d’être calife à la place du calife.


Accueil du site | Contact | Plan du site | Espace privé | Statistiques | visites : 313233

Suivre la vie du site fr  Suivre la vie du site Francais  Suivre la vie du site Actualités   ?

Site réalisé avec SPIP 1.9.2c + ALTERNATIVES

Creative Commons License