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Message à la Nation du Président de la République

Encore et toujours des rêves !

samedi 25 août 2012 par H B Tcherno

Sacrifiant à une tradition républicaine, le chef de l’Etat s’est adressé, à ses compatriotes à la veille du 3 août, date anniversaire de l’accession de notre pays à la souveraineté nationale. Décryptage des moments forts de son message à la nation.

Le Président Issoufou Mahamadou chercherait-il à écrire l’Histoire du Niger ou tout au moins celle de son mandat avec… l’encre du pétrole ? C’est du moins l’impression qu’il a donnée dans son discours à l’occasion du 52ème anniversaire de la proclamation de l’indépendance. D’entrée de jeu, le chef de l’Etat s’est réjoui des nouvelles découvertes de réserves pétrolières à Agadem et des perspectives prometteuses dans le département de Bilma. L’émotion à peine contenue, le Président de la République, qui se voit peut-être déjà à la tête d’un émirat, a déclaré que le Niger est promu à « un bel avenir pétrolier ». Cette annonce forte, aurait certainement été accueillie par une ovation grandiose, s’il n’y avait pas ce conflit ouvert entre le gouvernement et les consommateurs autour du prix des hydrocarbures, mais surtout aux promesses non tenues auxquelles les Nigériens ont commencé à s’habituer. L’année dernière déjà, n’avait-il pas, à la même date, annoncé avoir échappé à un coup d’Etat dans la nuit du 12 au 13 juillet 2011, et accusé les « adversaires de l’assainissement des finances publiques et de la lutte contre la corruption » ? La suite, on la connaît : il n’en a rien été, car la justice a fini par conclure à un non lieu.

Pure démagogie

En faisant miroiter cette fois-ci des lendemains meilleurs à ses concitoyens, le chef de l’Etat espère peut-être d’abord désamorcer la grogne sociale qui couve lentement mais surement. La manœuvre se dissimule mal dans sa décision d’annoncer l’intention du gouvernement d’affecter les ressources provenant de l’exploitation pétrolière « dans l’éducation, la santé, l’accès à l’eau, la sécurité alimentaire, les infrastructures, la création d’emplois pour les jeunes ». Une promesse qui nous enchante tous. Sans ce mouvement de révolte des taximen et transporteurs demandant sans succès un abattement des prix des hydrocarbures à la pompe, l’on aurait probablement cru PR sur parole. Malheureusement, c’est loin d’être le cas. Des millions de Nigériens pensent certainement que la déclaration présidentielle d’utiliser les revenus tirés des ressources naturelles dans la satisfaction des besoins sociaux, n’est manifestement que pure démagogie.

Dans tous les cas, si le chef de l’Etat est sincère à propos de l’utilisation qui sera faite des dividendes de la vente de l’or noir, les Nigériens le sauront incessamment, à l’occasion de la préparation du budget 2013. Pour le moment, l’histoire ne plaide pas en sa faveur d’autant que chacun garde en mémoire le triste souvenir de l’empressement de l’Exécutif à cisailler les dépenses des secteurs déclarés prioritaires lorsque les institutions de Bretton Woods avaient demandé la révision du budget national 2012. Avec ce feuilleton malheureux, personne ne sera plus dupe. En parlant d’avenir radieux, Issoufou Mahamadou penserait-il secrètement au sien ou à celui des membres de sa famille politique. Les exemples de réalisations concrètes notamment les travaux de construction des routes (Diffa-Frontière avec le Tchad, Bilma-Agadem-N’gourti-N’guigmi) qu’il a cités dans son allocution sont en réalité destinés à des fins moins nobles. Le financement de ces infrastructures n’est en effet pas dans le fond envisagé pour développer la région d’exploitation, mais essentiellement pour faciliter la commercialisation du pétrole brut à l’intérieur et hors de nos frontières.

Contrairement à ce qu’il voudrait faire croire, la création de richesses n’est pas toujours synonyme de bonheur pour le citoyen lambda. Elle est d’ailleurs généralement comprise comme une malédiction ; c’est le cas de plusieurs pays d’Afrique où exploitation des ressources naturelles rime avec misère et conflits meurtriers. A ce propos, qui sait mieux que l’ancien directeur d’exploitation de la filiale nigérienne d’Areva, qu’en 40 ans d’extraction, l’uranium n’a pas changé positivement la vie des riverains des sites miniers, a fortiori celle des populations des autres régions du pays.

Hantise sécuritaire

Actualité oblige, dans son speech, le Président Issoufou a aussi évoqué la situation difficile qui prévaut au Mali. Contrairement aux propos belliqueux avec lesquels il a coutume d’abreuver l’opinion, le chef de l’Etat a souhaité une sortie pacifique à la crise politique que connait le pays de Modibo Keita. Il a sans doute pris le pouls de l’opinion, voire de l’armée, guère enthousiaste pour une guerre des pauvres. « Je fonde l’espoir qu’un Gouvernement d’Union Nationale, capable de mobiliser l’ensemble du peuple malien derrière lui, de restaurer, pacifiquement, l’intégrité territoriale du pays sera mis en place », a-t-il indiqué. Toutefois, dans l’hypothèse de l’enlisement de la crise faute de solution politique, le PR a invité ses concitoyens à la vigilance. « Nous devons, comme nous l’avions fait dans le cas de la crise libyenne, nous préparer à faire face à toutes ses conséquences ». Cette hantise sécuritaire explique les augmentations consécutives du budget de la Défense pour l’achat d’armes pendant que des millions de Nigériens sont réduits à disputer aux animaux les feuilles sauvages en guise de substitut à la ration alimentaire normale.

