Alternative Espaces Citoyens Niger
Gestion des inondations

Le gouvernement navigue à vue

mercredi 5 septembre 2012 par Diori Ibrahim

Les fortes précipitations enregistrées au début de la dernière décade du mois d’aout ont occasionné d’énormes dégâts non encore totalement évalués. Toutefois, un Comité ad’ hoc mis en place pour la circonstance s’efforce de fournir quelques indications. Le bilan provisoire de cette catastrophe naturelle est très lourd : 52 personnes tuées et environ 400.00 personnes sinistrées. Les chiffres ne font qu’évoluer. Aucune région du pays n’est épargnée. Selon les chiffres provisoires de la Primature, la région de Tillabéry est, de loin, la région la plus affectée avec 167.097 personnes sinistrées, suivie de Niamey avec 82.982 personnes, Dosso avec 66.836 personnes, etc.

Le décompte des dégâts matériels fait état de « 15.957 habitations effondrées, 54 latrines, 128 greniers, 74 boutiques, plus de 7000 champs inondés » lit-on sur le site de OCHA. On note qu’à ce stade, le bilan provisoire dépasse de loin les prévisions du Plan de Contingence Multirisques validé, il ya quelques mois à Dosso par les autorités compétentes. Dans ce plan de contingence, le gouvernement et les organisations humanitaires avaient plafonné le scénario de pire à éventuellement « 273.000 personnes, dont 75.000 à Dosso, 50.000 à Tillabéry, 45.000 à Agadez 28.000 à Tahoua, 25.000 à Niamey, 20.000 à Maradi autant à Zinder et 10.000 à Diffa ».

S’agissant du cas de la région de Niamey, les chiffres provisoires fournis par le comité régional en charge de la gestion de sinistre affiche un bilan de l’ordre de « 12.365 ménages sinistrés, 82.982 personnes affectés, 9.200 maisons effondrées, 9 personnes tuées, etc. » a affirmé la présidente régionale dudit comité, Mme Kané Aïchatou Boulama, par ailleurs gouverneure de la région de Niamey.

Au plan agropastoral, les chiffres disponibles démontrent qu’environ 60% des terres cultivables et pastorales sont ensevelies par les eaux dans la région de Niamey, réduisant du coup à néant l’espoir naissant de 34.000 producteurs périurbains directement concernés. En effet, indique le Comité Régional, ce sont au total 25.643 ha sur 42.800 qui sont dévastés.

Gestion du sinistre : entre indifférence affichée du Président Issoufou….

Des centaines de milliers de victimes ne savent plus à quel saint se vouer. Les rares établissements scolaires demeurent les seules refuges, faute d’une prompte prise en charge par le gouvernement qui semble se borner à lancer de multiples appels aux bonnes volontés. Tout indique que les autorités de la VIIème Républiques ne semblent pas avoir pris la mesure de la responsabilité qui leur incombe en pareille circonstance. A titre indicatif, alors que le besoin global provisoire est estimé à environ 6 milliards CFA, le gouvernement annonce, contre toute attente, ne disposer que de quelques « 700 millions de francs CFA », soit environ 11% du besoin global. Vu de très près, il s’agit en réalité de 500 petits millions auxquels s’ajoutent 200 autres mobilisés par la cellule crise alimentaire (CCA.)

En lieu et place d’une réponse prompte et proportionnelle à l’ampleur de la catastrophe, le gouvernement s’est livré à un spectacle tragi-comique allant de multiples réunions avec les donateurs aux exercices de « mendicité d’Etat », dont le point d’orgue demeure le fameux téléthon du 25 Aout dernier. Dans le fond, l’avènement même d’une telle tragédie signe l’absence de vision des régimes successifs et des communes quant à la prise en charge efficiente des catastrophes naturelles. Il y a d’abord l’absence d’une véritable politique de la ville, notamment l’ignorance du plan directeur de la ville de Niamey, où l’on autorise la construction anarchique dans nombre de quartiers, y compris sur des bras du fleuve Niger. Pour des raisons purement pécuniaires, l’on brade à tour de bras des parcelles situées sur des bas-fonds voire des falaises. Aucun plan d’assainissement n’accompagne ces ventes de sorte qu’il est rarement prévu des voies d’évacuation des eaux, notamment des eaux de pluie. Ensuite, alors même que les autorités annoncent avoir engrangé plusieurs milliards au cours des voyages présidentiels, l’on se rend compte que l’Etat crie au secours, en appelle aux partenaires extérieurs voire aux poches des citoyens.

