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Migration

Histoires invisibles...

samedi 13 octobre 2012

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Il y a la grande histoire. Celle des “grands” et les petites histoires des “petits”. Les histoires de ceux et celles qui passent comme des “invisibles” à côté de nous. Les migrants font partie de cette catégorie de personnes et leurs histoires sont englouties par l’oubli et le sable qui les entoure. D’autres n’auront jamais l’opportunité d’être écoutés et faire en sorte que leurs histoires existent. Ce sont ceux et celles qui n’arriveront jamais au bout de leur chemin.

L’année passée, selon le HCR, dans la mer Méditerannée quelque 1500 migrants et réfugiés ont perdu leurs vies. Selon d’autres estimations dans les dernières années au moins 14.000 migrants de l’Afrique subsaharienne sont morts sur le chemin.

Chaque année, dans cette petite île italienne de Lampedusa, bien proche de l’Afrique du Nord, il y a une prière spéciale au “migrant inconnu”. Dans le petit cimetière de l’île, beaucoup de tombes n’ont pas de noms. Il s’agit des morts inconnues.

Voila porquoi nous pensons que les histoires que nous présentons, histoires simples, ordinaires de migrants, ont une portée qui va bien au delà des paroles. En quelques mots il y a la tentative de sortir de l’invisibilité et de nous rappeler que bien souvent les “petites” histoires sont tellement grandes et qu’elles doivent sortir de l’invisibilité. Elles nous parlent et nous interrogent nous tous. Elles nous invitent aussi à bâtir ensemble une autre histoire dans laquelle les “petits” puissent transformer nos yeux.

Histoires camerounaises...

Josephine, 45 ans

Comme la plupart des africains la migration a été choisie dans le but d’aller chercher une vie meilleure ailleurs afin de pouvoir subvenir aux besoins de la famille vivant dans la précarité.

Après une longue réflexion la ville ciblée fut Aba, au Nigeria en 2000. J’y ai vécu pendant deux mois et comme ça ne donnait pas comme j’ésperais, j’ai décidé de changer de pays. J’ai été en Côte d’Ivoire, à Abidjan, et j’y suis restée six mois, travaillant dans un maquis. Après avoir tant entendu parler du Burkina j’ai effectué le voyage de Ouagadougou. J’ai travaillé dans un maquis nommé “Taxi Brousse” où j’ai déposé mes valises de l’an 2000 jusqu’en 2012. C’est alors que j’ai eu l’idée de partir en Afrique blanche, l’Algerie. J’ai donc pris la route et une fois à la porte de l’Algerie et sans documents je me suis vu expulsée et sans argent. je me suis battue comme j’ai pu pour arriver à Gao où on m’a indiqué la “maison du migrant” qui m’a accueillie pendant plus de deux semaines jusqu’au moment où les rebelles ont pris la ville. La maison m’a aidée à quitter Gao pour Niamey.

Le bilan de ma migration est néfaste car durant mon parcours je n’ai rien gagner financierement. Aujourd’hui je ne suis que l’ombre de moi même, mais je remercie le bon Dieu car je suis encore en vie et j’ai eu l’occasion de découvrir quelques pays, cultures, et traditions. Je remercie ceux qui ont pris soin de moi jusqu’à ce jour.

Patient, 30 ans

Dans le but de chercher une vie plus propice ailleurs et n’ayant plus de famille, un ami venant d’Algerie m’a proposé de voyager.

C’est en mars 2008 que nous avons pris la route passant par le Nigeria, Bénin, Bamako, Gao, puis l’Algerie, où j’ai passé 4 ans. Lors de mon sejour en Algerie j’ai sillonné plusieurs villes. Entre autres : Tamanrasset, Anaba, Oran, Bong. J’ai exercé le manoevrage dans plusieurs chantiers. En tant que camerounais il me fallait le passeport et un visa pour l’Algerie. Alors je me suis procuré des papiers maliens, puisqu’une convention entre les deux pays qui rend possible la libre circulation des biens et des personnes. C’est grace à ces papiers que j’ai pu avoir du boulot, ce qui m’a permis d’épargner une somme de 1.800.000 CFA. C’est avec cela que j’ai décidé de rentrer chez moi. Mais malheureusement à l’entrée de la ville de Gao nous avons été dépouillés par des rebelles Tuaregs. Une fois à Gao je me suis rendu à la maison du migrant qui m’a aidé à venir à Niamey.

Dieu merci je suis en vie malgré la perte de tout ce que j’avais économisé pendant 4 ans de pénible travail. Je rentre bredouille dans l’espoir de refaire ma vie ailleurs. Je ne fais que remercier tous ceux qui m’ont aidé et que le bon Dieu guide nos pas vers un chemin plus prospère.

Sylviane, 32 ans

Après avoir arreté les études je me suis lancée dans la coiffure. Une copine venant d’Algerie m’a convaincue de partir en Afrique Blanche qui est un “Eldorado”. Dans ma naïveté je l’ai suivie.

Nous avons fait le chemin du Nigeria, du Bénin, Bamako puis Gao. Une fois à Gao je me suis rendue chez une sœur qui avait un bar restaurant le temps de planifier mon voyage. C’est alors que les rebelles s’emparent de la ville, voulant me violer. J’ai pu me rendre à la “maison du migrant” qui m’a hébergée durant un moment et m’a fait voyager sur Niamey. L’Eglise catholique par les biais du Père Mauro nous a confiés à des institutions qui nous ont pris en charge. D’une part il y a du positif dans mon voyage. J’ai pu connaitre énormément de choses, des personnes, des cultures, mentalités et de l’autre coté il y a l’aspect négatif. Car j’ai perdu du temps inutilement et aussi beaucoup d’argent.

Commentaire de Ibrahima, de la maison du migrant de Gao

A entendre les versions de ces trois migrants nous constatons que deux d’entre eux ne faisaient rien au pays et ils ont décidé de chercher une meilleure vie ailleurs. L’autre a été embobinée par sa copine alors qu’elle avait son salon de coiffure au pays. En plus de cela, ces personnes ont emprunté les mêmes chemins migratoires : Nigeria, Benin, Bamako, Gao...

Aujourd’hui tous rentrent déçus n’ayant rien aquis de matériel. Néanmoins ils ont découvert d’autres pays, cultures et personnes. Il reste à savoir si ses personnes ne vont pas reprendre cette aventure à nouveau.


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