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Première rectification de la loi des finances 2012

Le budget de la Défense doublé !

jeudi 7 juin 2012 par Hassane Boukar

Le parlement nigérien a approuvé le 24 mai dernier une rectification du budget 2012 de l’Etat nigérien à la demande du gouvernement. Désormais, le budget de l’Etat passe de 1.262 milliards CFA à 1.307 milliards CFA. Plusieurs raisons sont avancées par le gouvernement pour justifier cet amendement du budget qui intervient après cinq mois d’exécution du budget initial. Selon le gouvernement, le principal souci à travers cette rectification est de donner plus de moyens aux forces de défense et de sécurité, afin qu’elles puissent faire face aux menaces graves en cours dans la sous-région et susceptibles de déstabiliser le Niger. Celles-ci sont relatives à l’occupation du nord Mali par des groupes armés qui ont divisé ce pays et déclaré dans sa partie septentrionale la création d’un nouvel Etat dénommé « Azawad » ; les affrontements intercommunautaires dans le sud libyen et l’activisme de « Boko haram » dans le nord Nigéria sont autant de foyers de tension. Face à tous ces défis, le gouvernement a donc choisi de rectifier le budget en allouant 40 milliards FCFA supplémentaires à la Défense pour l’achat de « matériels et équipements divers ». Avec cette hausse, ce budget passe désormais du simple au double, autrement dit de 35 à 73 milliards FCFA, dépassant ainsi largement celui de certains ministères en charge des secteurs sociaux, notamment la Santé publique (65 milliards CFA) et l’Enseignement supérieur (55 milliards CFA).

D’où proviennent ces 40 milliards CFA alloués à la défense ?

Dans le cadre de cette loi des finances rectificative, le gouvernement a annoncé de nouvelles recettes estimées à 44,3 milliards CFA. Mais en réalité ces dernières étaient déjà programmées, et ne peuvent donc être utilisées pour des dépenses militaires. Parmi ces recettes, 19,68 milliards CFA proviennent de l’Union européenne et sont destinés à la sécurité alimentaire ; 5 milliards CFA proviennent de la BAD et sont également destinés à la sécurité alimentaire ainsi que 1,2 milliard CFA emprunté à l’UEMOA. Le reste provient des institutions de Bretton Woods, dans le cadre de leur programme avec le Niger. Mais dans les faits, c’est comme si le gouvernement prenait une paire de ciseaux et se mettait à charcuter dans les dépenses prévus pour plusieurs autres secteurs dans le cadre de la loi des finances initiale. C’est ainsi qu’il a réussi à couper 53 milliards CFA (ramené à 52 milliards CFA par le Parlement) dont 35 milliards CFA sur le seul volet investissement du budget initial de l’Etat. Ce sont donc ces ressources amputées à d’autres secteurs que le gouvernement a additionnées pour obtenir les 40 milliards CFA alloués au ministère de la défense.

Des secteurs comme l’éducation, la santé et l’hydraulique ont tous « cotisé » pour l’achat des armes. Le ministère de la santé publique par exemple a vu ses ressources prévisionnelles diminuées d’environ 1,5 milliard CFA par rapport à ce qu’elles étaient dans le budget initial. Ces ressources ont été prélevées, entre autres, sur des dépenses destinées à l’achat des médicaments dont 17 millions F CFA sur le budget destiné à l’achat des médicaments et consommables antituberculeux et 96 millions FCFA sur des vaccins et consommables prévus dans le cadre du Programme élargi de vaccination.

Le gouvernement a également amputé 391 millions CFA dans la contrepartie qu’il devait verser pour la construction d’un centre national de lutte contre le cancer, suscitant au passage l’inquiétude du parlement.

Ce budget rectificatif a aussi entrainé la perte d’environ 1,8 milliard CFA au détriment du ministère des enseignements moyens, supérieurs et de la recherche scientifique.

Dans certains secteurs, les annulations de crédits ont été suivies d’allocation de nouveaux crédits. Mais ces nouveaux crédits ne suffisent pas à boucher les trous créés. Le ministère de l’éducation nationale et de la promotion des langues nationales par exemple a enregistré des coupures de crédits de l’ordre de 2,49 milliards FCFA dont 606 millions FCFA dans son volet fonctionnement. Cette coupure du budget de fonctionnement a touché, y compris les maigres budgets des Directions régionales de l’éducation nationale (DREN), chacune des 8 directions ayant été amputée de 7,75% de son budget de fonctionnement. Le ministère de l’Education nationale, par contre, n’a bénéficié que d’une modique enveloppe de 7 milliards 30 millions CFA de rallonge. Et là encore, ces crédits sont destinés à payer les pécules et indemnités des contractuels pour 6,6 milliards CFA et d’assurer l’organisation du BEPC évaluée à 430 millions FCFA. Rien de plus pour le fonctionnement des DREN qui ont « cotisé » au profit du ministère de la défense.


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