Quatre mois déjà que le Mali est coupé en deux, des bandes armées ayant occupé sa partie nord. Depuis, les réunions se suivent et se ressemblent toutes, avec souvent en conclusion des annonces fracassantes mais jamais concrétisées. Les décisions concernant les voies de sortie de crise sont souvent repoussées aux réunions à venir.
La rencontre tenue à Niamey le 6 août 2012, réunissant les « pays du champ » élargie au Tchad, à la Libye et au Nigeria n’a pas dérogé à la règle. La réunion a promis de créer les conditions de l’installation à Bamako « d’autorités de la transition fortes, consensuelles et représentatives en mesure de constituer un partenaire fiable et crédible ».
Pour le nord Mali, la réunion propose « la recherche d’une solution politique négociée entre le gouvernement et les groupes armés ouverts au dialogue, qui respectent l’unité nationale du Mali, rejettent le terrorisme et le crime transnational organisé, ainsi que le recours à toutes les formes de violence ». La réunion a réitéré les menaces de guerre contre les groupes terroristes qui sont au Mali et dans la zone sahélienne. Ces propositions n’ont rien de nouveau. On y retrouve en filigrane les mêmes termes contenues dans différentes déclarations de la CEDEAO mais aussi de l’UA sur la crise malienne. Quant à la guerre contre le terrorisme, c’est ce qui ressort des toutes premières déclarations des instances régionales visant à distinguer un MNLA fréquentable des groupes « terroristes » (Ançar Dine, Mujao ? AQMI. ..) auxquels il faut livrer la guerre.
Les mêmes offres de discussions ou menaces sont chaque fois réitérées à l’endroit des groupes rebelles. Puis plus rien. On n’a jamais vu les trois milles hommes annoncées à la suite d’une réunion des chefs d’Etats major de la CEDEAO à Abidjan le 5 avril dernier ; ni le nouveau gouvernement consensuel malien qui devait voir le jour avant le 31 juillet 2012. Finalement, tout laisse croire qu’en même temps que tout le monde est solidaire du Mali, que ses voisins ainsi que la Communauté internationale sont décidés à bouter les rebelles hors de son territoire, aucune instance n’arrive à faire progresser la cause.
D’où vient cette difficulté ?
Globalement les différents acteurs n’arrivent pas à s’entendre autour de l’une des deux options qui sont sur la table. La première est celle défendue très tôt par le Niger qui consiste à user du bâton. Même si les responsables nigériens disent privilégier d’abord le dialogue, leurs différentes sorties médiatiques ne laissent aucun doute sur le fait qu’ils sont les tenants de la ligne dure. Dans une interview accordée à RFI en début juin déjà, le ministre nigérien des affaires étrangères affirmait que « L’option militaire est la seule qu’il y a lieu de retenir, lorsqu’il s’agit de se battre contre Aqmi et tous ceux qui accepteraient d’être associés avec cette organisation jusqu’au bout ». On peut comprendre la position des dirigeants nigériens, leur pays étant celui qui risque gros si d’aventure les rebelles du nord Mali gagnent en succès. Mais le plus difficile pour le Niger est de convaincre les autres pays et la communauté internationale d’aller guerroyer contre les bandes armées du nord Mali. Le Niger a invité l’Algérie à se « ressaisir », mais rien ne laisse croire que la position algérienne ait changé d’un iota. « Nous sommes pour une solution qui passe par le dialogue », a déclaré le Premier ministre algérien lors d’une interview accordée au journal français "Le Monde" parul le 04 avril 2012. L’Algérie craint surtout qu’une guerre enclenchée contre Aqmi dans le nord Mali ne serve de prétexte à des contingents militaires occidentaux de s’installer durablement sur ses frontières méridionales ; si cela arrivait il pourrait être comme la Libye, la cible des puissances occidentales. Or tous les acteurs s’accordent à dire que le pays de Bouteflika détient une bonne partie de la solution à la crise malienne.
La Mauritanie est pratiquement sur la même position que l’Algérie. On prête au Tchad de même la volonté de privilégier le dialogue. On comprend dès lors pourquoi l’option militaire a du mal à prospérer. En outre, la plupart des pays qui prônent la guerre n’ont pas les moyens de faire la guerre. Ils comptent sur l’appui militaire des puissances occidentales, France et USA en particulier. Or, au vu du contexte politique actuel dans ces pays, des précédents de la guerre de Libye mais aussi de la crise économique à laquelle ils font face, ils ne se précipiteront peut-être pas dans une guerre au Sahel.
En face de cette option du bâton, on retrouve l’option du dialogue à laquelle est attachée mordicus le Burkina Faso, dont le Président se veut médiateur devant l’éternel. Depuis plusieurs années, de Conakry à Bamako en passant par le Libéria et ses diamants de guerre, Blaise Compaoré se veut le médiateur en Chef dans les zones troubles de cette partie de l’Afrique. Il est également devenu de plus en plus le négociateur attitré lorsque les otages occidentaux sont détenus par les groupes criminels. Ce fut le cas en juillet pour la libération de trois otages européens détenus au nord Mali. Le Chef du faso a ses méthodes, peu connues peut-être mais Dadis Camara en sait quelque chose. Dans la crise malienne, il se veut incontournable. Au moment où se tient la rencontre des « pays du champ » à Niamey, le médiateur a dépêché Djibril Bassolé, son diplomate en chef pour aller à Kidal et Gao rencontrer les rebelles. A son retour, le missionnaire a déclaré à la presse qu’ « Iyad Ag Ghali (NDLR : chef d’Ançar Dine) a confirmé leur engagement à trouver une formule négociée de paix ». Il ajoute que « Le chemin est balisé pour la paix. Je ne dirais pas qu’il n’y pas de difficultés, qu’il n’y a pas d’obstacles, mais nous prenons tous, je crois, l’engagement de vaincre ces difficultés. Et la visite d’aujourd’hui a pu permettre, en tout cas, d’obtenir cet engagement à aller vers une solution négociée ». Cette initiative du Burkina a un air de « voyez-vous, on peut parler avec ces gens ». On peut rappeler qu’Ançar Dine, l’interlocuteur de Djibril Bassolé était aussi considéré comme groupe terroriste aux côtés d’Aqmi, le seul groupe du nord-Mali considéré comme fréquentable étant le MNLA. Mais on le voit désormais, en s’imposant militairement et en chassant le MNLA de Gao, Ançar Dine est aussi devenu un interlocuteur fréquentable, du moins pour la médiation burkinabé.
Mais l’option du dialogue est elle aussi mise à rudes épreuves devant l’agissement d’Ançar Dine et des autres groupes armés présents dans le nord-Mali. La profanation des tombes des saints à Tombouctou, la lapidation de citoyens maliens accusés d’adultère ou de vol, les violences démesurées dont se rendent coupables ces groupes sous le prétexte d’instaurer la charia sont des actes inacceptables qui à elles seules méritent la création d’un tribunal pénal pour juger ces aventuriers. Pour l’instant, apparemment aucune de ces positions n’arrivent à triompher de l’autre. La tentative d’impliquer l’ONU est aussi restée infructueuse pour l’instant. Peut-être que la solution viendra des maliens eux-mêmes.
Hassane Boukar
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