Après trois mois de vacances, les élèves des établissements publics et privés s’apprêtent à reprendre le chemin de l’école. Le gouvernement a fixé pour le 27 septembre prochain la rentrée des classes pour les élèves du secondaire. Quant aux plus petits, ils doivent, normalement, retrouver le tableau noir le 1er Octobre. Mais, au-delà des incertitudes sur le calendrier, plusieurs questions demeurent en suspens : comment cette rentrée va-t-elle se matérialiser dans les écoles ? Est-ce que tout sera fin prêt ? Les élèves et leurs enseignants répondront-ils présents ? Face aux inondations qui ont emporté de nombreuses écoles et devant l’occupation d’établissements épargnés par la furie des eaux, par des milliers de sinistrés, dont il est moralement difficile d’envisager l’évacuation manu militari, le doute est permis. En effet, au vu de la situation ainsi décrite à laquelle s’ajoute l’impréparation habituelle, il est évident que la rentrée n’aura pas lieu pour des milliers d’élèves aux dates indiquées. Surtout quand les caisses de l’État sont vidées quotidiennement pour satisfaire des dépenses superflues. Manifestement, le gouvernement de Brigi Rafini ne dispose d’aucun plan sérieux pour lever les inquiétudes légitimes des élèves et des partenaires de l’éducation, ce qui explique d’ailleurs sa discrétion inhabituelle à la veille d’une rentrée cruciale pour le système éducatif nigérien en proie à d’innombrables problèmes.
Réagissant à cette situation, le porte parole du collectif des contractuels et volontaires de l’éducation est pessimiste. M. Halidou Mounkaila estime que les conditions d’une rentrée scolaire effective ne sont pas réunies, d’autant plus que le gouvernement n’a pas honoré ses engagements vis-à-vis des partenaires de l’éducation. Pour appuyer son assertion, il a cité comme facteurs de perturbation de la rentrée scolaire, la non satisfaction de la plateforme revendicative minimale des contractuels, la destruction de plusieurs classes par les eaux pluviales, l’occupation de classes par les familles sans abris, le non acheminement dans les inspections de matériel didactique, la non tenue de la commission d’affectation des enseignants.
Même son de cloche du côté du syndicat national des enseignants du Niger (SNEN) qui déplore le manque de concertation avec les partenaires de l’éducation pour la préparation de la rentrée. « Cette attitude des autorités dénote quelque part un manque d’intérêt au secteur de l’éducation et une sorte d’amateurisme » fulmine Mariama Chipkao, SG du SNEN. Même si, contrairement aux structures rivales du secteur, le SNEN n’envisage pas de poser des préalables à la rentrée scolaire, le ton est à la fermeté au secrétariat général pour obtenir la satisfaction d’un certain nombre d’exigences découlant de la lenteur du gouvernement à honorer des engagements pris lors de la signature du dernier protocole d’accord. Il s’agit notamment de la revalorisation de la fonction enseignante à travers la création d’un statut particulier pour les enseignants, l’apurement des arriérés des incidences financières, le paiement du rappel des nouvellement engagés, le régime indemnitaire, le recrutement direct des contractuels, etc. Avant la tenue les 26 et 27 septembre de l’Assemblée Générale Annuelle (AGA), instance habilitée à tracer les grandes orientations pour l’année civile, le bureau exécutif n’entend pas rester les bras croisés. Une déclaration publique et une demande d’audience à la ministre de tutelle seraient à l’étude. « Nous ne sortirons de cette rencontre qu’avec des mesures concrètes. C’est l’avenir de notre carrière qui est en jeu. Nous ne pouvons plus accepter que le ministère continue à violer ses engagements » affirme avec une pointe d’agacement la patronne du SNEN.
S’exprimant sur l’incertitude que fait peser l’occupation des salles de classes par les victimes des inondations et la non construction des classes en paillotes sur le déroulement normal de la rentrée, Mariama Chipkao a invité le gouvernement à prendre les dispositions idoines pour que le calendrier scolaire ne subisse pas trop les conséquences des fortes précipitations. Malgré le courroux lié au manque de sérieux du gouvernement relativement aux problèmes de l’éducation, au SNEN, l’on n’entend pas lancer un mot d’ordre de blocage des cours. « Depuis quelques années, nous avons compris que le pouvoir se cache derrière les mots d’ordre des syndicats pour se dédouaner de l’impréparation de la rentrée ».
Difficile de savoir si cette curieuse posture du principal syndicat des enseignants découle d’une stratégie de contournement de la mauvaise foi du gouvernement ou d’une évaluation de sa capacité réelle à perturber le déroulement des cours. C’est un secret de polichinelle que la politique de contractualisation dans l’enseignement-selon certaines sources les contractuels représentent 80% du corps enseignant- s’est traduite par un affaissement de l’effectif des militants du SNEN qui a amoindri sa capacité à troubler le sommeil des gouvernants.
On ne le souhaite pas, mais les problèmes (crises alimentaire et sécuritaire, inondations) auxquels le Niger fait face actuellement donnent un alibi en béton au gouvernement de Brigi Rafini pour détourner son attention de la question de l’école. Dans ce cas, il faut craindre cette année encore que l’improvisation, le bricolage et l’impréparation soient au rendez-vous. Quand on sait que l’année scolaire précédente a été sauvée in extremis du fait d’une atmosphère délétère liée à la grogne des enseignants contractuels ; et que le gouvernement n’a pas mis à profit la période des vacances pour trouver des solutions aux revendications posés, alors il est légitime d’avoir des inquiétudes sur le sort de la rentrée.
A l’état actuel des préparatifs de la rentrée scolaire, il faut s’attendre, malheureusement, cette année encore à une levée de boucliers des élèves et de leurs enseignants pour exiger des autorités politiques la création des conditions optimales pour une année scolaire normale. Selon les bruits qui courent, sous la pression des militants, les leaders syndicaux n’entendent pas accepter les offres de dialogue perpétuel et stérile du pouvoir, encore moins la chanson habituelle selon laquelle les caisses de l’Etat sont vides. En attendant que les jours à venir nous éclairent sur ce bras de fer, une certitude se dégage : le 1er Octobre prochain dans bien de localités du pays, il n’y aura ni élèves ni maitres dans les écoles.