Le chef de l’Etat a aussi parlé de la crise alimentaire qui sévit dans son pays. Selon lui, le programme d’urgence conçu et mis en œuvre par le Gouvernement, avec l’aide de ses partenaires, a permis de soutenir efficacement les populations vulnérables. Il a poursuivi en disant que « pour la campagne agro-pastorale en cours, le Gouvernement a pris, à temps, les mesures appropriées, pour mettre, à la disposition des agriculteurs et des éleveurs, les intrants nécessaires, notamment les semences, les engrais et autres produits phytosanitaires ainsi que des aliments pour bétail ». Franchement, il est temps que le PR arrête cette légende selon laquelle sécheresse n’est pas synonyme de famine, car pour celui qui a en permanence le ventre creux, la querelle sémantique importe peu. Il a poursuivi en pronostiquant une bonne fin de saison agricole, car dit-il « déjà certaines localités ont commencé à s’alimenter avec le nouveau niébé et s’alimenteront dans quelques jours avec le nouveau mil ».

Le démenti à cette partie du message à la nation est venu du Consortium sur le droit à l’alimentation- composé de plusieurs structures représentatives et alliées du monde paysan - qui révèle à la suite d’une enquête menée fin juillet dans 44 communes, que les appuis apportés aux ménages ne sont pas à la hauteur de la crise ; sans oublier la hausse des prix des céréales qui ont atteint un seuil jamais égalé. Sur le chapitre de l’insécurité alimentaire, le chef de l’Etat a également reconnu que la période actuelle de soudure correspond à celle de l’inflation des prix des produits de première nécessité. Il n’a cité que le sucre, alors que tous les autres produits de consommation (viande, lait,) ont aussi connu une flambée. Au lieu de prendre le problème de la volatilité des prix à bras le corps, il s’est borné à implorer les opérateurs économiques de « respecter les engagements pris dans le cadre des réunions organisées par le Ministre chargé du Commerce ».

Pour les rescapés de la crise alimentaire, le PR promet le règlement définitif du problème à travers l’installation d’une industrie sucrière. En attendant que le sucre produit localement inonde les foyers, la grosse surprise est venue de l’hémicycle, où le chef de cette institution a soufflé sur les braises en s’insurgeant contre le comportement spéculatif des commerçants véreux. Dans le discours de clôture de la session extraordinaire du parlement, il a invité le gouvernement à aller vers une régulation des prix des produits de consommation courante afin de diminuer les risques de tensions sociales. Venant de Hama Amadou, un homme connu pour son libéralisme outrancier et sa proximité avec les milieux d’affaires, ces paroles doivent faire bouger le locataire du palais avant qu’il ne soit trop tard.

Autre moment fort du message à la nation, le renforcement de la lutte contre la corruption, la fraude fiscale et les détournements des deniers publics. Sur ce sujet, il ne s’est guère attardé, conscient que plus personne ne le croit depuis le mystérieux incendie du ministère de la justice qui semble avoir refroidi ses ardeurs à faire rendre gorge à tous les malfrats de la République. D’ailleurs, l’Opposition vient de donner de la voix, en exprimant son étonnement du fait que le gouvernement traine des pieds pour transmettre au parlement les dossiers de mise en accusation de certaines personnalités. C’est peut être ce qui explique son silence sur le niveau de réalisation des engagements pris devant Dieu et la Nation. Parmi les plus importants figure l’éducation dont il a fait la promesse qu’elle sera gratuite et obligatoire jusqu’à l’âge de 16 ans.

Si l’on concède au PR le fait de ne pas ennuyer ses concitoyens avec un bilan qui parle de lui même, en revanche, on s’explique difficilement le black-out qu’il a observé sur les grèves perlées qui agitent le front social : grève des magistrats, arrêts de travail des chauffeurs de taxi, débrayages des employés du ministère du Développement rural, grève des infirmiers...

Par ailleurs, les travailleurs ne sont pas les seuls oubliés du message à la nation. En effet, le premier magistrat n’a réservé aucune phrase à l’Opposition politique, encore moins à la société civile ou plutôt ce qu’il en reste. A moins qu’il ne considère que cette dernière ne mérite plus son attention. Seules les forces de Défense et de Sécurité ont reçu l’hommage du prince « pour avoir su, jusqu’ici, protéger le pays des débordements de la crise malienne et « su empêcher toute implantation, sur notre territoire, de groupes armés venus de Libye ». Le chef suprême des armées a déclaré que « le Gouvernement n’épargnera aucun effort pour renforcer leur moral et pour accroître leur capacité opérationnelle et de renseignements. Des mesures concrètes sont d’ores et déjà prises dans ce sens ». On comprend bien la tactique de la carotte à l’endroit des bidasses. Quand on a raconté à qui veut entendre que l’on a échappé à une mystérieuse tentative d’assassinat après quatre (4) mois seulement de pouvoir, on a quelque chose à se faire pardonner de leur côté. Mieux, lorsque l’on veut envoyer des troupes au Mali pour plaire au maître blanc, il faut appâter les soldats.

L’attitude du père de la nation consistant à ignorer les autres parce qu’ils n’ont pour seule arme que la grève est tout sauf responsable. En l’élisant à la magistrature suprême, nombre de nos concitoyens s’attendaient à des actes de rupture dans la gouvernance politique. Le comportement d’un bon chef, c’est de regarder la réalité en face, et d’y apporter des réponses satisfaisantes aux multiples et urgentes sollicitations du peuple. La véritable renaissance du Niger ne peut se faire que si les gouvernants écoutent et respectent leurs concitoyens.

En résumé, le discours du PR laisse le téléspectateur sur sa faim à cause notamment du silence total sur les difficultés actuelles que vivent les travailleurs et la population en général.


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