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Canton de Koygolo

Un litige foncier tourne au drame

mardi 3 juillet 2012 par Albert Chaïbou

Le mardi 19 juin 2012, le village peul de Zouzou Sané dans le canton de Koygolo (Boboye), à une centaine de kilomètres de Niamey a été le théâtre de violents affrontements intercommunautaires. Le bilan est lourd : 7 morts, 12 blessés et 43 habitations incendiées. Moins de 24 heures après ce drame, notre reporter s’est transporté sur les lieux. Reportage.

Mercredi 20 juin. Nous quittons Niamey en début de matinée pour le village peul de Zouzou Sané. Après Kodo, une bourgade située au bord de la Nationale n°1 Niamey-Dosso, nous empruntons une piste latéritique qui nous mène d’abord à Kanaré, Harikanassou, Bogol Hima, Bogol Mamar, Niebéré… une série de villages qui nous laissent découvrir des paysages parsemés d’arbres rabougris avec des terres nues, couvertes par endroits de touffes d’herbes que des animaux faméliques tentent difficilement de brouter. Après le village de Koningal, la piste devient sablonneuse. Difficile de se frayer un chemin si on n’est pas un fin connaisseur de ces labyrinthes. Heureusement, notre chauffeur en est un. Ce fut un véritable rallye. Après plus d’une heure de route, nous atteignons le village peul de Zouzou Sané, sous surveillance de quelques éléments de la Gendarmerie et de la Garde nationale. En effet, c’est ici que la veille, une rixe a opposé des populations Zarma et peul. Une bagarre qui a fait des morts et des blessés issus tous de la communauté peul. 24 heures après le drame, les stigmates de cette violence meurtrière sont encore visibles. Le feu n’a pas fini de consumer les squelettes des habitations. Les cendres étaient encore chaudes à notre arrivée. Il y règne un silence de cimetière. Des femmes et des hommes, assis par petits groupes sous des arbres, affichent à travers leur regard, la tristesse qui les habite. Non loin de là, quelques hommes, les sages du village, s’affairent à transporter sur une charrette, les corps des cinq (5) morts (les deux autres dont une femme ont succombé après leur évacuation sur l’hôpital de Dosso) vers le lieu de leur enterrement.

A la levée des corps, beaucoup de jeunes femmes n’ont pas pu se contenir et pleuraient à chaudes larmes. Des hommes essayaient de les calmer en leur intimant de se taire et de prier plutôt pour le repos des âmes des victimes. Dans ce décor macabre, se remarque le corps calciné d’une vieille septuagénaire. Recouverte d’un morceau de tissu, elle a été laissée exprès aux regards des visiteurs, comme pour témoigner de la violence aveugle qui s’est abattue sur ce village.

Pourquoi un tel drame ? Selon les témoignages recueillis sur place, c’est un litige foncier qui en est à l’origine. Les deux communautés qui vivent depuis des années dans le même espace, dans deux villages « jumeaux » (Zouzou Sané Zarma et Zouzou Sané Peul) distant d’à peine deux kilomètres, ont toujours vécu dans une parfaite cohésion, jusqu’au jour où, il y a trois ans de cela, une des communautés, a voulu s’approprier les terres occupées par l’autre, en arguant que ce sont les siennes et que l’heure était venue de les reprendre. Le litige est alors porté devant la juridiction compétente de la région. Mais le verdict de cette dernière ne sera pas respecté par l’une des parties qui décide alors de se faire justice. De jeunes du village de Zouzou Sané Zarma vont envahir, le mardi 19 juin, le village peul de Zouzou Sané. A coups de machettes, ils tuent cinq personnes, tous des hommes âgés entre 40 et 60 ans, mettent le feu aux habitations avant de prendre la fuite. Alertées, les forces de sécurité, en patrouille dans la zone, arrêteront 13 personnes présumées assaillants. Ces personnes sont mises en détention à la brigade de gendarmerie de Birni N’gaouré. “Une enquête a été ouverte pour dénicher les commanditaires de cette attaque meurtrière”, nous dira un gendarme trouvé sur les lieux. Le ministre de l’intérieur Abdou Labo, qui a fait le déplacement, a promis que dans un mois ou un peu plus, son département ministériel organisera une patrouille rurale par département, afin de prévenir ce genre d’affrontements. Avant de quitter les lieux, il a annoncé que l’Etat a accordé une aide de 10 tonnes de céréales, une somme d’un million de francs CFA et une cinquantaine de tentes aux populations sinistrées et endeuillées de Zouzou Sané.

En attendant, les habitants de ce village pansent leurs blessures. Un détachement d’éléments de la gendarmerie et de la Garde nationale veille sur le village. Les risques d’une vendetta sont à craindre.


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