La Turquie « à la conquête » de l’Afrique
jeudi 7 juin 2012 par Albert Chaïbou
A l’ouverture de ce Forum, le vice Premier ministre turc, Monsieur Bulent Arinç a dessiné le vaste projet de coopération que son pays entend mettre en œuvre avec le continent africain. Pour ce faire, la Turquie impliquera les médias comme relais pour forger dans certains cas et renforcer dans d’autres, le partenariat avec les pays africains. "L’information est une puissance et ceux qui la détiennent ont la force. Cette première réunion des médias africains et turcs est un premier pas et va permettre de construire un pont de l’amitié entre mon pays et le continent africain. Les médias ont un rôle majeur à jouer pour atteindre cet objectif", a t’il déclaré.
Rappelons que l’intérêt de ce pays pour le continent s’est manifesté en 2005 avec la célébration de l’année de l’Afrique en Turquie. Depuis, les échanges commerciaux entre les deux parties sont passés de 4 milliards de dollars en 2000 à 17 milliards en 2011.
La stratégie d’expansion de la Turquie en Afrique se traduit aussi à travers sa présence dans divers secteurs notamment l’agroalimentaire, le bâtiment, le textile, et même l’éducation avec une centaine d’écoles sur le continent, une université au Nigéria et des bouses attribuées aux étudiants africains. Sur le plan diplomatique, ce pays dispose actuellement de 31 représentations en Afrique qui passeront d’ici la fin de l’année à 34.
Des thèmes sur les opportunités et les défis de la coopération entre l’Afrique et la Turquie, l’impact des médias sociaux sur la gouvernance politique ainsi que le rôle des médias dans les conflits armés et la lutte contre le terrorisme ont, entre autres, constitué le menu des panels. A l’issue de deux jours d’échange et de discussions, les journalistes turcs et africains ont rendu publique une déclaration finale dont nous publions ici un extrait.
Déclaration finale
En tant que représentants des medias du bloc Afrique et Eurasie, Nous nous engageons à renforcer nos médias dans le but de construire un avenir commun pour les pays de la région et promouvoir le développement humain et la prospérité économique de nos populations. Nous partageons l’idéal de construire un monde pacifique gérant son avenir en accord avec les valeurs démocratiques, dans un esprit transculturel de tolérance et de fraternité.
Nous soulignons l’importance de la liberté de la presse en tant que principe mis en valeur dans tous les documents traitant des valeurs contemporaines allant de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme jusqu’à l’Acte final d’Helsinki. Nous croyons que la promotion de la solidarité entre les représentants des médias des pays participants élargira la coopération régionale et internationale et renforcera la culture démocratique.
En tant que délégués à ce Forum, nous déclarons publiquement notre volonté et notre détermination à atteindre cet objectif, convaincus que nos idéaux communs se réaliseront plus rapidement, par le biais des relations solides et durables entre les organisations professionnelles de nos pays.
En vue de maintenir les canaux de communication ouverts constamment, nous mettons en place une plateforme commune afin de renforcer les consultations entre nos différents médias et défendre ainsi nos intérêts communs.
Les délégués à ce Forum ont convenu d’établir un programme d’échanges sous les auspices de la DGPI (NDLR : Direction Générale de la Presse et de l’Information de Turquie) et de l’African Media Initiative. Les deux institutions s’engagent à créer des mécanismes qui faciliteront aux différents partenaires l’accès aux équipements et aux autres ressources pour le développement de l’industrie des médias africains. Les délégués ont convenu de la tenue annuelle de cet important Forum. La Déclaration finale que nous approuvons par le présent document est un signe de notre ferme volonté à fournir des efforts concertés visant à assurer à nos populations paix et stabilité dans un monde prospère.
Liberté de la Presse en Turquie : quand des participants au Forum dénoncent des violations…
Solidaires de leurs confrères turcs emprisonnés, les journalistes africains présents au Forum ont vivement condamné les autorités du pays pour leur acte liberticide. Certains de ces participants ont même publiquement devant le vice Premier ministre turc manifesté leur indignation et leur profond regret d’avoir pris part à un Forum des médias organisé dans un pays où des journalistes sont sous les verrous.
Au cours d’une conférence de presse improvisée, le vice Premier ministre turc a tenu à apporter des clarifications. Selon Bulent Arançi. « Aucun journaliste n’est emprisonné pour ses écrits. La Turquie est un Etat de droit. Sur les 90 personnes arrêtées qu’on présente comme journalistes, seuls six ont leur carte de presse. Les actes d’accusations retenus contre ces personnes ne concernent en rien le métier du journaliste...Toutes les personnes arrêtées ont commis des actes terroristes » avant de préciser : « Nous combattons depuis une trentaine d’années le terrorisme et c’est pour cela qu’en 1990, on a voté une loi antiterroriste. C’est ainsi que toute personne qui fait l’apologie du terrorisme est arrêtée et jugée ».
La Turquie, un vaste musée
Connue pour son kebab, la Turquie est surtout un pays des plus vielles civilisations du monde. Ses musées chargés d’histoire et ses monuments historiques visités tous les jours par des milliers de touristes et de turcs, témoignent des différentes luttes et influences que cette terre a connues tout au long de l’histoire de l’humanité. Des Hittites (XVIIIème au XIIIème siècle av. J.C ), des Phrygiens, des Cimmériens , des Lydiens se sont succédés avant l’invasion des Grecs avec Alexandre le Grand puis celle des romains en 324 après J.C avec Constantin 1er puis la conquête sous l’empire ottoman du sultan Mehmed II en 1453. Sur les cendres de cet empire ottoman naissait la Turquie nouvelle avec Moustapha Kemal Ataturk. Des pans importants de cette histoire sont conservés dans les musées et à travers les monuments historiques qui peuplent les villes d’Ankara et d’Istanbul. Aussi connue sous les noms de Péninsule anatolienne ou Asie Mineure, la Turquie moderne qui est un pays d’Asie avec 3% de son territoire en Europe, a surtout émergé sous l’impulsion de Moustapha Kemal Ataturk (1881-1938) le père de la République turque, celui qui a rompu d’avec le passé impérial ottoman pour conduire des réformes radicales qui ont profondément changé le pays.
C’est donc dans ce vaste musée de l’humanité que les participants au premier Forum turco-africain des médias ont flâné, passant d’Ankara la capitale politique à Istanbul la mégalopole économique, celle qu’on appelait Byzance puis Constantinople.
Trait d’union entre l‘Europe et l’Asie, Istanbul fondée en 658 avant J.C , nous a dévoilé sa beauté et sa riche histoire. A pied dans les dédales de la vieille ville puis en croisière sur le Bosphore, nous avons découvert une cité où le passé se mêle au présent pour construire fièrement le futur.