Le comble, c’est que tout se passe en l’absence délibérée du PR, qui n’a trouvé mieux que de s’offrir des vacances royales dans son village natal après une furtive visite dans les principaux quartiers (Rive droite et Saga) inondés de la capitale qu’il a promise de rendre « coquette et Nyala », il y a de cela 15 mois.

L’Alliance pour la Réconciliation Nationale (ARN), une coalition des partis de l’Opposition, ont à cet égard rendu publique une déclaration de presse en date du 24 Aout dans laquelle, elle déplore l’abandon des populations à elles-mêmes, à elles-mêmes, la totale absence de ressources et quasiment de prise en charge par l’Etat : « Semblables à des refugiés de guerre dans leur propre pays et ne sachant où aller ni à quel saint se vouer, des femmes, des enfants, des vieillards, bagages sur la tête, offrent un spectacle triste et désolant », relève la déclaration.

L’ARN semble ainsi opter pour une réponse d’Etat. Dans cette optique, elle recommande « la convocation, dans les plus brefs délais, d’une session extraordinaire de l’Assemblée Nationale pour mieux prendre en compte dans le budget général de l’Etat le problème des catastrophes », avant d’appeler à l’adoption de mesures telles que la réduction du train de vie du Président de la République et des membres du gouvernement, l’implication des Forces de défense et de sécurité (FDS) dans l’assistance des populations sinistrées, etc. Plusieurs autres associations humanitaires et syndicats ont également fustigé le laisse-guidon du gouvernement de Brigi Rafini.

… Et navigation à vue !

Cette catastrophe a aussi permis de révéler les limites des pompeuses déclarations du gouvernement sur les réflexions engagées depuis près d’un an, pour élargir la mission du Dispositif national de prévention et de gestion des crises alimentaires (DNPGCA). Aujoud’hui, personne ne maitrise visiblement l’institution en charge de la gestion de cette catastrophe, face au foisonnement contreproductif, certainement inefficace et à coup sûr budgétivoire, des structures et institutions en charge de la gestion de cette catastrophe. Et pour cause ! Alors que le processus presque bouclé de la réforme engagée par le gouvernement et ses partenaires prédispose le Dispositif National à s’en occuper, on se rend compte que c’est visiblement un obscur comité hybride qui est échafaudé pour s’occuper de façon ad’hoc de cette question d’importance ; le Comité Interministériel, est, apprend-t-on, présidé par une conseillère du Premier ministre et la vice présidence assurée par le ministre de l’Intérieur.

Au niveau régional, l’affaire semble être entre les mains des gouverneurs des régions. Les outils traditionnels de communication gouvenementale sur la question comme le Centre d’Information Communication (CIC) sont, de toute évidence, réduits au silence. Pour s’en convaincre, aucun pauvre mot n’est publié sur le site web du Dispositif National à propos des inondations enregistrées. Ainsi, la gestion de cette catastrophe relève purement et simplement de l’improvisation, de l’opacité et de la navigation à vue. Il ne reste aux sinistrées que leurs yeux pour pleurer.

Par ailleurs, selon nos sources, la communauté des humanitaires regroupés autour de OCHA s’interroge sur la pertinence de la démarche du gouvernement en cette matière. Pis, à l’issue de la réunion du 28 Aout dernier tenue au siège national de cette agence onusienne, les participants semblent contester la sincérité du bilan provisoire fourni par le Comité ad’hoc, et particulièrement en ce qui concerne les chiffres de la région de Tillabéry où l’on enregistre près de la moitié du nombre total des persones sinistrées sur l’ensemble du territoire national ; soit « 167.097 personnes sur 392.000 victimes au plan national », indique un des participants à la réunion.

Sincère ou suspect, ce doute semble être partagé par une large frange des participants à la réuion qui a finalement décidé de l’envoi d’une mission, la semaine prochaine, dans la région de Tillabéry sur le sujet. Derrière cette froide guéguerre de chiffres, se joue pourtant le sort des centaines de milliers de femmes, d’enfants et d’hommes, victimes de cette catastrophe naturelle, elle-même couplée à une grave crise alimentaire affectant plus de 5,4 millions de personnes.


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